Image d'archives © LCI/TF1Ce sont deux extraits de documents reproduits sur une bonne partie d'une page du Parisien ; celui du haut est un tableau qui présente les "objectifs à réaliser au cours de l'année 2010" pour la 3e compagnie centrale de circulation de Paris, avec, en regard, les résultats obtenus ; celui du bas est une lettre de félicitations adressée à un gardien de la paix pour son "implication dans l'application de la réglementation routière".
Le tableau provient directement de la préfecture de police de Paris, assure Le Parisien ; on y apprend que, pour un objectif mensuel de 1402 contraventions pour stationnement gênant, 893 ont été effectivement dressées par la 3e compagnie centrale de circulation ; ou encore que pour un objectif de 43 verbalisations de conducteurs circulant indûment dans une voie de bus, 29 PV ont été rédigés. Sur l'année, la compagnie se voit fixer la barre de 16.823 contraventions pour stationnement irrégulier, 387 pour circulation dans les couloirs de bus de deux roues motorisés ou 170 pour passage au feu rouge de vélos. Quant à la lettre reproduite dans le journal, elle est tout simplement signée du "commissaire de police, coordonnateur régional de la circulation, chef du service des compagnies centrales de circulation".
Promesse de sanction pour l'auteur du document
Deux documents susceptibles de relancer la controverse sur la course au rendement en matière de contraventions, notamment à Paris - d'autant plus qu'aux documents reproduits dans ses colonnes, Le Parisien ajoute des commentaires glissés par des policiers anonymes : "A nous contraindre à réprimer tous azimuts, on nous fait prendre plus de risques", dénonce l'un d'eux, amer.
Les syndicats de police protestent de longue date contre la politique dite "du résultat" mise en place depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, où l'outil statistique et la mesure de la "performance", comme dans des entreprises privées, sont devenus le mode de gestion ordinaire. Ils estiment que les policiers ont à résoudre des infractions qui se présentent ou qu'ils peuvent découvrir, et qu'ils doivent assurer la tranquillité publique mais ne peuvent raisonner sur des chiffres. De tels témoignages ne sont pas nouveaux, mais ils ont toujours été récusés par la hiérarchie policière. Cette fois encore, le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, fait part publiquement de sa réprobation. Néanmoins, il ne conteste par l'authenticité du document cité par Le Parisien, se bornant à assurer qu'il sanctionnera la personne qui l'a rédigé : "L'idée même de quotas en matière de contraventions est irrationnelle. Cela n'a aucun sens", dit-il.
Interrogé dans les colonnes du Parisien, un avocat spécialiste du Code de la route et de la défense des conducteurs dénonce les effets pervers de ce genre de "quotas" : "Les automobilistes, qui ont déjà le sentiment d'être pris pour des vaches à lait avec les radars automatiques, ne croient plus à l'objectivité des fonctionnaires de police". Et il pointe des motivations "politiques" derrière ces chiffres : "Par exemple, pour discréditer une politique favorable aux vélos, on axe les quotas sur les infractions créées par les cyclistes". Le préfet de police de Paris, lui, affirme que son but n'est pas "la recherche absolue de la contravention", et argumente : "mon objectif est la baisse de la délinquance sous toutes ses formes".
Retour MYTF1
Chargement en cours...





