Qui est l'auteur du "casse du siècle" ? Albert Spaggiari, me direz-vous sans doute, si vous vous intéressez à ces personnages hauts en couleurs qui font la légende du milieu des truands. Faux, affirme pour sa part un homme qui se dissimule sous le pseudonyme d'Amigo, et aurait fait partie de l'équipe de Spaggiari : le véritable "cerveau" du braquage de la Société générale de Nice... c'est lui. Ce fameux Amigo a publié l'été dernier un livre, La Vérité sur le casse de Nice, dans lequel il prétend rétablir la vérité. Sous ce pseudonyme se dissimulerait en fait un homme fiché au grand banditisme, Jacques Cassandri. Lequel se retrouve désormais sous les verrous, s'il faut en croire La Provence. Le quotidien régional assure que l'homme, confondu par des écoutes téléphoniques, a été arrêté lundi, et que l'enquête lancée sur son compte a permis de "démanteler de multiples ramifications, à Marseille et en Corse". Le Parisien a évoqué pour sa part une demi-douzaine d'arrestations, dont celles de membres de la famille de Jacques Cassandri, qui possède un restaurant et un cabaret à Marseille.
Faut-il donc renoncer au "mythe Spaggiari" ? Célèbre dans les années 70, l'homme est devenu de son vivant un héros de cinéma. Une première fois dès 1976, avec Les égouts du paradis, de José Giovanni ; puis en 2008, avec un autre film, Sans arme, ni haine, ni violence, de Jean-Paul Rouve. Une quinzaine de complices recrutés dans le milieu marseillais pour aller s'attaquer aux coffres de la Société générale de Nice en passant par les égouts ; une arrestation longtemps après, à l'aéroport de Nice, en compagnie du maire de la ville de l'époque, Jacques Médecin, qu'il avait accompagné sur un voyage officiel. Puis l'évasion du palais de justice par la fenêtre, une chute de huit mètres sur une voiture dont il devait par la suite dédommager le propriétaire. Et une cavale, jusqu'à la fin de sa vie, en Amérique latine - tout cela pour décéder d'un cancer du poumon en Italie à 55 ans : la vie de Spaggiari a tout du héros de roman. Et c'est bien cette légende auréolant Spaggiari qui aurait irrité Jacques Cassandri, croit savoir La Provence. D'où ce livre publié sous pseudonyme.
Que sont devenus les 50 millions ?
Mais qu'allait-il faire dans cette galère ? Et comment Cassandri, s'il ne fait effectivement qu'une seule et même personne avec le fameux "Amigo", espérait-il revendiquer la paternité du "casse du siècle" sans alerter la justice ? La réponse, pour La Provence, est simple : l'homme se croyait à l'abri de toute enquête, plus de trente ans après les faits. Mais ce n'est pas pour le braquage revendiqué par l'auteur de La Vérité sur le casse de Nice que Cassandri se retrouve aujourd'hui arrêté, ces faits étant effectivement prescrits au regard de la justice, mais pour les chefs "d'association de malfaiteurs, abus de biens sociaux, blanchiment". Les enquêteurs soupçonnent en effet qu'une partie des 50 millions de francs qu'avait rapportés le casse de la Société générale de Nice aurait pu être réinvestie dans les établissements que gèrent aujourd'hui les proches de Cassandri.
Les policiers ont agi sur la base d'une commission rogatoire du juge Charles Duchaine de la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, émise en mai dernier. Selon une source proche de l'enquête citée par Le Parisien, les enquêteurs ont également tenté de savoir si Jacques Cassandri avait pu avoir des liens avec un élu local, lui aussi interrogé par la police : François Mosconi, conseiller territorial de gauche, maire de Conca, en Corse-du-Sud, et président du conseil de surveillance d'Air Corsica. Placé en garde à vue lundi, l'élu a cependant été remis en liberté mardi soir, sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui.
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