© AFPUn hammam d'Alger. Dans la chaleur et l'humidité, à l'ombre des regards inquisiteurs, neuf femmes bavardent et se livrent sans tabous. Elles parlent du quotidien, de leurs rêves, de leur colère, de leurs fantasmes. Elles évoquent leur vie dans une Algérie où sévissent la misère, la corruption, le machisme et les interdits.
Une rue de Paris mardi. Une femme se fait asperger de white spirit et reçoit une cigarette allumée. Son visage ne prend pas feu, grâce au froid. Cette victime, c'est la comédienne et auteure dramaturge algérienne Rayhana. Le décor du hammam décrit plus haut, c'est celui de sa pièce, actuellement à l'affiche à la Maison des métallos (XIe) : "A mon âge, je me cache encore pour fumer".
"Putain et mécréante"
S'il n'a pas été établi formellement, difficile de ne pas faire le lien entre la pièce et l'agression de cette féministe de 45 ans. A deux pas du théâtre, il y a une mosquée réputée intégriste. Déjà, le 5 janvier, Rayhana s'était fait menacer. "Deux hommes m'ont traitée dans la rue de putain et de mécréante". "Dans ce texte, il y a une vraie liberté de ton pouvant peut-être déranger certains hommes musulmans", estime le directeur de la Maison des Métallos. Rayhana a elle expliqué avoir situé "cette histoire à Alger parce que c'est ma culture". "Je parle de femmes que je connais, d'une culture que je connais, mon propos ce sont les femmes en général", a-t-elle ainsi précisé.
Son agression a suscité une vague d'indignation. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand lui témoigne "tout son soutien et sa sympathie", la secrétaire d'Etat à la Ville Fadela Amara déplore que "cette agression nous rappelle malheureusement que la lutte pour l'émancipation des femmes et contre l'obscurantisme est toujours d'actualité". "Nous condamnons avec la plus grande fermeté l'agression odieuse" dont Rayhana a fait l'objet, qui est "un acte indigne et d'une extrême gravité", a déclaré le Quai d'Orsay. La rencontre prévue vendredi entre Rayhana et la secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité n'aura finalement pas lieu, la comédienne étant éreintée. "En cette année où les violences faites aux femmes sont reconnues comme grande cause nationale, cet acte intolérable doit être plus que jamais dénoncé et condamné et les Français mobilisés pour que cessent ces atteintes odieuses à la dignité de la femme", avait estimé Nadine Morano. L'enquête a été confiée la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris.
Malgré la menace, Rayhana tient bon. Elle n'a pas peur de ses agresseurs dans un pays, la France, "où il y a une liberté d'expression". D'ailleurs, elle est tout de suite remontée sur scène. "A mon âge, je me cache encore pour fumer", qui affiche complet, se poursuivra. Et dans leur hammam d'Alger, ses protagonistes continueront à parler du quotidien, de leurs rêves, de leur colère, de leurs fantasmes. Et d'évoquer leur vie dans une Algérie où sévissent la misère, la corruption, le machisme et les interdits.
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