Policier : "un métier à risque mais de moins en moins meurtrier"

Par , le 19 mars 2010 à 12h58 , mis à jour le 19 mars 2010 à 17h50

Interview - Alors que la sécurité domine les débats électoraux suite à la mort d'un policier à Dammarie-Lès-Lys, le sociologue Laurent Mucchielli dénonce, chiffres à l'appui, l'idée véhiculée selon laquelle ces métiers sont de plus en plus dangereux et mortels.

police policiers banlieue © TF1-LCI

TF1 News : Alors qu'un policier vient d'être tué dans l'exercice de son métier à Dammarie-Lès-Lys, la classe politique s'est de nouveau emparée de la question sécuritaire. Vous publiez sur votre blog une analyse qui va à contre-courant des discours puisqu'elle montre que le nombre de policiers et de gendarmes tués en service est en diminution constante depuis les années 80 ...

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Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherches au CNRS (Cesdip) : Les campagnes électorales sont propices à des instrumentalisations des faits divers les plus dramatiques. On entend alors des discours catastrophistes qui déforment la réalité. Et personne ne prend le temps d'essayer d'objectiver les choses. J'ai pour ma part cherché à connaître le nombre exact de policiers, de gendarmes et par ailleurs de pompiers tués en service, ainsi que l'évolution dans le temps. Ces chiffres ne sont pas tous publics mais, avec un peu de patience, on arrive à les reconstituer.

Et le résultat est sans ambiguïté : non seulement il n'y a pas de plus en plus de policiers et de gendarmes tués en service. C'est même le contraire : il y en a de moins en moins. La tendance à la baisse est nette depuis le milieu des années 1980, ce qui correspond du reste à l'évolution des homicides que j'ai montrée dans d'autres travaux. Ainsi, 31 policiers sont morts en 1985, 17 en 1995 et 7 en 2009. Cette baisse est d'autant plus remarquable que, dans le même temps, les effectifs ont augmenté, de même que le nombre des interventions réalisées. Si on regarde chez les pompiers, le nombre de décès est tombé de 21 en 1998 à 10 en 2008.

exergue "Nous perdons tout recul d'analyse, nous sautons d'un fait divers à un autre, d'une indignation à une autre"


TF1 News : Connaît-on les causes exactes de leurs décès ?
L.M. :
Cela dépend des catégories de fonctionnaires. Les pompiers détaillent les causes de décès, ce qui permet de constater que les premières causes sont en réalité les accidents de la route (et non les interventions sur les incendies par exemple). Le ministère de l'Intérieur ne publie hélas pas ces détails s'agissant des policiers et des gendarmes mais Stéphane Lemercier avait procédé à une étude sur les policiers tués au cours des années 1990 et il parvenait à la même conclusion : la première cause de décès était l'accident de la route (et non l'intervention sur un flagrant délit comme la fusillade avec des braqueurs par exemple).
  
TF1 News : Pourquoi a-t-on le sentiment que ces métiers sont de plus en plus dangereux ? 
L.M. :
 On ne peut effectivement pas parler de métiers de plus en plus dangereux. Ceci dit, je comprends très bien que certains puissent avoir en effet ce sentiment. Le problème est notre absence de mémoire collective. Le fonctionnement politique mais aussi médiatique nous enferme dans l'immédiateté et l'affectivité. Nous perdons tout recul d'analyse, nous sautons d'un fait divers à un autre, d'une indignation à une autre. Et dans le temps de l'immédiat et de l'urgent, tout devient important. On perd alors tout discernement.

Ensuite, nos représentations de ce qui est grave ou dangereux évoluent en permanence. Nos seuils de gravité s'effondrent. Ce qui est aujourd'hui considéré comme « dangereux » ou « violent » ne l'était pas nécessairement il y a 30 ans. Enfin, il faut bien préciser que les conditions de travail sont très inégales selon les territoires. Certains quartiers vivent le calme plat, d'autres sont dans une tension quasi permanente.

Par Alexandra Guillet le 19 mars 2010 à 12:58
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43 Commentaires

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  • kylee59, le 20/03/2010 à 19h25

    Merci!! Ca fais du bien de lire ça!!! Tu as tout dit!!!!!!

  • kylee59, le 20/03/2010 à 19h18

    Merci pour ton message!! Il reflète parfaitement mes pensées!!! Restons unis!!!

  • thierrymugler77, le 20/03/2010 à 10h19

    Tout à fait d'accord avec vous. Vous écrivez ce que je pense. Et je le pense tout haut.

  • maiden32, le 20/03/2010 à 10h08

    Etant également fonctionnaire de police, je cautionne à 100% ton message bouledogue78

  • payenkeu_, le 20/03/2010 à 08h38

    Sauf qu'en Angleterre, oui il y a des policiers non armés patrouillent dans les rues, mais ils ont largement assez d'effectifs pour que la cavalerie arrive très rapidement, et eux, armés ( bien plus que les policiers Français ). Et surtout ont eux le "droit" d'intervenir comme il se doit. Les Anglais respectent bien plus leurs policiers qu'en France où on est obligés de se faire donner une leçon de civisme et d'humilité humaine par les Espagnols, bien plus attristés par le décès d'un de NOS agent de police.

  • payenkeu_, le 20/03/2010 à 08h32

    Je pense randonneur992 que vous vous trompez de débat, les policiers aiment leur métier. Ils le font par vocation, et qui veut n'entre pas dans la police nationale contrairement à la légende urbaine. Leur gros soucis c'est surtout ce genre de phrases lancées sans réfléchir à l'impact et encore moins au non respect de ceux qui chaque jour vont sur le terrain pour sauver vos miches !

  • deadpool59, le 20/03/2010 à 00h36

    Tout à fait! Il n'y personne pour les remettre en place!

  • framboise9250, le 19/03/2010 à 23h44

    Que l'on regarde trop la télé ou pas du tout, les faits sont la et quotidiennement.

  • hc46, le 19/03/2010 à 22h15

    Conclusion:voilà à quoi sert le CNRS(Recherche Scientifique!!!!).Après ça étonnez vous qu'on ait si peu de prix Nobel

  • salman30, le 19/03/2010 à 22h04

    Tout à fait d'accord, de plus je suis aller voir l'article que ce monsieur a publié sur son blog sur ce sujet, il compare juste les métiers à risques et précise que c'est dans le bâtiment qu'il y a le plus de décès. Je veux bien le croire, et l'on sait que chaque mort est triste pour les proches et nous parait injuste lorsqu'elle est accidentelle. Mais ce qu'il faut comprendre à mon avis c'est que lorsqu'un policier est tué ou blessé en service par l'agression d'un individu, cela n'est pas comparable avec un accident. De plus, c'est autant l'individu derrière l'uniforme que l'on attaque que l'autorité qu'il représente. C'est à l'autorité de l'état que l'on porte atteinte. Serait il possible de transmettre ces messages à ce sociologue, puisque sur son blog pour répondre il faut s'inscrire et je n'en ai vraiment pas envie. Merci beaucoup.

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