TF1 News : Que fait un détecteur de mensonges ?
Hervé Chneiwess, neurobiologiste, directeur de recherche et membre du comité d'Ethique de l'Inserm : C'est un appareil qui mesure la différence de conductance électrique de la peau en fonction de la quantité de transpiration que l'on trouve sur cette peau. Les concepteurs de cet outil partent du principe que lorsque quelqu'un va mentir, son degré d'émotion va être plus important. Ce degré d'émotion plus important entraîne automatiquement une quantité de transpiration de la peau plus importante, qui va entraîner une augmentation de la conductance électrique. C'est cela que va détecter l'appareil.
TF1 News : Donc, si on est ému, c'est qu'on ment ?
H.C. : Non, et c'est bien là qu'est toute la difficulté. Par exemple, si vous voulez calculer une distance, il vous suffit de prendre un mètre et vous aurez votre mesure. L'outil que vous avez est adapté à la question que vous vous posez. Mais le mensonge est quelque chose de bien plus compliqué, qui recouvre tout un tas d'activités cognitives. On peut être ému pour des tas de raisons qui ne sont pas forcément liées au mensonge.
Si vous posez la question à Contador de savoir s'il se souvient de la première fois où sa mère vous l'a accompagné sur une compétition cycliste, il pourra être très ému parce que cela lui remémorera un très bon souvenir ou, inversement, un très mauvais souvenir. Ou peut-être qu'il ne réagira pas parce qu'il ne s'en souviendra pas. Que devra-t-on en déduire ? Que s'il n'est pas ému, cela veut-il dire qu'il est insensible ? Ou, au contraire, que s'il est très ému, c'est un type bien ? Le problème est qu'il y a une énorme distance entre ce que l'on est capable de mesurer et ce que l'on voudrait en déduire.
![]() | Il y a une énorme distance entre ce que l'on est capable de mesurer et ce que l'on voudrait en déduire |
H.C. : La première chose que font toutes les personnes qui vont être soumises au détecteur de mensonge, c'est de se préparer avec leurs avocats en apprenant à contrôler leurs émotions. On le voit bien dans toutes les séries américaines. Je vous suggère de regarder sur internet le deuxième épisode de la première saison de la série Lie to me. Dès le générique on voit le test d'un nouveau détecteur de mensonge et de quelle façon il ne sert à rien.
Alors, bien sûr, les partisans du détecteur de mensonges, en particulier les polices américaine et canadienne, rétorquent que comme on revient dix fois sur la même question on arrive toujours à trouver des failles, même chez les personnes les mieux préparées. C'est faux. La réalité c'est que les gens bien préparés sauront contrôler leurs émotions et passer au travers.
TF1 News : Donc, le détecteur de mensonge n'est pas un outil fiable?
H.C. : Absolument pas. D'ailleurs, aujourd'hui, le détecteur de mensonge n'est plus reconnu que dans très peu d'Etats américains. Au Canada, cela fait encore partie des arguments que l'on peut apporter. Mais il ne faut pas oublier que dans le système anglo-saxon, nous ne sommes pas du tout dans le même système de défense qu'en France où c'est au parquet d'apporter la preuve de la culpabilité.
Aux USA ou au Canada, comme nous avons pu le voir au travers de l'affaire DSK, nous sommes dans un système dit accusatoire où les deux parties ont tous les moyens qu'ils veulent à leur disposition pour démontrer la culpabilité ou l'innocence de l'accusé. La seule limite qui leur est éventuellement posée est celle de l'argent. En France, certaines personnes aimeraient avoir recours à ce genre de test mais personne n'est habilité à les faire passer puisqu'aucun tribunal n'accepte ce type d'élément.
TF1 News : Certains experts disent que l'IRM cérébral, qui détecte l'activité du cerveau, résoudrait ce problème de fiabilité. Qu'en pensez-vous ?
H.C. : C'est également faux. L'équivalent que l'on essaie de faire aujourd'hui avec l'IRM fonctionnel cérébral en essayant de détecter des changements d'activité des circuits qui contrôlent l'émotion dans le cerveau qu'on appelle le cortex limbic ne sont pas reconnus non plus. Il y a un cas malheureusement fameux d'abus en Inde qui date de 2008 où une femme était accusée d'avoir empoisonné son mari. Quand durant l'IRM cérébral on a prononcé le mot poison il n'y a pas eu de réaction émotionnelle forte et le tribunal en a déduit que comme il n'y avait pas eu de réaction, elle y était habituée et donc elle avait empoisonné son mari.











