Selon une note interne de la Direction centrale de la police judiciaire, le nombre d'homicides en France a chuté de 35,11% en France métropolitaine entre 2000 et 2009, passant de 1051 faits constatés à 682.
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| Alain Bauer |
TF1 News : Comment expliquer une telle baisse du nombre d'homicides sur la décennie ?
Alain Bauer, président de l'Observatoire national de la délinquance : D'abord, il faut remettre ces chiffres dans une perspective historique. En trois siècles, le crime en France est passé de 150 pour 100 000 habitants à deux. Il y a un processus de civilisation du crime qui est extrêmement important et qu'il faut prendre en considération. Ensuite, il y a une très nette amélioration des moyens de police judiciaire, et de police technique et scientifique, qui pèse sur la vision qu'ont les criminels de la situation. Dans la mesure où l'on frise les 90% en taux d'élucidation, une partie d'entre eux ont bien compris que le risque de se faire prendre était très grand. Enfin, nous sommes dans un domaine où la chaîne pénale fonctionne, car pour tout ce qui est crimes et agressions sexuelles les peines d'emprisonnement sont très lourdes. On peut considérer que le cumul de ces éléments donne ces résultats en forte baisse du nombre d'homicides. Il faut également noter une baisse du nombre de tentatives d'homicides. (ndlr : une baisse moins importante, puisqu'elle est -14,98%, passant de 1051 faits constatés en 2000 à 948 faits en 2009).
TF1 News : Dans quel contexte arrivent le plus souvent les homicides ou tentatives ?
Alain Bauer : Les deux tiers des homicides ou des tentatives d'homicides relèvent du passionnel. Ce sont des gens qui s'aiment trop. Le mode opératoire reste souvent l'arme blanche ou le fusil. Le reste des homicides relève surtout du règlement de comptes, de la criminalité organisée, etc...
| Les crimes entre malfaiteurs, pour la conquête de territoire, augmentent |
TF1 News : Justement, contrairement aux crimes passionnels, les homicides dans le cadre de règlements de compte entre malfaiteurs augmentent...
Alain Bauer : C'est vrai et ils continuent même leur progression depuis trois ans. La guerre des territoires, notamment pour le trafic de stupéfiants, amène ce processus d'augmentation important. Ensuite, l'armement, qui était jusqu'il y a peu très contrôlé par le crime organisé, l'est un peu moins aujourd'hui. C'est un des effets pervers de la bonne activité des services de police judiciaire qui ont fait beaucoup de coups de filets dans ces milieux ces dernières années.
TF1 News : Quels sont les départements les plus touchés par les homicides, qu'ils soient commis ou tentés ?
Alain Bauer : Dix départements concentrent à eux seuls plus de 40% des meurtres ou tentatives de meurtres. Ceux qui arrivent en tête sont les Bouches-du-Rhône, Paris et le Rhône. Suivent la Seine-Saint-Denis, le Nord, les Alpes-Martimes, le Val d'Oise, le Val de Marne, l'Essonne et la Haute-Garonne.
TF1 News : Avec 682 homicides enregistrés en 2009, pensez-vous qu'on ait atteint un seuil ?
Alain Bauer : On pense souvent qu'il y a des seuils dans une société. Il y a six mois, je vous aurais dit que nous l'avions atteint. Mais les chiffres du premier semestre 2010 en France laissent supposer que la baisse va se poursuivre. Ce qui est d'autant plus remarquable que cela se fait dans un contexte où les violences, elles, augmentent. Je suis aussi conseiller de la police de New York. Chaque année, j'y vais, et chaque année je dis qu'on a atteint un seuil, et pourtant, tous les ans cela continue de baisser...
TF1 News : Comment se fait-il que l'on ait tout, sauf l'impression que le nombre d'homicides baisse en France ?
Alain Bauer : Mais c'est à cause de vous, les médias, puisque vous créez les conditions naturelles d'une spectaculaire mise en scène des homicides ! Du coup, le fait qu'il y en ait moins au quotidien est supplanté par l'horreur de huit cadavres de bébés retrouvés dans une maison, par exemple.
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