Des images vidéo gênantes pour la police

le 07 avril 2009 à 17h52 , mis à jour le 07 avril 2009 à 22h34

Diffusées sur le Net, elles montrent ce qui semble être des policiers lançant ce qui pourrait être des pierres sur des militants anti-Otan.

police Strasbourg sommet OTAN © DR

Après les violents heurts de samedi à Strasbourg en marge du sommet de l'Otan, la polémique ne désenfle pas. Dernier élément en date : des images vidéo diffusées sur internet mardi montrant ce qui semble être des policiers lançant des projectiles sur des manifestants mobilisés contre le sommet.
 
D'abord diffusées sur un site de partage de vidéos, ces images, prises apparemment par téléphone portable, ont été retirées avant d'être remises en ligne par d'autres sites, notamment d'information. On y voit ce qui semble être des forces de l'ordre postés sur un talus SNCF, surplombant un cortège de manifestants et jetant à plusieurs reprises ce qui semble être des pierres en leur direction. Les manifestants ont eux-mêmes lancé des pierres sur les policiers, selon un journaliste de Reuters présent sur place.
 
"Dans la tensions, ça peut arriver"
 
Tout en exprimant des réserves sur l'authenticité des images, deux syndicats de police ont souligné que le jet de projectiles n'était pas une procédure de police régulière. "Si c'est vrai, j'imagine qu'il y aura une enquête et des sanctions. Je n'excuse pas, je ne dis pas que c'est bien, mais dans la tension, ça peut arriver", a dit Jean-Claude Delage, du syndicat Alliance. La manifestation, qui a rassemblé de 10.000 à 30.000 personnes selon les sources, s'est déroulée dans le calme, mais de violents incidents ont éclaté en marge du défilé, avec l'incendie de plusieurs bâtiments, sans que la police intervienne.
 
Par ailleurs, deux jeunes gens mis en examen pour l'une de ces actions, l'incendie d'un bâtiment des douanes, ont failli accéder à un arsenal de dizaines d'armes à feu, a-t-on appris. Situé en contrebas du pont de l'Europe, le bâtiment, fermé pendant la manifestation, abrite une brigade de 40 agents de surveillance avec son armement, a déclaré le directeur régional des Douanes, Marc Steiner.
 
Les victimes indemnisées "intégralement"
 
Les incendiaires, un Russe et un Allemand, n'ont pas pu pénétrer dans les locaux de la brigade mais ont volé des disques durs d'ordinateur et des tampons administratifs et ont mis le feu au local des archives, qui a entièrement brûlé. Les dégradations ont duré près d'une heure et demie, entre 12h45 et 14h15, en l'absence totale des policiers. De jeunes gens cagoulés et masqués de noir ont incendié outre le bâtiment en fonction des douanes, l'ancien poste de contrôle de ces mêmes douanes, situé à l'entrée du pont de l'Europe, une pharmacie, l'ancien office du tourisme ainsi qu'un hôtel Ibis.
 
L'incendie du bâtiment des douanes a été éteint par des pompiers allemands et non par les Français. Le préfet du Bas-Rhin a réfuté l'idée d'un retard dans l'intervention des forces de l'ordre et déclaré qu'il importait à ses yeux de privilégier "la sécurité des personnes sur la sécurité des biens". Il a expliqué lundi que les forces de l'ordre avaient décidé d'intervenir quand le premier événément jugé grave, l'attaque de l'hôtel Ibis, avait été signalé, à 13h54. La police est arrivée sur place 20 minutes plus tard, les pompiers encore 25 minutes plus tard.
 
Le maire socialiste de Strasbourg, Roland Ries, a évoqué dimanche le sentiment des habitants de la cité du Port du Rhin, où se sont déroulées les violences, "d'avoir été livrés aux casseurs et non protégés". Une manifestation de protestation est prévue mercredi dans le quartier. La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a confirmé l'engagement d'indemniser "intégralement" les victimes. Le préfet organisera cette semaine des réunions avec les assureurs et les victimes.

Vifs échanges à l'Assemblée

Les violences à Strasbourg ont donné lieu mardi à de vifs échanges à l'Assemblée entre Armand Jung (PS), pour qui les Strasbourgeois ont été "abandonnés", et la ministre de l'Intérieur, qui l'a accusé de "mettre en cause" les forces de l'ordre. "Les Strasbourgeois ont le droit de savoir ce qui s'est réellement passé durant ces longues heures où ils ont eu le sentiment d'avoir été abandonnés par les pouvoirs publics", a estimé le député du Bas-Rhin, lors des questions au gouvernement, avant d'évoquer la "mise à sac de deux quartiers" et des "dégradations sans précédent". En réponse, Michèle Alliot-Marie l'a accusé de "mettre en cause les forces de police et de gendarmerie". "Ce que j'aimerais, c'est que l'on ait tous comme honnêteté de condamner ceux qui sont à l'origine des violences et non pas les forces de police", a-t-elle ajouté. "Que n'ai-je pas entendu messieurs sur vos bancs avant cette manifestation: il paraît qu'il y avait trop de force de police, que c'était disproportionné, qu'il allait y avoir des violences policières, il n'y en a pas eu!", a-t-elle lancé, avant que ces propos ne soient couverts pas les huées de la gauche et la bronca de la majorité.

le 07 avril 2009 à 17:52
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