
TF1 News : La préfecture de police de Paris a décidé de communiquer sur la recrudescence des vols de téléphone mobile à Paris. Pourquoi ? Michel Gaudin s'est fait dérober samedi son smartphone, par des pickpockets alors qu'il s'apprêtait à prendre un train gare de Lyon, dans le XIIe arrondissement.
Plus d'infosLe préfet de police de Paris se fait voler son téléphone

Maurice Signolet, commissaire divisionnaire, chef du service d'investigation transversale à la préfecture de Police de Paris : Nous avons noté ces derniers mois une recrudescence des vols à l'arrachée des téléphones mobiles à Paris. Ce phénomène est d'autant plus notable depuis l'arrivée des téléphones de nouvelle génération du type i-phone. Il faut savoir qu'à chaque fois qu'il y a ce type de plaintes, nous déclenchons une enquête. Or, nous avons constaté que sur les 4600 plaintes déposées à Paris au cours des six premiers mois de 2010 pour des vols de téléphones portables, 3 déclarations sur 10 étaient fausses. Ces fausses déclarations ont été faites par les supposées victimes pour pouvoir se faire rembourser leur téléphone par leur assureur ou pour changer d'opérateur.
Evidemment, cela nous pose de gros problèmes. D'abord en terme de statistiques, car cela gonfle énormément nos chiffres. Ensuite, cela nécessite des recherches qui sont longues et coûteuses, notamment parce qu'il faut faire des réquisitions auprès des opérateurs, et tout cela pour des dénonciations de faits imaginaires. Pendant ce temps, nos policiers ne peuvent courir après les vrais voleurs.
TF1 News : Avez-vous un exemple récent de fausse déclaration ?
M.S. : Il y a quelques jours, une jeune femme est venue déposer plainte au commissariat du 11ème arrondissement pour le vol avec violences de son téléphone portable commis soit disant la veille place de la Bastille. Elle avait même un témoin. Après enquête, il s'est avéré que la victime avait tout simplement perdu son téléphone en août dernier. Lors de sa garde à vue, elle a avoué qu'on lui avait conseillé de porter plainte pour vol avec violences afin se le faire rembourser par son assurance.
| "Si le téléphone mobile est un outil de liberté individuelle extraordinaire, c'est aussi un traceur extraordinaire" |
TF1 News : De quels moyens disposez-vous pour vérifier s'il s'agit de fausses déclarations de vol de téléphone ?
M.S. : Le premier moyen de détecter une fausse déclaration, comme dans l'exemple que je viens de vous citer, ce sont les circonstances inhabituelles dans lesquelles la victime a pu se faire voler son téléphone. Ainsi, lorsqu'une personne nous dit qu'elle s'est faite arracher le téléphone des mains, pour nous, c'est déjà suspect car la méthode est peu fréquente. En revanche, si la victime nous dit qu'elle s'est fait voler son sac et que son téléphone était dedans, c'est déjà plus probant.
Ensuite, si le téléphone mobile est un outil de liberté individuelle extraordinaire, c'est aussi un traceur extraordinaire. Les téléphones de dernière génération qui permettent de se connecter à Internet vont aussi permettre de baliser tous vos déplacements. Ainsi, si la personne nous dit que son téléphone portable a été volé place de la Bastille et que le dernier signal était très éloigné de ce lieu, on commence à avoir quelques doutes.
Enfin, nous avons recours, si nécessaire, à la vidéosurveillance. C'est le cas notamment lorsqu'une personne nous dit que son téléphone lui a été arraché dans le métro ou dans un bus, car le maillage vidéo dans les transports parisiens est très dense et qu'en fonction de l'heure déclarée pour l'agression, il est assez aisé de vérifier. En résumé, il faut retenir que la police a aujourd'hui tous les moyens techniques à sa disposition pour vérifier la véracité d'une déclaration.
| "6 mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende" |
TF1 News : Que risque-t-on concrètement en cas de fausse déclaration ?
M.S. : A chaque fausse déclaration, les policiers font une procédure pour "dénonciation calomnieuse", "dénonciation de faits imaginaires" et "outrage à magistrat", que nous transmettons au parquet. Le rôle du policier s'arrête là. Après, c'est la justice qui décide si la personne incriminée doit être présentée à un délégué du procureur pour une composition pénale, c'est-à-dire un simple rappel à l'ordre, ou si elle passera devant un tribunal. Selon le code pénal, la personne encourt alors une peine allant jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende.
TF1 News : Avez-vous sensibilisé les opérateurs de téléphonie mobile à ce phénomène pout tenter de l'endiguer ?
M.S. : Dans le cadre de la loi sur la sécurité intérieure, la Loppsi 2, nous sommes en discussion avec les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile et un double dispositif va bientôt être mis en place. D'abord, d'ici très peu de temps, lorsque vous déclarerez le vol de votre téléphone portable, les opérateurs s'engageront à bloquer le fonctionnement du mobile, alors que jusque là ils ne faisaient que bloquer la carte Sim. Le téléphone devenant inutilisable dans les deux jours qui suivent, cela devrait aider à dissuader les voleurs.
Par ailleurs, nous avons rédigé avec les trois opérateurs des déclarations type qui seront données à leurs clients les mettant en garde contre les fausses déclarations en leur rappelant les sanctions encourues. Pour rappel, en France il y a environ 250 000 vols de téléphones portables par an pour un parc de près de 70 millions d'appareils. On reste donc dans des proportions raisonnables.
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