Miguel Duquenet, le conducteur qui accompagnait Luigi, le jeune gitan tué par un gendarme dans le Loir-et-Cher, s'est rendu jeudi à la justice pour rétablir la "vérité" sur le tir mortel, survenu selon lui, sans barrage ni sommation, comme il l'a dit à l'AFP avant sa reddition. "Il faisait nuit noire à l'entrée du village, j'ai vu des ombres qui sortaient d'une petite rue sur le côté, j'ai pensé que c'était des gens du pays, j'ai freiné pour ne pas leur rentrer dedans, puis il y a eu deux tirs, mon cousin m'est tombé dessus, il n'y a eu aucune sommation", a déclaré cet homme de 38 ans, nerveux et tendu.
Depuis le drame, cet homme marié, père de quatre enfants et grand père depuis quinze jours assure être resté chez lui, dans une petite maison de Chatillon-sur-Cher où il a reçu l'AFP avant de partir pour le palais de justice de Blois. "Ce que je veux, c'est que la vérité sorte, que ça soit dit à la télé et qu'on arrête de raconter des choses fausses sur nous", a-t-il dit en démentant la thèse de la légitime défense soutenue par les gendarmes.
"J'ai toujours dormi chez moi depuis les faits"
"Quand on veut arrêter une voiture, on fait un barrage sur la route, on met des herses, on essaie de crever les pneus, il n'y avait rien de tout ça, c'était un guet-apens, c'est tout", a-t-il ajouté. "Je suis brisé", a-t-il dit, "le gendarme va mourir avec ça sur la conscience" . Alors que la justice le soupçonne de "tentative d'homicide volontaire sur des gendarmes" et de "non-assistance à personne en danger", il s'est étonné que personne ne soit venu le chercher. "J'ai toujours dormi chez moi depuis les faits, je ne me suis jamais caché. Tout le monde sait que je suis ici, les gendarmes aussi. Ca fait 26 ans qu'on vit ici, je n'ai jamais eu l'intention de me sauver", a dit cet homme mince et brun aux yeux cernés.
Selon lui, la voiture, une vieille R19 avec 300.000 km au compteur, n'a jamais été impliquée dans une course poursuite. Le parquet de Blois a ouvert deux enquêtes judiciaires parallèles sur les circonstances du décès de Luigi et sur les graves risques encourus par les gendarmes avant les tirs. Ces derniers assurent que le véhicule a refusé de s'arrêter et leur a foncé dessus par deux fois. Après les tirs, a raconté Miguel Duquenet, "j'étais complètement paniqué, j'étais en cinquième (vitesse), Luigi était tombé sur le levier de vitesse, la voiture est repartie en toussant, j'ai décidé d'aller chez mon oncle à 5-6 km". Une fois arrivés, "on a appelé les pompiers, je lui ai fait du bouche à bouche, je lui ai massé le cœur mais il n'y avait plus rien à faire". Son passager est mort d'une balle dans le flanc, tirée latéralement sur le côté droit du véhicule, à environ 2,50 mètres, selon lui.
Avant sa mort, son cousin s'était installé depuis un mois dans son jardin, dans une caravane, avec son épouse et sa fille de deux ans et demi. "Nous, Sarko ne peut pas nous expulser, on est Français, tous nos grands-parents sont Français", a dit celui qui a toujours habité la vallée du Cher, "jamais en camp", toujours dans une maison. Miguel Duquenet avait promis de se rendre après les obsèques qui ont eu lieu mardi. Ses proches ont tout fait pour qu'il soit entendu comme un "témoin" et non comme un "criminel", selon les informations obtenues par l'AFP dans l'entourage familial. Pour la procureure de Blois, le témoignage du conducteur est "particulièrement important". "Des investigations approfondies et des expertises précises sont nécessaires avant d'arriver à une conclusion qui doit se garder d'être hâtive", selon elle.
Des condamnations pour les dégradations
Le frère de Miguel Duquenet a lancé un appel au calme dans l'après-midi après avoir été relaxé par le tribunal de Blois au terme d'une audience de comparution immédiate consacrée aux violences qui ont suivi le décès de leur cousin Luigi. Le tribunal a condamné deux autres hommes, l'un à dix mois de prison ferme, l'autre à quatre mois avec sursis, pour des dégradations commises dimanche matin au village de Saint Aignan.
Un mineur de 17 ans a été mis en examen dans la matinée et laissé en liberté sous contrôle judiciaire pour les mêmes faits. Franckie Garand, 40 ans, qui a écopé du sursis, a salué la justice en sortant du tribunal : "Chapeau ! Elle a été impartiale elle a rendu un jugement juste", a-t-il dit.
Après sa reddition, Miguel Duquenet a quant à lui été placé en garde à vue dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour "tentative d'homicides volontaires" sur trois gendarmes, "refus d'obtempérer" et "non assistance de personne en danger".







