Les dégâts de la tempête Klaus sur la forêt dans la commune de Saint-Avit, près de Mont-de-Marsan (25 janvier 2009) © Jacques Lefebvre-BilliezCinq mois après la tempête Klaus, la forêt landaise, autrefois la plus grande d'Europe, est toujours en bonne partie un champ de ruines. Oubliées à Paris, où la tempête avait suscité beaucoup moins d'écho et d'émotion que celle de 1999, les Landes se débattent encore avec les conséquences d'un désastre qui reste encore aujourd'hui inappréciable. Et parmi ces conséquences, il y a les feux.
Deux incendies de forêt se sont déclarés dimanche, ravageant entre 115 et 120 hectares malgré l'intervention de 160 sapeurs-pompiers, appuyés, chose peu habituelle dans ce département, par des Canadair venus de la base de Marignane. Le plus important s'est déclaré sur la commune de Meilhan et avait détruit plus d'une centaine d'hectares de forêt en fin de journée. Il mobilisait à lui seul 110 sapeurs-pompiers et deux avions bombardiers d'eau. Un autre foyer avait également ravagé dimanche soir une quinzaine d'hectares de "chablis", des arbres déracinés, et mobilisait une cinquantaine d'hommes sur la commune de Saint-Paul-lès-Dax. Sa progression semblait stoppée dimanche soir, mais le foyer était toujours actif.
Les arbres à terre gênent les pompiers
Des feux d'une telle superficie sont exceptionnels dans les Landes. D'une part, la configuration du terrain rend le plus souvent possible, contrairement aux départements du Sud-Est, une intervention efficace par voie de terre et rend inutile l'intervention d'avions, du moment que les foyers sont attaqués suffisamment tôt ; d'autre part, les Landes ont été un département précurseur en matière de lutte contre les incendies et disposent de contingents importants de pompiers forestiers, qui sont souvent des professionnels, non des volontaires, et qui sont particulièrement entraînés pour intervenir très vite sur les départs de feux.
Mais beaucoup des arbres déracinés ou brisés en janvier encombrent toujours la forêt et les pistes. Ce sont ces fameux "chablis", qui fournissent un aliment aux flammes et empêchent les pompiers de gagner les lieux des départs de feux. Or en la matière - les pompiers forestiers le savent bien - quelques minutes de retard lors d'une intervention peuvent faire la différence entre un simple départ de feu vite maîtrisé, et un incendie qui échappera à tout contrôle.
La forêt brûle, et les aides tardent
Pourtant, les sylviculteurs, confrontés à un travail immense pour évacuer le bois tombé à terre et pour reboiser, n'ont toujours reçu aucune aide de l'Etat. Ils ont d'ailleurs menacé de bloquer des routes le 10 juillet faute d'une réaction positive du gouvernement. Il existe bien un plan d'aide des pouvoirs publics. L'Etat avait annoncé le déblocage d'un milliard d'euros. Il faut en réalité déduire de cette somme 600 millions d'euros qui ne sont pas des subventions, mais simplement des prêts bonifiés garantis par l'Etat à hauteur de 50 à 80%. Ce qui ne satisfait guère les banques ainsi mises à contribution. Il faut également soustraire les aides des collectivités locales, qui réclament à cor et à cri un soutien plus visible de l'Etat. Et en prime, ce fameux plan d'aide n'a toujours pas connu le moindre début d'application.
En attendant, une partie des 40 millions de mètres cube de bois abattus le 24 janvier dernier sont encore à terre, et sur les 200.000 hectares de forêts ravagés, on ignore combien seront reboisés. Il avait fallu, au XIXe siècle, un effort de l'Etat sans précédent pour transformer ce qui n'était alors que des marécages en forêt ; mais c'était sous Napoléon III. La forêt landaise n'est plus une priorité aujourd'hui, et la catastrophe écologique qu'elle a subie et continue à subir n'émeut guère à Paris. Cet été, dans les Landes, l'inaction de l'Etat risque de se mesurer en hectares brûlés.
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