Sur les lieux du braquage de mardi © REUTERSLe 18 août, trois mineurs de 17 ans, dont une jeune fille, braquaient une banque Fortis, rue Monge, en plein Paris, entraînant un déploiement spectaculaire de forces de l'ordre. Arrêtés dans la foulée, ils n'avaient pas eu le temps de récupérer le moindre butin. Fin mai, deux mineurs de 16 ans -dont une fille, et un garçon de 18 ans, originaires de Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, étaient interpellés après une série de cinq braquages ou tentatives de braquage de banques. Un mois plus tôt, trois mineurs de 15 et 16 ans, munis de bombes lacrymogènes, s'en étaient pris à un fourgon de la Brink's à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis. Repartis bredouilles, et blessés par balles pour deux d'entre eux par les convoyeurs, les trois adolescents furent rapidement arrêtés.
Depuis quelques mois, ce type de faits divers, commis par des mineurs, se multiplient. Une tendance confirmée par les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance (OND). "Entre 2007 et 2008, les vols à main armée commis par des mineurs ont augmenté de 38% passant de 379 à 522 mises en cause", constate Christophe Soulez, chef de l'OND. Les mineurs représentaient en 2008, 47,9% des auteurs de vols ou de violences sans arme, 9,6% des auteurs de braquage contre des banques (contre 5,3% en 2007) et 21,2% des braqueurs de commerces (contre 15,8% en 2007). "Ces chiffres, qui semblent suivre la même pente pour 2009, montrent un changement de nature et de comportement chez les jeunes délinquants", note le criminologue.
Ils ne "calculent pas les risques"
Même si elles restent marginales dans la galaxie des vols à main armée, les attaques de banque par des mineurs ont presque doublé en l'espace d'un an, ce qui laisse plus d'un policier circonspect. "Ceux qui s'en prennent aux banques sont des branquignols, c'est le crime du bon à rien, de celui qui se fait tout le temps arrêter par la police, comme cela a encore été démontré avec le braquage de la banque Fortis", estime Christophe Gesset du syndicat de police Synergie Officiers. L'un des adolescents avait déjà 41 lignes sur son casier judiciaire, le second, 16 faits à son actif et la jeune fille était également connue des services de police. "Les gamins n'avaient même pas pris la peine de faire des repérages pour prendre la fuite en cas de ratage", poursuit-il.
Même analyse du côté de l'Union, premier syndicat de gardiens de la paix : "Les vrais braqueurs ne vont pas dans les banques, ils vont là où c'est moins dangereux et où il y a plus d'argent comme les bijouteries", constate Yannick Danio, porte-parole. "Ce sont en général les petits cons désoeuvrés qui s'en prennent aux banques", confirme un autre policier, haut gradé, qui exerce dans le Val-de-Marne. "Il n'y a presque jamais ou peu d'argent à l'intérieur des succursales et les systèmes d'alarmes sont ultra efficaces. Mais les gamins s'en fichent, ils ne calculent pas les risques, et, pour nous, cela reste une menace car leur incompétence les rend potentiellement plus dangereux que les pros".
De l'argent vite et facile
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation des vols à main armés et notamment des braquages chez les mineurs. "Quand les policiers mettent la pression sur un secteur, comme c'est le cas sur les stupéfiants actuellement, les délinquants cherchent alors d'autres cibles, moins risquées, comme l'attaque de petits commerces, analyse Christophe Soulez. Il y a aussi le fait que dans notre société, aujourd'hui, les jeunes veulent tout tout de suite et ils ont donc besoin d'argent vite, peu importe la méthode".
Autre explication : il est "très facile d'aller braquer un petit commerce", constate l'officier de police du Val de Marne. Un boulanger, un épicier ou un buraliste ne fera pas la différence entre une arme réelle ou factice. En plus, un petit braquage ne demande pas beaucoup de moyens ou de temps de préparation, contrairement au trafic de stup' qui nécessite un réseau : tout le monde a à portée de main une tenue noire, des gants et une cagoule. Et si on est malin, on est presque sûre de repartir avec 1000 ou 2000 euros en poche".
Spécialisation par cité ou par quartier
Le poids des traditions est un autre facteur. "On constate depuis longtemps des spécialisations par quartiers, par cités ou par départements. En Seine-Saint-Denis (93), c'est le trafic de stupéfiant et les violences gratuites. Dans le Val-de-Marne (94), c'est les braquages", explique Christophe Gesset. "Il y a une culture du braquage par ici qui trouve son origine dans les années 80', confirme le haut gradé anonyme du Val-de-Marne. C'était l'époque du célèbre 'gang de la banlieue sud', avec notamment Serge et Michel Lepage". Il y a aussi eu le gang des Postiches, et puis, plus tard... Antonio Ferrara, originaire d'une cité de Choisy-le-Roi. "Les gamins de ces banlieues ont grandi avec ces modèles. Aujourd'hui, ils veulent imiter leurs aînés". Qui plus est, ces braqueurs en herbe s'entraident : "Dans certaines cités, ils mutualisent les moyens. Armes, cagoules, tenues... ils stockent tout dans les caves des cités - devenues zones de non-droit - et se prêtent les affaires entre eux. Et lorsque la police les trouve, elle peut rarement en tirer quelque chose car il y a des tonnes d'ADN différents dessus, les rendant difficilement exploitables".
Quel que soit l'origine de la motivation, les enquêteurs interrogés sont frappés par "l'inconscience" de ces jeunes. "User de la violence pour obtenir ce que l'on veut est complètement banal, lors des auditions ils ne comprennent pas en quoi leurs actes sont graves", note l'un d'eux. "Ce qui est peut-être le plus inquiétant, analyse pour sa part Christophe Soulez, c'est la disproportion entre le déferlement de violences utilisé et le gain escompté".
L'apparition des filles
Autre phénomène, la présence de plus en plus remarquée de filles dans ces petits groupes de braqueurs depuis un à deux ans. Le plus souvent, elles servent d'appât. Bien habillées, bien maquillées, elles se font ouvrir tous les sas de sécurité des magasins ou des banques sans attirer l'attention. "Mais elles ne sont pas simples 'ouvreuses', précise un enquêteur. Elles sont complices et participent à parité avec les garçons aux actions". C'est ainsi que le 21 mai dernier, trois jeunes filles de 17 et 18 ans n'ont pas hésité à braquer un petit épicier de Villeneuve-Saint-George pour un butin de 400 euros. Avant d'être arrêtées quelques minutes plus tard, avec leur complice, un jeune homme, qui servait de chauffeur. Plus en marge, certaines filles, appartenant à des communautés, se spécialisent. C'est le cas en ce moment avec des jeunes filles issues de l'ex-Yougolsavie qui ne s'en prennent qu'aux parfumeries par ce qu'elles ont des contacts pour écouler leur marchandise vers les pays de l'Est.
"Les filles demeurent très peu impliquées dans les vols à main armée, temporise toutefois Christophe Soulez. En 2008, il n'y a eu qu'une seule mineure mise en cause pour braquage de banque et 7 ou 8 pour des attaques contre des commerces". En revanche, les violences physiques non crapuleuses, autrement dit les bagarres, explosent chez les jeunes filles. "On est passé de 2406 mineures mises en cause en 2002 à 5768 en 2007", note Christophe Soulez. De quoi donner pas mal de fil à retordre aux forces de l'ordre.
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