Eugène Rwamucyo, médecin du travail rwandais (18 octobre 2009) © TF1/LCI"Devant la gravité des faits dont est soupçonné le médecin, et pour maintenir un climat serein au sein de l'établissement", le directeur de l'hôpital de Maubeuge, Henri Mennecier, a indiqué samedi avoir procédé à la suspension conservatoire d'Eugène Rwamucyo. Ce médecin du travail rwandais exerçait depuis mai 2008 dans cet hôpital, et il avait travaillé auparavant au CHR de Lille. La surprise du directeur de l'hôpital semble donc bien compréhensible, lorsqu'il se dit "à 10.000 lieues d'imaginer" que le médecin "pouvait faire l'objet de telles accusations".
Quelles accusations ? Tout simplement celles d'avoir été lié au génocide rwandais. Le nom d'Eugène Rwamucyo apparaît en effet à ce titre dans un avis de recherche d'Interpol. Le directeur de l'hôpital assure n'avoir découvert la nouvelle que mercredi, lors de la visite d'une journaliste qui enquêtait sur l'histoire. D'où d'immédiates demandes d'explications à l'intéressé. Qui s'est défendu auprès de sa hiérarchie : "Il m'a simplement dit qu'il faisait l'objet de ces accusations lourdes et qu'il ne les validait pas, qu'il niait en bloc toutes ces accusations", a souligné le directeur de l'hôpital, qui estime que sa suspension est aussi protectrice pour le médecin, "le temps qu'il organise sa défense".
"J'attends de l'Etat français qu'il vérifie"
Mais le parcours du médecin pose du coup un certain nombre de questions. Le docteur Eugène Rwamucyo a été recruté "de manière tout à fait régulière", selon la direction qui indique par ailleurs que ses diplômes sont en règle, ainsi que sa situation administrative. Mais l'octroi par la France d'un titre de séjour à une personne recherchée par Interpol plonge dans la perplexité le maire PS de Maubeuge, Rémi Pauvros, également président du conseil d'administration de l'hôpital. "Moi, j'attends de l'Etat français qu'il vérifie si ce monsieur est un criminel ou pas. S'il l'est, il n'a rien à faire ici, il n'a rien à faire en France", a déclaré le maire lors d'un point-presse, ajoutant que la carte de séjour du médecin expirait en janvier 2010.
"Ce médecin fait l'objet de demandes de renseignements d'Interpol et pas d'une demande d'arrestation", a toutefois indiqué une source judiciaire. Le praticien n'a en outre, selon la direction de l'hôpital, fait l'objet "d'aucune remarque ni d'aucun grief professionnel", alors qu'une employée de l'hôpital qui a souhaité conserver l'anonymat parle de son "empathie à l'égard du personnel".
Face à la polémique, l'intéressé, qui vit aujourd'hui en Belgique, tout près de la frontière française, a réagi dimanche publiquement, au micro de la télévision belge RTL TVI. "Il ne faut pas prendre de bouc-émissaire. Moi, je suis victime d'une diabolisation qui voudrait faire de moi un monstre (...) et je le réfute complètement. Je n'ai jamais participé à une réunion de malfaiteurs ou de criminels", s'est-il défendu. "Tout Rwandais qui était au Rwanda ne va pas être condamné parce que le génocide a eu lieu en sa présence (...). Il y a certainement des responsables de ces tueries. Je suis absolument d'avis que les responsables puissent répondre de leurs actes".
D'après agence
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