Portail d'accès aux voies du RER B près du Stade de France (9 mars 2009) © TF1/LCI![]() |
| Pepy promet "une transparence absolue" |
Guillaume Pepy, le président de la SNCF, a beau évoquer "un accident sans précédent", les témoignages sur les risques encourus par les groupes de supporters se rendant en car les soirs de match au Stade de France se multiplient depuis ce week-end. Deux personnes, dont un enfant de dix ans, ont été tuées et onze autres blessées samedi soir au passage d'un RER. L'accident s'est produit vers 23h45 à proximité de la gare de La Plaine-Stade de France, après le match de football entre Lille et Lyon. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes pour déterminer les circonstances qui ont conduit le groupe de supporters lillois à circuler dans une zone technique interdite au public et déterminer les éventuelles responsabilités. Le secrétaire d'Etat chargé des Transports, Dominique Bussereau, a demandé une enquête au Bureau enquête accident et le parquet a ouvert de son côté une information préliminaire pour homicides et blessures involontaires.
Guillaume Pepy a souligné que les accès du RER sont grillagés à cet endroit. Le Figaro, parti à la pêche aux images du site sur Google, a évoqué pour sa part des barrières pas assez "dissuasives", et des murs de parpaings percés par des prises montrant bien qu'ils ont déjà été escaladés à de multiples reprises. Mais il n'est pas besoin d'aller chercher aussi loin l'itinéraire emprunté par les supporters lillois. Ils ont pénétré dans la zone interdite au public en poussant un portail qui n'était pas fermé. "A l'enquête judiciaire de déterminer si le portillon d'accès était ouvert et si oui, s'il avait été vandalisé comme c'est très souvent le cas", a déclaré lundi Guillaume Pepy. "Je suis en colère contre la SNCF, s'est d'ailleurs indigné lundi Christian Duminy, grand-père de Jordan, 10 ans, l'un des deux jeunes supporteurs lillois tués sur les voies. Je ne dis pas, rétrospectivement, que ce n'était pas dangereux de marcher près des voies. Mais le danger, ils ne l'ont pas vu. Les barrières étaient ouvertes. M. Pepy pourrait s'excuser".
Des cars garés trop loin du stade
Mais pourquoi avoir pris un tel itinéraire ? Après le match, les spectateurs non motorisés pouvaient soit gagner la gare de La Plaine-Stade-de-France, distante de 800 mètres, soit se rendre à pied à la gare de La Courneuve, distante d'1,5 km, où attendaient les nombreux bus venus de Lille. Selon de premiers éléments, les supporteurs fauchés par le RER s'étaient d'abord perdus et étaient pressés de regagner leur bus garés près de La Courneuve, de peur de rater le départ. Ils auraient donc décidé d'emprunter un pont ferroviaire enjambant un canal puis de longer la voie.
Les spectateurs qui ont déjà eu à se rendre en car au Stade de France évoquent un parcours long, insuffisamment balisé, où l'on peut d'autant plus facilement se perdre que la foule entrant ou sortant du stade est compacte. Ils évoquent aussi l'insuffisance des places de stationnement. Ce qui aurait été un choix assumé lors de la construction du stade (un édifice placé en zone urbaine, dans un secteur bien desservi par les transports en commun, d'où l'absence planifiée d'emplacements pour garer des autocars) s'est révélé à l'usage impossible à tenir. Les cars de supporters sont donc obligés de se garer à distance, et dans des lieux pas forcément adaptés, avec soit l'obligation de reprendre les transports en commun après un long trajet par route, soit un itinéraire piéton plutôt compliqué pour des supporters naturellement peu habitués aux lieux. L'an dernier déjà, un groupe avait fini à pied et sur la bande d'arrêt d'urgence son parcours vers le stade - un fait qui aurait déjà dû alerter les autorités.
"La sécurité, c'est notre obsession"
Lorsqu'il fait nuit, le danger augmente encore. La cohue lors d'une sortie après la fin d'un match accroissant d'autant les possibilités de voir des supporters perdre leur groupe, s'égarer... et prendre des risques pour rejoindre leur car. Surtout si l'alcool a coulé. C'était le cas samedi soir, selon des policiers. A cela, il faut encore ajouter le fait que pour les supporters, bien souvent, le temps pour revenir au parking est compté. Les supporters lillois étaient-ils dans cette situation ? Selon un témoin, le chauffeur leur aurait dit qu'il partirait sans eux s'ils n'étaient pas de retour avant 23h15. Une déclaration qui reste à vérifier.
En attendant les résultats des enquêtes, Guillaume Pepy a assuré que tous les cheminots étaient "solidaires de cet accident, parce que la sécurité, c'est notre obsession". Et le président de la SNCF a indiqué qu'il envisageait de faire surveiller à distance par des caméras infrarouges la zone autour du Stade de France afin de pouvoir couper immédiatement la circulation des trains en cas de présence humaine détectée sur les voies.
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