Deux syndicats de police accusent un magistrat du Val-de-Marne de refuser systématiquement de prolonger les gardes à vue, ce qui les obligent à concentrer l'enquête sur "48 heures, sans aucun temps de repos". © TF1/LCIY a-t-il eu bavure dans la nuit du 5 au 6 décembre 2004 ? Trois médecins légistes, récemment entendus par une magistrate de Nanterre, ont de nouveau livré une version différente de celle de la police dans l'enquête sur la mort début 2005 d'un Malien après sa garde à vue à Courbevoie (Hauts-de-Seine), a-t-on appris jeudi de sources proches du dossier.
Nouvelle polémique sur des gardes à vue
Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête après la plainte de deux frères disant avoir été victimes d'un placement en garde à vue abusif et de violences policières à gagny. Les policiers mis en cause contestent formellement.
Publié le 19/03/2010
Mort après sa garde à vue : la version policière contredite
Une expertise médicale contredit la version selon laquelle un sans-papiers malien s'était volontairement cogné la tête dans sa cellule à Courbevoie en 2005.
Publié le 03/09/2009
Selon la version policière, Abou Bakari Tandia, un sans-papier de 38 ans, s'était volontairement cogné la tête contre la porte de sa cellule de garde à vue, provoquant sa chute dans le coma dans la nuit du 5 au 6 décembre 2004. Il ne s'était pas réveillé et était mort à l'hôpital le 24 janvier 2005.
Entendus le 24 février 2010 par la juge d'instruction en charge du dossier, les trois médecins légistes, dont la directrice de l'IML (Institut médico-légal) de Paris Dominique Lecomte, ont maintenu les conclusions d'un précédent rapport, remis en juillet 2009. Or, dans leur PV d'audition, l'un d'eux affirme, sans être contredit par ses collègues, que les "différents éléments" du dossier médical "sont significatifs de l'absence de choc direct de la tête contre un plan dur".
"Violentes secousses"
Cette audition a été effectuée à la suite d'un premier rapport de ces experts, remis en octobre 2008, mais établi sur des informations partielles du dossier médical. Dans ce premier rapport, ils avaient conclu à un "oedème cérébral en rapport avec la commotion cérébrale due au choc de la tête contre un plan dur". Ce qui confortait alors la version policière. Mais, devant la juge, ils ont expliqué qu'il leur manquait à l'époque plusieurs pièces, notamment la fiche du Samu, qui mentionnait l'absence de traces extérieures de traumatisme crânien. En revanche, interrogés par la juge sur la déclaration d'un policier ayant dit qu'il avait maintenu le gardé à vue "par un étranglement avec son avant-bras" pour le ramener en cellule, ils ont estimé que cet épisode de "contention" pouvait être compatible avec les conclusions de leur dernier rapport. Dans ce rapport, ils concluaient à "un ébranlement cérébral par violente(s) secousse(s) de la victime, phénomène connu pour provoquer une commotion cérébrale mortelle anoxique".
Face à cette dernière audition qui ébranle encore plus la version des policiers, l'avocat de la famille de la victime n'a pas tardé à réagir. "J'espère que la magistrate va enfin tirer les conséquences des éléments nouveaux en mettant en examen les policiers concernés", a-t-il réagi. Pour sa part, le parquet de Nanterre dit avoir "pris acte de cette audition". "On ne pourra tirer des conséquences de ce qu'ont dit les médecins légistes qu'à l'issue d'une nouvelle audition des fonctionnaires de police", a ajouté le parquet, qui a déjà réclamé cette audition en août 2009 dans un réquisitoire supplétif. Dans cette affaire, l'instruction a été ouverte en 2005, après une plainte de la famille, qui faisait suite à un premier classement sans suite du parquet de Nanterre.
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