Archives © LCICe dimanche, Caen a vécu l'une des plus grandes opérations de déminage jamais organisées en France pour une bombe de la Seconde guerre mondiale, avec 20.000 évacuations en cours de matinée, soit plus de 15% de sa population. L'engin, une bombe américaine de 500 kg dont 265 d'explosif, avait été retrouvé fin janvier en plein centre-ville, à l'occasion d'un chantier sur le campus universitaire. Pour le neutraliser, il a fallu fermer une zone de 800 mètres de rayon, et les habitants concernés avaient été prévenus qu'ils ne pourraient pas rejoindre leur logement avant 17 heures. Des navettes avaient été mises en place, et le centre des congrès - 1500 places - avait été aménagé pour recevoir ceux qui ne pouvaient aller ailleurs.
Si la plupart se sont préparés sans protester, plusieurs commerçants mécontents ont demandé un report ou une indemnisation pour le manque à gagner occasionné par une fermeture partielle le jour de la Saint-Valentin. Le périmètre fermé incluait en effet le petit quartier touristique de Vaugueux et sa trentaine de restaurants, dont une dizaine ouvrent habituellement le dimanche. "Ouvrir à 17 heures, pour quoi faire ? On aura rien à vendre, puisqu'on n'a pas le droit d'être au magasin avant pour la fabrication", déplorait ainsi Christine Mariatte, une boulangère. Au final, l'opération aura tout de même duré moins longtemps que prévu et c'est peu avant 14 heures que les habitants de la zone évacuée ont pu réintégrer leurs domiciles... ou leurs boutiques.
Pas d'autre solution que désamorcer à la main
Pour neutraliser la bombe, deux démineurs ont dû opérer. La base de la bombe étant voilée, le désamorçage à distance était exclu. Seule solution, comme l'expliquait avant l'intervention Jean Marzolini, le patron du déminage pour la Basse-Normandie, la Sarthe et la Mayenne : "dévisser à la main" un "tube de la longueur d'un doigt". Mais en-dehors de l'ampleur de la zone évacuée et du nombre de personnes concernées, l'opération était en fait plutôt classique : "à Caen, on démine une bombe de la Seconde guerre mondiale tous les 5 ans environ, de cette taille tous les 10 ans". Comme jusqu'à 40% des bombes larguées n'explosent pas, il reste encore 30 à 40 ans de déminage sur sa zone.
Les Alliés en ont déversé plus de 10.000 tonnes pour raser et libérer Caen à l'été 1944, stratégie contestée qui a entraîné la mort de près de 1200 civils, selon les historiens. La bombe désamorcée dimanche a "très vraisemblablement" été larguée le 6 juin 1944 lors du premier bombardement allié, le plus meurtrier, avec 500 morts, car "il a surpris les gens en train de manger vers 13h30", explique Jean Quellien, professeur de l'université de Caen. Lors des bombardements suivants, la population put se réfugier dans des abris. Dans la région, Brest qui a vu des bombardements dès 1940, a connu trois opérations de déminage l'an dernier. Parmi les records, Nantes a évacué 20.000 habitants le 17 septembre 2006.
Retour MYTF1
Chargement en cours...





