"Les mineurs braqueurs de banques sont des branquignols"

Par , le 25 août 2009 à 11h19 , mis à jour le 25 août 2009 à 11h58

Enquête - Les vols à main armée commis par des mineurs ont augmenté de 38% entre 2007 et 2008. Une croissance qui semble se confirmer en 2009.

braquage Fortis banqueSur les lieux du braquage de mardi © REUTERS

Le 18 août, trois mineurs de 17 ans, dont une jeune fille, braquaient une banque Fortis, rue Monge, en plein Paris, entraînant un déploiement spectaculaire de forces de l'ordre. Arrêtés dans la foulée, ils n'avaient pas eu le temps de récupérer le moindre butin. Fin mai, deux mineurs de 16 ans -dont une fille, et un garçon de 18 ans, originaires de Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, étaient interpellés après une série de cinq braquages ou tentatives de braquage de banques.  Un mois plus tôt, trois mineurs de 15 et 16 ans, munis de bombes lacrymogènes, s'en étaient pris à un fourgon de la Brink's à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis. Repartis bredouilles, et blessés par balles pour deux d'entre eux par les convoyeurs, les trois adolescents furent rapidement arrêtés.

Depuis quelques mois, ce type de faits divers, commis par des mineurs, se multiplient.  Une tendance confirmée par les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance (OND). "Entre 2007 et 2008, les vols à main armée commis par des mineurs ont augmenté de 38% passant de 379  à 522 mises en cause", constate Christophe Soulez, chef de l'OND. Les mineurs représentaient en 2008, 47,9% des auteurs de vols ou de violences sans arme, 9,6% des auteurs de braquage contre des banques (contre 5,3% en 2007) et 21,2% des braqueurs de commerces (contre 15,8% en 2007). "Ces chiffres, qui semblent suivre la même pente pour 2009, montrent un changement de nature et de comportement chez les jeunes délinquants", note le criminologue. 
 
Ils ne "calculent pas les risques"
 
Même si elles restent marginales dans la galaxie des vols à main armée, les attaques de banque par des mineurs ont presque doublé en l'espace d'un an, ce qui laisse plus d'un policier circonspect. "Ceux qui s'en prennent aux banques sont des branquignols, c'est le crime du bon à rien, de celui qui se fait tout le temps arrêter par la police, comme cela a encore été démontré avec le braquage de la banque Fortis", estime Christophe Gesset du syndicat de police Synergie Officiers. L'un des adolescents avait déjà 41 lignes sur son casier judiciaire, le second, 16 faits à son actif et la jeune fille était également connue des services de police. "Les gamins n'avaient même pas pris la peine de faire des repérages pour prendre la fuite en cas de ratage", poursuit-il.

Même analyse du côté de l'Union, premier syndicat de gardiens de la paix : "Les vrais braqueurs ne vont pas dans les banques, ils vont là où c'est moins dangereux et où il y a plus d'argent comme les bijouteries", constate Yannick Danio, porte-parole. "Ce sont en général les petits cons désoeuvrés qui s'en prennent aux banques", confirme un autre policier, haut gradé, qui exerce dans le Val-de-Marne. "Il n'y a presque jamais ou peu d'argent à l'intérieur des succursales et les systèmes d'alarmes sont ultra efficaces. Mais les gamins s'en fichent, ils ne calculent pas les risques, et, pour nous, cela reste une menace car leur incompétence les rend potentiellement plus dangereux que les pros".
 
De l'argent vite et facile

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation des vols à main armés et notamment des braquages chez les mineurs. "Quand les policiers mettent la pression sur un secteur, comme c'est le cas sur les stupéfiants actuellement, les délinquants cherchent alors d'autres cibles, moins risquées, comme l'attaque de petits commerces, analyse Christophe Soulez. Il y a aussi le fait que dans notre société, aujourd'hui, les jeunes veulent tout tout de suite et ils ont donc besoin d'argent vite, peu importe la méthode".  
 
Autre explication : il est "très facile d'aller braquer un petit commerce", constate l'officier de police du Val de Marne. Un boulanger, un épicier ou un buraliste ne fera pas la différence entre une arme réelle ou factice. En plus, un petit braquage ne demande pas beaucoup de moyens ou de temps de préparation, contrairement au trafic de stup' qui nécessite un réseau : tout le monde a à portée de main une tenue noire, des gants et une cagoule. Et si on est malin, on est presque sûre de repartir avec 1000 ou 2000 euros en poche".

Spécialisation par cité ou par quartier
 
Le poids des traditions est un autre facteur. "On constate depuis longtemps des spécialisations par quartiers, par cités ou par départements. En Seine-Saint-Denis (93), c'est le trafic de stupéfiant et les violences gratuites. Dans le Val-de-Marne (94), c'est les braquages", explique Christophe Gesset. "Il y a une culture du braquage par ici qui trouve son origine dans les années 80', confirme le haut gradé anonyme du Val-de-Marne. C'était l'époque du célèbre 'gang de la banlieue sud', avec notamment Serge et Michel Lepage". Il y a aussi eu le gang des Postiches, et puis, plus tard... Antonio Ferrara, originaire d'une cité de Choisy-le-Roi. "Les gamins de ces banlieues ont grandi avec ces modèles. Aujourd'hui, ils veulent imiter leurs aînés". Qui plus est, ces braqueurs en herbe s'entraident : "Dans certaines cités, ils mutualisent les moyens. Armes, cagoules, tenues... ils stockent tout dans les caves des cités - devenues zones de non-droit - et se prêtent les affaires entre eux. Et lorsque la police les trouve, elle peut rarement en tirer quelque chose car il y a des tonnes d'ADN différents dessus, les rendant difficilement exploitables".
 
Quel que soit l'origine de la motivation, les enquêteurs interrogés sont frappés par  "l'inconscience" de ces jeunes. "User de la violence pour obtenir ce que l'on veut est complètement banal, lors des auditions ils ne comprennent pas en quoi leurs actes sont graves", note l'un d'eux. "Ce qui est peut-être le plus inquiétant, analyse pour sa part Christophe Soulez, c'est la disproportion entre le déferlement de violences utilisé et le gain escompté".
 
L'apparition des filles
 
Autre phénomène, la présence de plus en plus remarquée de filles dans ces petits groupes de braqueurs depuis un à deux ans. Le plus souvent, elles servent d'appât. Bien habillées, bien maquillées, elles se font ouvrir tous les sas de sécurité des magasins ou des banques sans attirer l'attention. "Mais elles ne sont pas simples 'ouvreuses', précise un enquêteur. Elles sont complices et participent à parité avec les garçons aux actions". C'est ainsi que le 21 mai dernier, trois jeunes filles de 17 et 18 ans n'ont pas hésité à braquer un petit épicier de Villeneuve-Saint-George pour un butin de 400 euros. Avant d'être arrêtées quelques minutes plus tard, avec leur complice, un jeune homme, qui servait de chauffeur. Plus en marge, certaines filles, appartenant à des communautés, se spécialisent. C'est le cas en ce moment avec des jeunes filles issues de l'ex-Yougolsavie qui ne s'en prennent qu'aux parfumeries par ce qu'elles ont des contacts pour écouler leur marchandise vers les pays de l'Est.
 
"Les filles demeurent très peu impliquées dans les vols à main armée, temporise toutefois Christophe Soulez. En 2008, il n'y a eu qu'une seule mineure mise en cause pour braquage de banque et 7 ou 8 pour des attaques contre des commerces". En revanche, les violences physiques non crapuleuses, autrement dit les bagarres, explosent chez les jeunes filles. "On est passé de 2406 mineures mises en cause en 2002 à 5768 en 2007", note Christophe Soulez. De quoi donner pas mal de fil à retordre aux forces de l'ordre.

Par Alexandra Guillet le 25 août 2009 à 11:19
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23 Commentaires

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  • Rupama, le 27/08/2009 à 11h32

    Je rejoins les propos de maman de rhinau;les ados qui zonent dans la rue ce sont ses enfants qui ont raté l'ecole parce qu'ont ne les a pas aidés au bon moment ;après ils font les kakous au collège plutôt que d'essayer de bosser pour avoir un boulot qui leur plait ,après c'est la rue ,les petits délis et un jour la prison !Bellecarriere n'est-ce pas ;tout ça ,je le vois en ce moment est un pré ado et je vois des enfants de son age depuis la maternelle qui suivent ce chemin parce qu'ils ont des parents absents.

  • Mary, le 26/08/2009 à 14h01

    à Kacsam Antibes : vous ignorez sans doute que les policiers passent des concours, respectivement à bac obligatoire pour les concours externes de gardiens de la paix, licence pour les officiers et master pour les commissaires et qu'en outre vu le nombre de candidats qui se présentent aux différents concours externes, le niveau réel est très largement supérieur. Les concours internes sont quant à eux accessibles aux personnels pouvant justifier d'au moins quatre années de titularisation dans le service public. Par ailleurs après leur admission au concours, les futurs policiers suivent une formation en école de police, école supérieure ou école nationale supérieure de 1 an pour les gardiens, 1 an et demi pour les officiers et 2 ans pour les commissaires. Et seuls les ADS et cadets de la police qui sont des auxiliaires sous contrat à durée déterminée et n'ont pas la qualification ni les pouvoirs d'un fonctionnaire de police sont recrutés sans le bac et après tests, entretien et une formation accélérée. Comme quoi, avant de porter un jugement critique, mieux vaut se renseigner un minimum.

  • Kacsam, le 26/08/2009 à 13h04

    A mon avis, tant que la répression sera prioritaire sur la prévention, tant que l'on nous mettra des cowboys raté avec un QI inférieur aux délinquants pour représenter les forces de l'ordre, et tant que les politiques regarderont leur nombril plutot que de regarder autour d'eux pour comprendre d'ou viennent tous ces problèmes avec les jeunes, c'est vous tous qui resterez des branquignols .

  • Pacha95, le 25/08/2009 à 23h17

    A Bruno de Vélizy : Attention, de tels propos peuvent vous valoir un accès direct au palais de justice aujourd'hui dans ce beau pays des droits de l'homme qu'est devenu la FRANCE. !!!! Il n'y a plus de liberté d'expression dans ce pays, ou alors à géométrie variable !! J'arrête là mes propos négatifs. Pardon à ceux que j'ai offensé.............

  • Pacha95, le 25/08/2009 à 23h15

    Pour Pierre de Saint Dizier (52) : c'est vrai que je n'ai pas entendu parler ce tout cela. De quand datent les faits ? A-t-on une idée des auteurs ? Ont-ils été arrêtés ? Les médias sont silencieux parfois, je me demande bien pourquoi et selon quels critères !!!!!!! lol

  • Maman, le 25/08/2009 à 18h33

    Et les parents dans tout çà ? L'éducation c'est leur travail ! Qu'ils assument aussi eux !

  • Thierry, le 25/08/2009 à 17h46

    On dirait que vous donnez des conseils: Autre explication : il est "très facile d'aller braquer un petit commerce", constate l'officier de police du Val de Marne. Un boulanger, un épicier ou un buraliste ne fera pas la différence entre une arme réelle ou factice. En plus, un petit braquage ne demande pas beaucoup de moyens ou de temps de préparation, contrairement au trafic de stup' qui nécessite un réseau : tout le monde a à portée de main une tenue noire, des gants et une cagoule. Et si on est malin, on est presque sûre de repartir avec 1000 ou 2000 euros en poche".

  • Georges, le 25/08/2009 à 17h40

    Des sanctions tellement lourdes qu'ils n'auront plus l'envie de recommencer ! bravo encore ànotre police

  • Pierre, le 25/08/2009 à 17h17

    Pendant ce temps, ça brûle gentiment à Saint-Dizier et tout le monde s'en fout ! 10 maisonnettes sont parties en fumée, 2 voitures ont été incendiées mettant le feu à une partie d'un centre commercial, 2 personnes âgées se font agresser et même un chat a été brûlé... vivant ! Les renfort de police ou de CRS viendront un jour. Dès que le premier haibtant sans patience aura flingué un de ces voyous par ras-le-bol !

  • Gilbert, le 25/08/2009 à 17h17

    Il faut faire comme au etats unis frapper fort au portefuille et la prison sans faille

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