© TF1-LCITF1 News : Alors qu'un policier vient d'être tué dans l'exercice de son métier à Dammarie-Lès-Lys, la classe politique s'est de nouveau emparée de la question sécuritaire. Vous publiez sur votre blog une analyse qui va à contre-courant des discours puisqu'elle montre que le nombre de policiers et de gendarmes tués en service est en diminution constante depuis les années 80 ... <b>Interview -</b> Le magistrat Christophe Régnard dénonce sur TF1 News la "démagogie" de Nicolas Sarkozy lorsqu'il demande une peine automatique de 30 ans contre les meurtriers de policiers. Une mesure aussi "inapplicable qu'inefficace", explique-t-il.
Plus d'infosMeurtre de policier: les peines automatiques "inapplicables" en France

Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherches au CNRS (Cesdip) : Les campagnes électorales sont propices à des instrumentalisations des faits divers les plus dramatiques. On entend alors des discours catastrophistes qui déforment la réalité. Et personne ne prend le temps d'essayer d'objectiver les choses. J'ai pour ma part cherché à connaître le nombre exact de policiers, de gendarmes et par ailleurs de pompiers tués en service, ainsi que l'évolution dans le temps. Ces chiffres ne sont pas tous publics mais, avec un peu de patience, on arrive à les reconstituer.
Et le résultat est sans ambiguïté : non seulement il n'y a pas de plus en plus de policiers et de gendarmes tués en service. C'est même le contraire : il y en a de moins en moins. La tendance à la baisse est nette depuis le milieu des années 1980, ce qui correspond du reste à l'évolution des homicides que j'ai montrée dans d'autres travaux. Ainsi, 31 policiers sont morts en 1985, 17 en 1995 et 7 en 2009. Cette baisse est d'autant plus remarquable que, dans le même temps, les effectifs ont augmenté, de même que le nombre des interventions réalisées. Si on regarde chez les pompiers, le nombre de décès est tombé de 21 en 1998 à 10 en 2008.
| "Nous perdons tout recul d'analyse, nous sautons d'un fait divers à un autre, d'une indignation à une autre" |
TF1 News : Connaît-on les causes exactes de leurs décès ?
L.M. : Cela dépend des catégories de fonctionnaires. Les pompiers détaillent les causes de décès, ce qui permet de constater que les premières causes sont en réalité les accidents de la route (et non les interventions sur les incendies par exemple). Le ministère de l'Intérieur ne publie hélas pas ces détails s'agissant des policiers et des gendarmes mais Stéphane Lemercier avait procédé à une étude sur les policiers tués au cours des années 1990 et il parvenait à la même conclusion : la première cause de décès était l'accident de la route (et non l'intervention sur un flagrant délit comme la fusillade avec des braqueurs par exemple).
TF1 News : Pourquoi a-t-on le sentiment que ces métiers sont de plus en plus dangereux ?
L.M. : On ne peut effectivement pas parler de métiers de plus en plus dangereux. Ceci dit, je comprends très bien que certains puissent avoir en effet ce sentiment. Le problème est notre absence de mémoire collective. Le fonctionnement politique mais aussi médiatique nous enferme dans l'immédiateté et l'affectivité. Nous perdons tout recul d'analyse, nous sautons d'un fait divers à un autre, d'une indignation à une autre. Et dans le temps de l'immédiat et de l'urgent, tout devient important. On perd alors tout discernement.
Ensuite, nos représentations de ce qui est grave ou dangereux évoluent en permanence. Nos seuils de gravité s'effondrent. Ce qui est aujourd'hui considéré comme « dangereux » ou « violent » ne l'était pas nécessairement il y a 30 ans. Enfin, il faut bien préciser que les conditions de travail sont très inégales selon les territoires. Certains quartiers vivent le calme plat, d'autres sont dans une tension quasi permanente.
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