© Franck LefebvreLa soirée avait commencé par une fête. Pour Gaëtane S., elle a fini en cauchemar : contrôle de police, interrogatoires à répétition par des policiers décrits comme plutôt agressifs, garde à vue, fouilles au corps, obligation de se dévêtir et confiscation du soutien-gorge et des lacets, le tout conclu par une nuit passée par terre dans une cellule, enroulée dans son manteau. Cette chargée de communication bordelaise de 49 ans n'avait pourtant commis aucun délit, si ce n'est celui de circuler à vélo après une soirée au cours de laquelle elle avait bu, selon elle, "cinq verres de vin". Une soirée très officielle et fort peu débridée, puisqu'elle concluait, jeudi dernier, un congrès national dont Gaëtane S. est l'une des organisatrices : les Journées de Bordeaux sur la pratique de l'ergonomie. Tout comme elle, cette nuit-là, plusieurs cyclistes bordelais se sont ainsi retrouvés placés en garde à vue, fouillés, longuement interrogés, obligés de se dévêtir devant des fonctionnaires de police, avant d'être relâchés au bout de plusieurs heures, plutôt ahuris et choqués, avec une convocation pour une mesure de composition pénale.
Le casque bientôt obligatoire pour les cyclistes en France ?
Une proposition de loi visant à rendre obligatoire le port du casque et du gilet fluorescent pour les cyclistes a été déposée lundi par des députés UMP.
Publié le 21/06/2010
Polémique autour de la garde à vue d'une adolescente
Anne, 14 ans, collégienne à Paris, a-t-elle été conduite en pyjama au commissariat pour y être placée en garde à vue ? A-t-elle été menottée pour être interrogée ? La préfecture de police dément et donne sa version des faits.
Publié le 09/02/2010
A 14 ans, interpellée au saut du lit, pour 9 h de garde à vue
Interpellée chez elle à son réveil pour une bagarre dans son collège, cette élève parisienne a été emmenée au poste avant d'être mise en cellule et interrogée. Elle a témoigné sur France Info.
Publié le 09/02/2010
Deux enfants arrêtés à la sortie de leur école
L'interpellation en pleine sortie des classes de deux élèves de CP et de CM1, âgés respectivement de 6 ans et 10 ans, suscite la réprobation à Floirac, près de Bordeaux.
Publié le 21/05/2009
L'affaire a fait du bruit dans la ville. Au grand embarras de la police. Au commissariat de Bordeaux, on tente de justifier l'opération. David Book, commissaire principal du service d'ordre public et de sécurité routière, cite des chiffres qu'il estime éloquents : en 2008, note-t-il, pratiquement 4 accidents mortels sur 5 constatés dans l'agglomération bordelaise impliquaient un deux roues. Et depuis début 2009, la tendance est à la hausse. D'où la volonté de viser spécifiquement les conducteurs de cyclomoteurs et autres vélos à travers des campagnes de prévention, auxquelles, note le policier, a notamment participé Vélo-Cité, une association locale militant pour les déplacements en bicyclette. Mais aussi à travers des contrôles accrus. Précisément, une campagne de contrôles a été lancée depuis début mars. Avec des résultats déjà significatifs : un peu plus de 1100 infractions relevées sur 3 semaines, essentiellement pour des refus de priorité à un feu. Les contrôles menés de nuit ont aussi permis de mettre en évidence des infractions connexes : conduite en état d'ébriété ou sous l'emprise de stupéfiants, notamment.
Rien que la procédure, mais toute la procédure
Or, souligne le policier, en cas d'ébriété avérée, la procédure est claire : les contrevenants doivent être retenus pour leur propre sécurité. Les mesures sont respectées d'autant plus strictement depuis la mort à Nantes, en 2006, d'un ouvrier tunisien, contrôlé alors qu'il était ivre sur la voie publique, puis relâché et retrouvé par la suite noyé dans un canal. Les cyclistes présentant des taux d'alcoolémie qui pouvaient, pour certains d'entre eux, dépasser 1,5 g d'alcool par litre de sang, ont donc été placés en garde à vue, avec application de toute la procédure prévue dans ce cas - notamment les palpations et la confiscation de tout objet potentiellement dangereux. Pour la police, l'affaire se limite à une stricte application de la procédure.
Gaëtane S. a écrit une lettre au directeur départemental de la sécurité publique, dans laquelle elle s'interroge : "Comment peut-on justifier une telle procédure ? Quel intérêt pour la justice, l'ordre public, la sécurité des biens et des personnes ?" Et du côté de Vélo-Cité aussi, pourtant citée comme partenaire par la police, on s'offusque. L'association refuse que son nom soit lié à cette campagne de contrôles. "Il y a bien eu des opérations de prévention ces derniers mois", raconte Muriel Sola, chargée de mission de l'association. "Mais ce qui se passe depuis début mars, c'est de la répression pure, sans prévention. Et c'est totalement disproportionné. Certes, les deux roues sont proportionnellement plus victimes d'accidents que les autres. Mais il s'agit uniquement des deux roues motorisés ! Depuis le début de l'année, en ce qui concerne les vélos, c'est plutôt calme au contraire". Devant le tollé, la mairie de Bordeaux elle-même a réagi : Michel Duchène, adjoint au maire, a appelé "à du discernement" dans les sanctions infligées aux cyclistes qui pourraient selon lui être découragés de prendre leur vélo par des "sanctions lourdes et très fréquentes".
"Les deux roues deviennent un nouveau filon"
A l'antenne bordelaise du syndicat Unsa-police, on a une possible explication. Et on prête à l'opération des intentions moins louables que la seule volonté d'accroître la sécurité. Pour Aymed Korbosli, elle vise tout simplement... à gonfler les statistiques des faits élucidés, qui permettent de mesurer l'efficacité de la police dans la lutte contre la délinquance. "En matière de crimes et de délits, quand vous avez une plainte pour viol, c'est ce qu'on appelle un fait constaté, détaille le syndicaliste. Quand vous avez un placement en garde à vue après un contrôle d'alcoolémie, c'est un fait élucidé. Quand vous avez, sur une ville comme Bordeaux, 5000 faits constatés d'un côté, et 4500 faits élucidés de l'autre, vous pouvez avoir l'impression que 4500 des 5000 affaires qui ont donné lieu à des plaintes ont été résolues. Mais ça peut aussi être très trompeur !".
Et de détailler : selon lui, l'opération de contrôle de la nuit de jeudi à vendredi s'est traduite par "16 gardes à vue, dont 9 pour alcoolémie, parmi lesquelles 8 concernaient des cyclistes. Sachant que pour certains, les taux d'alcoolémie étaient élevés, mais que pour d'autres, ils étaient suffisamment bas pour permettre aux personnes concernées de rentrer chez elles à pied sans problème de sécurité". La volonté de "gonfler" les chiffres ne fait donc, pour l'Unsa-police, aucun doute ; elle semble trouver des échos au sein même du commissariat de Bordeaux, où des policiers, selon les cyclistes gardés à vue, se seraient déclarés "écoeurés" par cet épisode et par la pression imposée par leur hiérarchie pour "faire du chiffre". Quant au choix de la cible des contrôles - des vélos - Aymed Korbosli l'explique de la même manière : "Comme les automobilistes, à force d'être contrôlés, respectent aujourd'hui davantage le Code de la route qu'il y a quelques années, les deux roues deviennent un nouveau filon".
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