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DOSSIER : Affaire Merah

Affaire Merah : la fusillade de Toulouse aurait-elle pu être évitée ?

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le 02 octobre 2012 à 10h10 , mis à jour le 02 octobre 2012 à 10h33.
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4min
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Faits diversLibération a eu accès à des documents montrant que la police possédait des indices impliquant la famille Merah avant la tuerie de l'école juive de Toulouse, qui avait eu lieu le lundi 19 mars.

La fusillade avait eu lieu le 19 mars dernier, avec une sauvagerie révélée par tous les témoignages, et par les images prises au moment des faits par des caméras de surveillance : vers 8 heures du matin, un homme à scooter, portant une caméra sur la poitrine, avait stoppé devant l'école juive Ozar Hatorah de Toulouse et ouvert le feu. Il avait abattu sucessivement un rabbin et professeur de l'école, un de ses enfants tombé à terre, avant d'agripper par les cheveux la fille de huit ans du directeur de l'école pour lui tirer une balle dans la tête, et de blesser gravement un adolescent de 15 ans. Dès le lendemain, un concessionnaire Yamaha de Toulouse donnait à la police le nom d'un client venu lui demander comment désactiver la puce de géolocalisation d'un scooter du même type que celui du tueur, un scooter Yamaha TMAX, et de la même couleur. La police scientifique avait aussi découvert que la même arme avait été utilisée lors de cette fusillade, et lors des meurtres de trois militaires à Toulouse et Montauban, les 11 et 15 mars. Ainsi était lancée la traque qui devait aboutir à la mort de Mohamed Merah lors du siège de son appartement toulousain par le Raid, le 22 mars.

Cette fusillade aurait-elle pu être évitée ? C'est ce qu'affirme ce mardi Libération, qui s'est procuré des documents indiquant que la police aurait pu, bien avant le drame de l'école Ozar Hatorah, se lancer sur la piste de Merah. Dans un article titré "Affaire Merah, les ratés policiers", le quotidien souligne que, dès le 17 mars, deux jours avant la tuerie de l'école juive, la police disposait d'éléments importants : les adresses IP des ordinateurs s'étant connectés sur une petite annonce mise en ligne par le premier militaire tué, le 11 mars. L'homme avait mis en vente une moto. Et il avait été attiré dans un guet-apens par un prétendu acheteur. Parmi ces adresses IP, souligne Libération, seules trois correspondaient à des ordinateurs de Haute-Garonne. L'une d'elles était celle de la mère de Mohamed Merah. Or, dénoncent les avocats des proches du militaire ainsi attiré dans un piège avant d'être abattu, au moment où apparaît cette adresse IP, "la mère de Mohamed Merah est fichée localement par la DRRI de Toulouse, pour son appartenance à l'islamisme radical".

Des fichiers transmis avec retard

Le problème, souligne Libération, c'est qu'à ce moment-là, le service régional de police judiciaire ne croyait pas à une "piste politique" liée à l'islamisme radical et visant des militaires ayant été engagés en Afghanistan. La piste privilégiée était plutôt celle d'un règlement de comptes contre l'armée, perpétré par un extrémiste de droite. La piste Merah, explique le quotidien, n'avait donc pas été explorée à temps.

Deuxième "raté" : la Sous-direction antiterroriste (SDAT) avait transmis à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) une série de fichiers contenant des noms de détenteurs d'armes du même type que celle utilisée lors des trois séries de meurtres, et de détenteurs de permis de port d'arme. Avant de fournir une deuxième série de fichiers de propriétaires de scooters Yamaha TMAX et d'adresses IP. A charge pour la DCRI de croiser ces fichiers pour établir une liste de suspects. Mais, souligne Bernard Squarcini, patron de la DCRI, ce n'est que le dimanche 18 mars à 14 heures qu'était arrivée la première vague de données. Avant la deuxième vague concernant les scooters et les adresses IP. Avec le temps nécessaire pour faire tourner les ordinateurs de la DCRI, c'est à 20 heures seulement qu'était envoyés les résultats, dans lesquels le nom de Merah apparaissait en première place, à la SDAT.

Or c'est le lendemain, peu avant 8 heures, que Mohamed Merah faisait son entrée, armé, dans la cour de l'école juive Ozar Hatorah de Toulouse...

Commenter cet article

  • ouam90 : +1 Sebounet2000

    Le 02/10/2012 à 13h51
  • ouibough : Donc on peut porter plainte contre la dcri pour non assistance de personnes en dangers

    Le 02/10/2012 à 12h18
  • sebounet2000 : Certes, si nous vivions dans un état policier dans lequel chacun de nos actes est examiné par plusieurs policiers évidemment infaillibles, cela aurait pu être évité. Mais ces documents ne montrent que des défaillances mineures et il vaut mieux s'attaquer aux criminels qu'aux policiers. Ne marchons pas sur la tête.

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