Les forces de l'ordre en Martinique © LCILes incidents ont éclaté en marge d'une opération de protestation lancée par des chefs d'entreprises et des planteurs contre le blocage économique de de la Martinique, paralysée par une grève générale depuis plus d'un mois. Des jeunes, que les autorités distinguent du collectif contre la vie chère et qui seraient dans une logique de confrontation avec les forces de l'ordre, s'en sont pris cette nuit au cortège de véhicules des contre-manifestants, jetant des cailloux ou crevant des pneus. Les forces de l'ordre sont intervenues à coups de gaz lacrymogène. "Il y a eu trois policiers légèrement blessés par des plombs, on leur a tiré dessus avec des fusils de chasse", a déclaré sur France Info le préfet de la Martinique, Ange Mancini, qui a lancé un appel au calme. "Un gendarme a été légèrement blessé de l'oeil par un plomb et deux cocktails Molotov ont été lancés contre les gendarmes."
La situation se calmait peu à peu au cours de la nuit, avec simplement des feux de poubelles et de détritus. "Des escadrons de gendarmerie sont toujours en renfort et tiennent des barrages de sécurité dans le centre-ville", a déclaré un responsable de la police. Six personnes ont été interpellées depuis la fin de l'après-midi. "La situation est sous contrôle pour l'instant mais elle est évidemment et éminemment dangereuse", a souligné le préfet, qui a évoqué "des violences très graves, des violences contre des gens qui étaient certainement des manifestants pacifiques. Certains ont été blessés, des véhicules ont été caillassés. Les forces de police et de gendarmerie ont été obligées d'utiliser des grenades lacrymogènes, souvent pour se dégager." De son côté, le secrétaire d'Etat chargé de l'Outremer Yves Jégo a affirmé qu'il "souffre de voir ces images de Martiniquais qui se déchirent entre eux".
"Nous n'arrêterons pas"
Des accrochages ont également eu lieu à proximité immédiate de la Maison des syndicats, où se trouve le siège du Collectif du 5 février, qui mène le mouvement de contestation contre la vie chère. "Nous avions dit au préfet d'éviter que cette manifestation atteigne Fort-de-France pour empêcher des débordements. Quand la population a su que des békés (descendants des colons blancs) organisaient une manifestation à Fort-de-France, ils se sont révoltés", a déclaré un porte-parole du Collectif. Il a ajouté que le député-maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, qui a tenté de calmer la situation, avait dû être pris en charge par les pompiers après avoir respiré trop de gaz lacrymogènes. Comme en Guadeloupe, la Martinique est le théâtre d'un mouvement de contestation contre la vie chère depuis plus d'un mois.
Après l'accord de sortie de crise, le "collectif contre l'exploitation" (LKP), maintenait en Guadeloupe la pression pour une application générale de l'augmentation des bas salaires. Cette généralisation salariale semblait se rapprocher samedi matin après l'annonce par le ministère du Travail du lancement samedi ou dimanche de la procédure d'extension de l'accord, qui n'a été paraphé que par des organisations patronales guadeloupéennes minoritaires. Pour autant, lancement de la procédure ne signifie pas extension de l'accord et le Medef local estimait qu'il pourrait dans ce cadre faire valoir ses positions. Il a simplement formalisé vendredi soir son engagement unilatéral verser une somme sous forme de "bonus exceptionnel", dans une "recommandation" à ses adhérents. Cette "recommandation patronale", signée par 13 organisations et branches professionnelles, invite les entreprises adhérentes à "attribuer un bonus exceptionnel financé par les entreprises et éventuellement complété par l'Etat et les collectivités" à leurs salariés. Mardi, le président du Medef Guadeloupe Willy Angèle avait annoncé qu'il ferait une recommandation à l'ensemble des adhérents, qui consiste à verser les primes de vie chère qui évolueront entre 50 et 100 euros, de manière à ce que cette problématique de bas salaires soit traitée.
Mais Elie Domota, leader emblématique du LKP, a prévenu dès jeudi qu'il n'entendait pas baisser la garde tant que la hausse de 200 euros nets par mois pour les bas salaires ne serait pas appliquée à toutes les entreprises de l'île : "Nous n'arrêterons pas et je l'ai dit au préfet". Le porte-parole du collectif s'est ensuite fait plus menaçant : "Soit ils appliqueront l'accord, soit ils quitteront la Guadeloupe. Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l'esclavage". Une référence aux descendants de colons blancs qui a ravivé le spectre de tensions raciales dans une île à l'histoire marquée par l'esclavage. Appelé à réagir, Yves Jégo a déclaré : "Ce n'est pas acceptable, ce n'est pas un dialogue républicain", sans jamais pour autant nommer Elie Domota.
D'après agence
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