© TF1-LCI/R.BousquetUn Strasbourgeois de 58 ans en conflit avec son bailleur, la Société d'études et de réalisations strasbourgeoises (SERS), s'est suicidé lundi après-midi de manière spectaculaire. Parce qu'il refusait la logique purement juridique qui interdit un acte de solidarité humaine, Jean-Jacques Mignot, informaticien féru d'aéronautique, qui avait hébergé une famille dans la détresse, a mis fin à ses jours dans le hall même de la SERS. "Il s'est donné un coup de couteau dans le coeur", a indiqué le parquet de Strasbourg qui a ouvert une enquête.
Selon Les Dernières nouvelles d'Alsace, qui révèlent l'information dans leur édition de jeudi, Jean-Jacques Mignot menait depuis plusieurs années une bataille juridique contre la société qui souhaitait l'expulser pour réaménager un îlot d'immeubles à Strasbourg. Il habitait dans un immeuble voué à la démolition à Neudorf, un quartier au sud de Strasbourg, dont il était le dernier habitant. Il avait gagné son procès en première instance, mais l'affaire devait être rejugée le 19 avril à Colmar, car la SERS avait fait appel.
"Une injustice impardonnable"
Selon son ami Denis Ledogar, aumônier catholique de l'Hôpital universitaire de Hautepierre, Jean-Jacques Mignot craignait de perdre son procès en appel, car il pensait tomber sous le coup de la réglementation qui interdit à un locataire de sous-louer une partie de son logement à une autre famille. "Je refuse qu'on me jette hors de chez moi et à la rue au prétexte que j'ai hébergé un ami et ses enfants dans le dénuement, la détresse et le désarroi, ainsi que le veut une loi inique", a écrit Jean-Jacques Mignot dans une lettre d'adieu adressée au prêtre. "Je pars en fondant tous mes espoirs que ce geste permettra d'abroger dans la plus extrême urgence cette épouvante qui interdit de porter secours à qui a besoin de nous. Elle est effroyablement contraire à mes convictions, elle heurte et blesse profondément mes croyances en Amour et le possible vers l'Autre. Elle est de surcroît une injustice impardonnable au droit d'un Etat qui s'enorgueillit précisément de le défendre. Elle est enfin une injure aux Ecritures, donc une injure à Dieu et une injure à l'Homme", a-t-il écrit.
Selon Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Jean-Jacques Mignot a également adressé des missives expliquant son geste à d'autres amis, au directeur de la SERS et aux élus strasbourgeois. "Personne ici ne comprend ce drame", a déclaré le directeur général de la SERS, Eric Fullenwarth, qui a découvert le corps dans le hall un instant déserté par l'employée à l'accueil. "Il n'y avait pas de décision d'appel et pas de décision d'expulsion, et en outre, on n'a jamais exproprié personne : on a toujours réglé les problèmes à l'amiable", a-t-il affirmé.
Les obsèques de cet homme décrit par ses amis comme "un bon Samaritain" seront célébrées vendredi à la chapelle de l'hôpital de Hautepierre où, chaque dimanche depuis huit ans, il aidait à convoyer des malades en fauteuil roulant pour assister à la messe, selon son ami prêtre.
D'après agence
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