Image d'archives © TF1/LCI| La mère du petit Hisham témoigne |
Dix cyclistes à l'ombre pour quelques verres de trop
Pour des cyclistes bordelais, un banal contrôle de police s'est conclu par une nuit derrière les barreaux. Volonté de lutter contre les accidents de la route... ou de faire du chiffre ?
Publié le 24/03/2009
Ce qui aurait pu n'être qu'une banale affaire de vol de vélo s'est transformé en quelques heures à Floirac, dans la banlieue bordelaise, en une polémique impliquant une école, deux familles d'élèves... et surtout la police, dont les méthodes ont provoqué la colère de plusieurs parents. Les faits se sont déroulés mardi après-midi et ont été révélés par le quotidien Sud-Ouest. Le lieu : l'école élémentaire Louis-Aragon, un établissement comptant un peu moins de 200 élèves. Six membres des forces de l'ordre, et deux véhicules, ont été mobilisés pour interpeller deux enfants de parents différents : l'un scolarisé en classe de CP, aura 7 ans au mois d'août ; l'autre, un élève de CM1, est âgé d'une dizaine d'années. L'interpellation a eu lieu en pleine sortie des classes, devant des enfants que leurs parents venaient chercher, sans que ni la direction de l'établissement, ni les enseignants n'aient été prévenus de ce qui se passait aux portes mêmes de l'école. A l'origine de cette intervention policière, la plainte d'une mère d'élève du même établissement. Elle aurait cru reconnaître successivement deux vélos volés à ses enfants : un vert, et un bleu.
Olivier Billand, le directeur de l'école, tombe des nues. "Je venais de recevoir deux parents d'élèves dans mon bureau, quand deux de mes collègues sont venues me dire que la police était venue interpeller des enfants dans la rue à côté de l'école", témoigne-t-il sur LCI.fr. "Il devait être aux alentours de 17 heures. Elles venaient elles-mêmes d'être prévenues par une élève. Comme notre école donne sur une voie piétonne, que nous ne voyons pas directement, nous ne pouvions pas savoir qu'il y avait là des policiers qui attendaient. Je suis aussitôt sorti, mais il n'y avait plus rien à voir. Et quelques minutes plus tard, la maman d'un des enfants qui avaient été interpellés est venue crier sa colère. Je suppose qu'elle s'imaginait que les policiers étaient intervenus dans l'école même".
"Elle a cru reconnaître un vélo volé à son frère"
Cette mère, Aïsha, dont le petit Hisham, 10 ans, s'est ainsi retrouvé au poste, ne cache pas sa révolte. "C'est l'école maternelle où se trouve mon autre petit garçon de 4 ans qui m'a prévenue mardi après-midi. Elle m'a dit qu'Hisham n'avait pas pu passer le récupérer comme d'habitude. L'institutrice ne voulait pas m'en dire plus au téléphone. C'est seulement quand je suis arrivée là-bas qu'on m'a dit que mon fils avait été arrêté devant son école, qui est juste de l'autre côté de la rue. Je suis allée réclamer des explications, je leur ai demandé : comment pouvez-vous laisser embarquer des enfants comme ça... Mais ils m'ont dit qu'ils n'avaient rien vu. Alors, je suis allée au commissariat, où j'ai été entendue, ainsi que mon fils, pendant deux heures. Je voyais bien que là-bas, les policiers étaient mal à l'aise. Qu'eux-mêmes n'approuvaient pas ce qui s'était passé. Quand il y a un problème avec un enfant, on téléphone aux parents, on n'agit pas comme ça".
Du côté de l'école aussi, l'intervention est aujourd'hui qualifiée "d'ahurissante". Olivier Billand s'interroge : "N'y avait-il pas d'autres manières de faire ? S'ils m'avaient posé la question, je leur aurais dit de contacter les familles, pour régler ça autrement. Aujourd'hui, il y a des élèves qui se demandent si leurs camarades ont été mis en prison, il va falloir que je passe dans les classes lundi pour en discuter avec eux et leur répondre". Les enfants ne sont d'ailleurs pas forcément les plus choqués ; certains parents d'élèves sont plus virulents.
Et tout ceci a eu pour seule origine le témoignage d'une mère d'élève. "Elle accompagnait sa fille, lorsque celle-ci a cru reconnaître dans la rue un vélo qui avait été volé à son frère, raconte Olivier Billand. La mère a alors discuté avec le petit garçon qui circulait sur ce vélo, la fillette s'est persuadée que le vélo était bien celui de son frère. La mère a voulu récupérer la bicyclette en question, l'enfant a refusé, il est reparti vers l'école. Cette femme est alors venue me voir pour me demander, à moi, de confisquer ce vélo, en me disant que dans le cas contraire, elle porterait plainte". Mais entretemps, cette mère d'élève aurait apparemment reconnu un autre vélo comme le sien. Outre la première bicyclette, de couleur verte, elle aurait alors aussi demandé à récupérer celle du petit Hisham, de couleur bleue. "Deux vélos pour le prix d'un, ironise tristement Aïsha. Et voilà comment j'ai récupéré mon fils au poste. Quand je suis repartie mardi vers 19 heures, l'autre petit garçon attendait toujours sa maman".
"C'est vraiment beaucoup pour un possible vol de vélo"
L'affaire fait d'autant plus de bruit qu'elle survient après plusieurs cas lors desquels les policiers de l'agglomération bordelaise ont pu être accusés d'excès de zèle - comme lors de la mise en garde à vue de cyclistes qui avaient bu un verre de trop. Du côté des forces de l'ordre, on affirme avoir agi dans le cadre de la légalité. Et le directeur départemental de la sécurité publique de Gironde, Albert Doutre, a assuré que le plus jeune des enfants aurait d'ailleurs reconnu avoir "emprunté" le vélo sur lequel il circulait.
Mais devant la controverse sur la méthode, l'affaire du, ou plutôt des vélos, est largement passée au second plan. "Ils sont toujours au commissariat, indique Aïsha. J'ai fourni aux policiers la preuve que le vélo de mon fils lui avait été offert par quelqu'un que j'ai connu dans le cadre de mon travail. Cette dame a elle aussi fourni ses propres preuves. Et on attend". Le directeur de l'école Louis-Aragon a entendu pour sa part une autre version provenant de la mère qui avait cru reconnaître le vélo de son fils : elle lui aurait affirmé que "tout était rentré dans l'ordre" et qu'elle "avait pu récupérer le vélo". Mais dans un cas comme dans l'autre, "c'est vraiment beaucoup pour quelque chose qui était, peut-être, un vol de vélo", s'indigne Olivier Billand. Quant au petit Hisham, depuis les faits, il n'est pas revenu en classe. Sa maman redoute les conséquences de l'affaire : "Vous savez comment sont les enfants, il va être traité de voleur, alors qu'il n'a rien fait..." Et elle craint, pour elle-même, les réactions du voisinage.
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