La nuit de dimanche à lundi a été une nouvelle fois tendue dans le quartier de la Villeneuve, à Grenoble. Rien à voir avec le déchaînement de violence des nuits précédentes, avec leurs dizaines de voitures brûlées ; mais les policiers déployés dans le quartier ont à nouveau essuyé des tirs dimanche soir, pour la troisième nuit consécutive. Deux coups de feu ont été tirés en direction d'un véhicule de la Brigade anticriminalité peu avant 22h30. Il n'y a pas eu de blessé. En-dehors de ces tirs, la tension est restée surtout perceptible par la présence de groupes de jeunes et de policiers s'observant dans le quartier, les premiers épiant les contrôles effectués par les seconds, dont la présence était toutefois moins visible que la veille, alors qu'un hélicoptère tournait au-dessus des toits.
Quelques heures auparavant, Brice Hortefeux avait demandé au préfet de l'Isère d'organiser "dès cette semaine" une réunion des "acteurs publics concernés" pour garantir une "sécurité durable" à Grenoble. Cette "réunion de travail" sera consacrée à "la lutte contre les différentes formes de délinquance (...), contre l'économie souterraine, la coordination opérationnelle des différents services publics" ou encore "la mise en place de la vidéoprotection, notamment dans les quartiers sensibles". L'absentéisme scolaire et les "actions à conduire vis-à-vis des parents" seront également abordés. "Je me réjouis que ma proposition d'organiser un Grenelle de la sécurité urbaine rencontre un accueil favorable", a fait savoir le maire PS de Grenoble, Michel Destot.
Les renforts de police sur place jusqu'à mercredi
Au total, 20 personnes ont été interpellées depuis le début des violences vendredi. Deux hommes, soupçonnés d'être impliqués dans des tirs contre la police, étaient toujours en garde à vue dimanche soir, ainsi qu'un troisième, recherché pour des faits criminels non liés aux émeutes. Par ailleurs, trois jeunes seront jugés en comparution immédiate lundi pour avoir tenté de piller un commerce dans la nuit de vendredi à samedi, au cours de laquelle une soixantaine de voitures a été brûlée et quelques commerces incendiés. Un mineur a été mis en examen pour incendie de véhicule.
Samedi soir, le Raid et le GIPN étaient intervenus après des tirs contre des policiers près d'une galerie commerçante, mais le tireur avait réussi à prendre la fuite. Une quinzaine de voitures avaient été incendiées, et une soixantaine la veille. Un important dispositif des forces de l'ordre, comptant plus de 300 hommes, notamment issus des CRS, du RAID et du GIPN, mis en place samedi, doit être maintenu jusqu'à mercredi matin.
Les obsèques du braqueur en début de semaine
Les violences avaient débuté après la mort Karim Boudouda, 27 ans, originaire de la Villeneuve, tué dans la nuit de jeudi à vendredi lors d'un échange de tirs avec la police après son attaque d'un casino en Isère. Saliya Boudouda, la mère de ce multirécidiviste condamné trois fois aux assises, a lancé un "appel au calme" dimanche dans Le Dauphiné libéré. Elle a annoncé son intention de porter plainte pour éclaircir les circonstances de sa mort. Si cette plainte est validée par le parquet de Grenoble, elle sera incluse dans l'enquête dont l'Inspection générale de la police nationale a été saisie. D'ores et déjà, l'IGPN a établi que les policiers avaient tué Karim Boudouda en état de légitime défense, ce dernier ayant ouvert le feu sur eux à l'issue d'une course-poursuite, selon une source judiciaire.
Le braqueur devrait être inhumé "en début de semaine", selon son entourage. "La famille a récupéré dimanche soir le corps", jusqu'alors soumis aux examens légaux, a précisé un ami d'enfance du défunt, qui a souhaité conserver l'anonymat. "L'enterrement aura lieu, selon le rituel musulman, dans un cimetière d'une banlieue de Grenoble", a-t-il précisé.






