La place Stalingrad, à Bordeaux, n'a rien d'un quartier sensible. C'est un grand quadrilatère cerné de commerces installés au pied d'immeubles pimpants de deux étages, dont la plupart datent de deux siècles, au bas mot. Le ballet des tramways et la proximité du lycée François Mauriac y entretiennent une animation permanente... mais rien à voir avec la scène à laquelle ont pu assister, médusés, les commerçants du lieu jeudi après-midi : plusieurs dizaines de jeunes ("entre 50 et 100", raconte un témoin joint par MyTF1News) surgissant au même moment pour entamer une bagarre de rue digne de "West Side Story"...
Il était alors 16h30. A la "Pharmacie bastidienne", à l'angle de la place, une femme a fait irruption. "C'est une cliente qui est venue se réfugier chez nous en nous disant qu'il y avait une bagarre", raconte une employée, présente lorsque les violences ont commencé. "On a fermé les grilles, par précaution". Quelques mètres plus loin, Anthony, qui travaille au bar-restaurant "Pause-rétro", a assisté directement à la scène. " Ça s'est passé d'un seul coup. Ils sont tous arrivés sur la place. Ça débordait même sur les rues voisines. Sur la cinquantaine de jeunes venus pour "faire la baston", il y en a un qui s'est retrouvé par terre. Aussitôt, une bonne dizaine se sont mis dessus, à le tabasser". Sous le regard impuissant des tenanciers de bars et commerçants du voisinage ; tous avaient, qui rangé leurs chaises pour éviter de les voir transformées en projectiles par les belligérants, qui protégé leur vitrine. Dans les colonnes de Sud-Ouest, qui consacre un article à l'incident, d'autres témoins racontent, encore choqués : "C'était un truc de fou, ils sont arrivés comme une meute. On aurait dit un essaim d'abeilles."
"J'ai vu passer deux cars de police"
L'empoignade a peu duré : quelques minutes à peine. La police est aussitôt intervenue. La place a été cernée, et les policiers ont multiplié les contrôles. Une intervention rapide et en force ("J'ai vu passer deux cars de police, et il y avait au moins 4-5 voitures sur place", se souvient Anthony), qui a sans doute évité des blessés sérieux : à part le jeune lynché, et qui n'a eu que des contusions, aucune victime de la bagarre ne s'est fait connaître. En fait, les policiers de l'Unité de sécurisation des transports en commun, déployés en compagnie de militaires dans le cadre du plan Vigipirate, avaient déjà remarqué ce rassemblement circulant dans les rues de Bordeaux, et donné l'alerte. Lorsque les groupes de jeunes ont fait irruption place Stalingrad, des policiers procédaient déjà à des contrôles depuis plus d'une heure à un arrêt de tramway voisin.
Mais cette explosion de violence, qui a cessé aussi rapidement qu'elle avait éclaté, reste inexpliquée. La police n'a pour l'heure que les témoignages de ceux qui ont assisté à la scène. Même le jeune roué de coups reste vague sur les motivations de cette bagarre géante. Qu'est-ce qui reliait entre eux les belligérants ? Les contrôles policiers, qui n'ont été suivis d'aucune arrestation, ont simplement permis de voir que les jeunes venaient de toute l'agglomération bordelaise. Avaient-ils répondu à un appel lancé sur les réseaux sociaux, s'étaient-ils contactés par SMS ? Anthony, en tout cas, devrait se souvenir longtemps de l'image de cette bande venue à pied du quartier Saint-Michel, attirant tous les regards, dans le calme de cette journée de vacances scolaires...











