Dieuleveult, les sbires de Mobutu et les faussaires

le 27 octobre 2009 à 12h10 , mis à jour le 27 octobre 2009 à 12h26

L'animateur, disparu en 1985, a-t-il été exécuté par les services secrets zaïrois ? C'était ce que laissaient penser des documents exhumés par une journaliste. Las : il s'agissait de faux.

Philippe de DieuleveultPhilippe de Dieuleveult © www.abacapress.com

Disparu en 1985 lors d'une expédition sur le fleuve Zaïre, l'animateur-vedette Philippe de Dieuleveult, popularisé par l'émission La chasse au trésor mais aussi connu pour son destin de "globe-trotter" raconté à travers son livre J'ai du ciel bleu dans mon passeport, est mort noyé. C'est du moins la thèse officielle depuis plus de vingt ans. Mais de sérieux doutes existent depuis des années à propos de cette version. Doutes qu'étaient venus corroborer, au mois d'octobre 2008, de nouveaux documents, révélés par le magazine XXI, qui montraient le rôle apparemment joué dans cette disparition par les autorités zaïroises.

Dans une enquête au long cours, intitulée Les crocodiles du Zaïre, la journaliste Anna Miquel faisait notamment référence au procès-verbal d'un interrogatoire mené à Kinshasa par un commandant de la "Division spéciale présidentielle", la garde personnelle de l'ex-dictateur Mobutu Sese Seko. Un procès-verbal qui s'ouvrait par ces mots : "L'an mille neuf cent quatre vingt cinq, le huitième jour du mois d'août, a été entendu le prévenu Philippe Dieuleveult". Or, ce document était daté du 8 août 1985, soit deux jours après la disparition officielle des sept membres de l'expédition Africa Raft dans les rapides d'Inga.

La démonstration semblait donc faite. D'autant plus que le document, estampillé d'un tampon "République du Zaïre", portait deux signatures : celle du "major K.", "chef d'opérations" et celle du "comparant" Philippe de Dieuleveult, authentifiée pour le magazine XXI par son frère Jean. Anne Miquel assurait par ailleurs avoir obtenu, lors de plusieurs séjours dans la capitale de la République démocratique du Congo, des témoignages concordants faisant état de l'exécution par la DSP, après interrogatoires, des membres de l'expédition, qui auraient été interceptés lors de leur descente du fleuve pour avoir été soupçonnés d'être des espions ou des mercenaires.

"Des informations précises et crédibles"

Mais aujourd'hui, la démonstration semble gravement remise en cause. Il ne s'agit pas des témoignages recueillis par la journaliste, mais, plus grave, du document lui-même, coeur de l'enquête : il s'agirait tout simplement d'un faux. "Dans son rapport qu'elle remet cette semaine au procureur de Paris, les policiers français de la brigade criminelle assurent que la signature de Dieuleveult qui figure sur ce document a été scannée, puis rehaussée à l'encre", assure Le Point sur son site internet.

Qu'est-ce qui a mis la puce à l'oreille des enquêteurs ? Tout d'abord, note Le Point.fr, une incohérence de taille : dans ce fameux procès-verbal d'interrogatoire, Philippe de Dieuleveult est censé avoir évoqué une Chasse au trésor au Tchad. Or, jamais l'émission ne s'est déplacée dans ce pays. Autre aspect illogique : l'animateur indique avoir trois enfants, à une époque où sa femme était encore enceinte du troisième.

A la suite de ces révélations, Le Point.fr a contacté la journaliste qui avait mené l'enquête pour le magazine XXI. Elle a admis s'être procuré des documents au cours de ces investigations, contre monnaie sonnante et trébuchante : elle aurait déboursé environ 150 dollars. Mais elle se justifie néanmoins auprès du site de l'hebdomadaire : ces documents, assure-t-elle, "contenaient des informations précises et crédibles, et je n'avais aucun moyen de les faire expertiser. Cela ne remet en question ni la thèse de l'assassinat ni la qualité de mon enquête".

le 27 octobre 2009 à 12:10
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

10 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Martin, le 28/10/2009 à 14h56

    Pourquoi avoir écrit trois enfants or qu'il aurait du écrire deux enfants et un enfant a naitre? Cela aurait été plus logique.

  • Martin, le 28/10/2009 à 14h51

    Si c'était un accident cela arrangerait quelqu'un, le chef de l'Etat du Zaire de l'époque.

  • Mariane, le 28/10/2009 à 08h20

    Et si c'était vraiment un accident ?

  • Jeanine, le 27/10/2009 à 16h52

    J'ai regardé sur ARTE un reportage sur la RDC (république démocratique du congo) et les viols qui y sont commis par les rwandais et autres béligérants... Cela fait froid dans le dos et de montrer une jeune femme qui s'est vu découper des lambeaux de ses jambes par des machettes rougies au feu et qu'elle a ensuite été contrainte de manger. Ces africains sont capables du pire... Plus rien ne m'étonne. Qui se rappelle de LULUMBA qui mangeait la chaire des personnes blanches faites prisonnières, qui se rappelle des soeurs violées ? etc... il y a une mentalité africaine que nous autres européens ne pouvons pas conprendre...

  • Indiana, le 27/10/2009 à 16h24

    à Luc de Paris, désolé vieux, mais le congo brazza est sur la rive droite du fleuve. A partir de là, et sans vouloir te vexer, le reste de ton témoignage est susceptible d'être mis en doute, dsl!!!

  • Claude, le 27/10/2009 à 15h02

    Complot quand tu nous tiens... son corps n'a pas été retrouvé dans le fleuve,mais celui de ses équipiers!que faut-il de plus pour conclure à une noyade? il a pris trop de risques,les rapides ont eu sa peau...

  • Tobi, le 27/10/2009 à 14h01

    A luc Paris. La thèse de la noyade accidentelle est la plus plausible. Evidemment. Trop plausible pour les Français qui ne rèvent que de complots, secrets d'état, services secrets, etc...

  • Patrice, le 27/10/2009 à 13h49

    Cette affaire, celle du juge Borrel et combiens d'autres ne seront jamais elucidees...c'est l'Afrique et je reste persuade que la France au plus haut niveau s'en contrefiche !!! Les corrupteurs et les trafiquants ( l'Arche de Zoe, entre autres ) regnent en maitres...

  • Jhon, le 27/10/2009 à 13h21

    Tout simplement " N IMPORTE QUOI! ". Avec tout les pliages qu il eu au Zaire, on retrouve encore des documents?!

  • Luc, le 27/10/2009 à 13h10

    Si P. de Dieuleveult a été intercepté par les forces zaïroises, c'est après avoir passé les chutes d'Inga puisqu'il est impossible d'intercepter qui que soit entre l' ilôt de départ de l'expédition (très près des chutes) et les chutes elles-mêmes. De plus, les restes des embarcations ont été retrouvés sur la rive gauche du côté du Congo Brazaville, les courants semblant donc pousser les objets flottants vers la rive gauche. Dans ces conditions, on ne voit pas comment l'armée zaïroise aurait pu intervenir au beau milieu des chutes alors qu'il aurait été plus simple pour elle d'iintervenir plus loin en aval du fleuve, c'est -à-dire bien au-delà de l'endroit où ont été retrouvés les restes des embarcations. J'ai vu à la télévision le documentaire où la thèse de l'exécution de l'animateur par les services secrets zaïrois étaient proposée mais cela n'était vraiment pas convaincant. En résumé, la thèse de la noyade est de loin la plus plausible parce que ces chutes sont infranchissables si on n'est pas attaché à l'embarcation, ce qui était le cas, semble-t-il, de P. de Dieuleveult dont on regrette toujiours la disparition, bien évidemment. Il me semble que ces chutes ont été franchies ultérieurement par une autre expédition avec des personnes attachées à leur embarcation, condition sine qua non pour survivre.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience