Drame sur les rails à Montluel : "il va y avoir d'autres morts"

Par , le 10 janvier 2011 à 12h21 , mis à jour le 10 janvier 2011 à 16h14

Témoignage - Après la mort d'un adolescent dans cette ville de l'Ain, fauché par un TER, les proches de la victime dénoncent la sécurité insuffisante de la gare. Et ils annoncent leur intention d'attaquer en justice.

Le funérarium de Montluel est en face de la gare : lorsqu'un train passe, les vitres tremblent. C'est sur les voies, à quelques mètres de distance à peine, qu'Antoine Mauresa, 16 ans, a été fauché ce week-end par un TER. Il était 19h25, vendredi soir ; scolarisé à l'internat de Belley, à un peu moins d'une centaine de kilomètres à l'est de Lyon, il venait de rentrer en train à Montluel, à 25 km au nord-est de l'agglomération lyonnaise. Il est descendu de son TER pour rejoindre le quai... et a été aussitôt fauché par le Lyon-Annecy qui passait sur la voie voisine à 90 km/h. Près de trois jours plus tard, les traces de l'accident sont toujours visibles sur les voies ; et dans le funérarium qui vibre à chaque passage de train, un homme à la voix cassée - Franck Mauresa, l'oncle de la victime - refuse les explications avancées par la SNCF.

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Le lycéen avait-il des écouteurs sur les oreilles ? La conductrice du Lyon-Annecy a désespérément tenté de freiner, et ses coups de klaxon n'ont pas suffi à avertir l'adolescent du danger. Mais pour les proches d'Antoine, la question n'est pas là. "Cette gare est très dangereuse", dénonce sa tante Nicole, indignée qu'on puisse suggérer que l'adolescent est mort "par sa faute". L'oncle d'Antoine, lui, s'interroge : "alors, si un passager est sourd, il ne peut pas prendre le train ?". Et il annonce : "On va attaquer, c'est sûr. On va faire un procès. Pas pour l'argent ; mais si ça peut éviter un malheur pareil à une autre famille, il faut le faire".

Une succession de problèmes

Les conditions de sécurité de cette gare ont déjà été largement dénoncées. Pas de passage souterrain ni de passerelle : les passagers qui débarquent des trains les plus éloignés des quais n'ont d'autre choix que d'emprunter une allée qui passe au beau milieu des rails. Ce qui est le cas de nombreuses petites gares ; mais le danger est accru par la vitesse des trains, particulièrement élevée à Montluel, et par une signalisation insuffisante : trois pictogrammes rouges qui s'allument vingt secondes avant l'arrivée d'un train, sans signal sonore. Autant d'éléments qui font de Montluel "la gare la plus dangereuse de la région", selon l'Adula, l'association des usagers de la ligne Lyon-Ambérieu. Selon les premières constatations, ces fameux signaux rouges ont fonctionné vendredi soir ; pour le reste, la gendarmerie se refuse à communiquer, se contentant de souligner qu'une enquête judiciaire a été diligentée par le parquet de Bourg-en-Bresse.

Les lacunes de la gare sont reconnues du côté de la SNCF. Qui précise toutefois n'être plus propriétaire des installations depuis la mise en place de Réseau Ferré de France, désormais chargé de l'entretien des voies et des gares. Du côté de RFF, on plaide la bonne foi en évoquant un projet de passerelle qui permettrait aux passagers de ne plus avoir à descendre sur les voies : la convention de financement de cet ouvrage a été signée en mars dernier, pour une réalisation prévue en 2012. Pas de quoi convaincre Franck Mauresa. Les subtilités du partage des compétences entre SNCF et RFF ne l'émeuvent pas : "Il faut qu'ils fassent quelque chose", s'indigne-t-il. "C'est l'idiotie de tout le monde qui a tué Antoine, à 16 ans ! On n'admet pas que la SNCF se contente de dire qu'il avait ses écouteurs sur les oreilles. C'est inadmissible que des trains passent aussi vite en pleine gare alors qu'on débarque des passagers. Tous les jours, il y a des jeunes qui prennent ce train... il va y avoir d'autres morts, c'est sûr".

Car la mort d'Antoine Mauresa n'est que le dernier épisode, le plus dramatique, d'une longue série de dysfonctionnements ferroviaires dans la région. La ligne Lyon-Ambérieu-Culoz, sur laquelle se trouve Montluel, cumule depuis longtemps les critiques et c'est justement pour cela qu'a été créée l'Adula. Les usagers dénoncent pêle-mêle des lignes et un matériel mal entretenus, des trains bondés ou supprimés sans préavis, des retards à la chaîne, un personnel insuffisant, une mauvaise communication de la SNCF. Juste avant les régionales de mars dernier, la SNCF avait tenté d'apaiser la grogne avec un geste commercial. Mais les problèmes n'ont pas diminué, bien au contraire. C'est une passagère de cette même ligne qui, ayant perdu son emploi pour cause de retards répétés de trains, a attaqué la SNCF pour réclamer des dommages et intérêts. L'Adula assure avoir actuellement 20 dossiers de passagers en colère en cours auprès du médiateur national de la SNCF.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 10 janvier 2011 à 12:21
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5 Commentaires

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  • noe14000, le 12/01/2011 à 20h50

    Grande solidarité avec les parents et leurs enfants. Personne n'a le droit de jouer de la sorte avec nos vies. C'est aussi intolérable qu'inadmissible. Mon soutien à ses proches. Courage !

  • lolme24, le 11/01/2011 à 09h43

    Vous ne devez pas sortir souvent de chez vous. Il y a toujours eu des gares sans souterrain ou passerelles.

  • philippe_94, le 10/01/2011 à 17h21

    Quand on regarde la gare du dessus par le site google maps on voit effectivement que la gare pose des problèmes de sécurité !

  • canouh, le 10/01/2011 à 16h09

    ................ c'est quoi cette gare ???? !!!!! ...... passer sur les rails pour rejoindre le quai ????? auffff !!!

  • katty2, le 10/01/2011 à 12h56

    Que c est triste ! condoleances a cette famille

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