"La DCRI a fait des écoutes comme vous pouvez manger des croissants"

Par , le 20 janvier 2012 à 17h44 , mis à jour le 20 janvier 2012 à 20h18

Un système d'écoutes téléphoniques illégales à la discrétion du chef de l'Etat et du Premier ministre est en place en France depuis de nombreuses années, affirme vendredi sur Mediapart l'ancien patron des Renseignements généraux Yves Bertrand.

Yves Bertrand rg cleatsreamYves Bertrand, ancien patron des RG de 1995 à 2007. © TF1/LCI

Il est l'ancien -et controversé- "patron" des Renseignements généraux en France. Dans un entretien à Mediapart, Yves Bertrand affirme que Bernard Squarcini est "devenu l'homme du président" Sarkozy, son "espion" à la tête de la Direction centrale du renseignement intérieur. "Les écoutes, la DCRI en a fait comme vous pouvez manger des croissants", assure-t-il par ailleurs. "Il faut savoir qu'il y a des écoutes qui ne passent pas par la commission de contrôle des interceptions de sécurité, comme on dit pudiquement", dit Yves Bertrand. "Je l'ai vécu moi même, lorsque j'étais à la tête des Renseignements généraux. Il y avait des écoutes sauvages, à la discrétion de Matignon et de l'Elysée. Et qui n'étaient pas contrôlées. C'est en dehors de la procédure d'autorisation", ajoute-t-il.

  • Squarcini veut poursuivre les auteurs de "L'espion du président"

    Le livre consacré au patron du renseignement intérieur a déclenché une guérilla judiciaire. Bernard Squarcini promet des poursuites en diffamation. Mediapart compte pour sa part saisir la justice sur des soupçons d'espionnage.

    Publié le 20/01/2012 Squarcini veut poursuivre les auteurs de "L'espion du président"
  • "Fadettes" : droite et gauche s'affrontent sur le cas Squarcini

    Mis en examen pour avoir fait espionner les correspondances téléphoniques d'un journaliste du Monde enquêtant sur le dossier Bettencourt, le patron des services secrets français reste pourtant en poste. Gauche et écologistes dénoncent. Le gouvernement évoque la présomption d'innocence.

    Publié le 18/10/2011 "Fadettes" : droite et gauche s'affrontent sur le cas Squarcini
  • "L'espion du président", le livre qui irrite Squarcini

    Le patron de la DCRI, la direction du renseignement intérieur, va porter plainte en diffamation contre les auteurs de "L'espion du président". Le livre accuse Bernard Squarcini d'être instrumentalisé par l'Elysée. Ses auteurs se disent sereins.

    Publié le 20/01/2012 "L'espion du président", le livre qui irrite Squarcini
Plus d'infos


Il y a deux types d'écoutes téléphoniques autorisées en France, celles ordonnées par un magistrat dans le cadre d'une enquête judiciaire, et celles autorisées par le Premier ministre, après avis d'une commission spécialisée, à la demande des services de renseignement. Le service qui réalise les écoutes se trouve sous les Invalides, à Paris. Selon Yves Bertrand, un troisième réseau parallèle a été constitué et "Matignon avait entre vingt et trente lignes, peut-être plus, qui ne passaient pas par la commission" lorsqu'Alain Juppé était Premier ministre (1995-1997). Ces pratiques se sont poursuivies selon lui avec la DCRI. Il qualifie la création de ce service, sans débat parlementaire et sans organe de contrôle, de "crime" et de "dérive politique".

Bernard Squarcini"Il s'est entiché de M. Sarkozy comme n'importe quel fonctionnaire l'aurait fait dans un système autoritaire", dit Yves Bertrand l'accusant d'avoir "fait des coups tordus chaque fois qu'il y avait à le faire", sans les citer et sans preuve. "Il n'a pas su dire non à Sarkozy. Il a tout fait. Il n'y a pas que les fadettes". Yves Bertrand, qui a fait un pas en direction de Marine Le Pen en 2011, est une figure de la "chiraquie". Il était très en froid avec Nicolas Sarkozy qui l'a soupçonné d'avoir joué un rôle dans l'affaire Clearstream. Cet ancien haut fonctionnaire controversé a fait sensation en 2008 en publiant ses "carnets secrets", des rumeurs sur le monde politique ou médiatique.

Un livre, "L'espion du président" (Editions Robert Laffont) publié jeudi, est consacré à Bernard Squarcini, accusé d'avoir "dévoyé" ce service. Celui-ci a promis jeudi des poursuites en diffamation contre ses auteurs tandis que tous les syndicats de police et le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, l'ont défendu - ainsi que la DCRI - avec vigueur.

Par Alexandra Guillet le 20 janvier 2012 à 17:44
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

15 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • 732..poitier, le 21/01/2012 à 17h00

    Les tartines c'est meilleur...

  • elmouton, le 21/01/2012 à 13h51

    Facile avec ça de faire tomber les candidats adverse aux élections...

  • 732..poitier, le 21/01/2012 à 10h24

    A gauche..c'était normal...

  • guibour33, le 21/01/2012 à 07h45

    Tout le monde sait ça - et moi ça ne me choque pas ça s'est toujours fait, sous tous les gouvernements - alors, pourquoi jouer les effarouchées ? uniquement parce qu'on est en période préélectorale et un journaleux de gauche doit vouloir se faire remarquer. jusqu'aux élections, on n'a pas fini d'en entendre !!!!!

  • marine-2012, le 21/01/2012 à 07h23

    Il croit que tout le monde mange des croissants tout les jours aussi facilement ? Encore un bobo déconnecté de la réalité.

  • marine-2012, le 21/01/2012 à 07h22

    Pour une fois, je suis d'accord avec vous

  • , le 21/01/2012 à 06h14

    Curieux raisonnement. Parce que ça s'est fait depuis longtemps, il faudrait continuer ad vitam aeternam sans s'émouvoir, même même s'il s'agit de violations gravissimes de la loi. Bravo : c'est grâce à des citoyens dans votre genre que ces dérives croissent et embellissent. Car c'est bien ce qui se passe.

  • , le 21/01/2012 à 06h09

    Peu importe les motivations. Dès lors que des pratiques illégales et gravement attentatoires aux libertés publiques sont avérées, dans n'importe quel État de droit digne de ce nom la justice devrait passer. Ne pensez-vous pas ?

  • izoumtl, le 21/01/2012 à 00h08

    Pourquoi on sort tout ça en période électorale ? Voudrait-on abattre Sarkozy plus qu'il ne l'est ? Ceci étant ce n'est pas une mauvaise chose.

  • al119e, le 20/01/2012 à 23h36

    On connaît les écoutes téléphoniques depuis Mitterand. Etrange que Médiapart ne soit pas au courant ! !

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience