Escroquerie à la Sextape sur le net : comment réagir ?

Par , le 17 février 2011 à 06h00 , mis à jour le 17 février 2011 à 11h49

Interview - Chantage financier, menace de diffusion de vidéos coquines : toutes les rencontres faites sur internet ne se terminent pas bien. Les conseils du chef de la division de lutte contre la cybercriminalité de la gendarmerie nationale pour ne pas tomber dans le panneau.

internet chat rencontreImage d'archive. © TF1/LCI

TF1 News : La semaine dernière, une jeune femme a été victime d'un chantage financier de la part d'un homme rencontré sur internet. Ce dernier, feignant d'être amoureux, lui avait demandé de se dévêtir devant une webcam. Il s'est ensuite servi de ces vidéos comme d'un moyen de pression : soit tu paies, soit je diffuse sur le web. Ce type de chantage est-il un cas isolé ?

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Lieutenant-colonel Eric Freyssinet, chef de la division de lutte contre la cybercriminalité de la gendarmerie nationale :
Depuis un an, il y a eu plusieurs dizaines de plaintes déposées un peu partout en France pour des faits similaires. En revanche, il est très rare qu'une femme soit victime. Cela concerne essentiellement des hommes qui se retrouvent accusés de pédophilie. Le procédé est assez simple. Au départ, la victime croit discuter avec une femme, il se filme avec sa webcam en train de faire des gestes sexuels et puis, dans la foulée, il reçoit un message qui lui dit qu'il est en train de s'exhiber devant une mineure, ce qui ajoute un caractère supplémentaire, la pédophilie . Le ou les escrocs, qui écrivent avec des fausses adresses mails contenant généralement les mots "Interpol" ou "gendarmerie française", font état d'une infraction dont il faut régler l'amende. Il faut bien savoir que ni la police, ni Interpol, ni la gendarmerie, ne communiquent jamais de la sorte pour le règlement d'une amende. Les escrocs, si, et en cas de non paiement, ils peuvent créer des sites web sur lesquels ils diffusent la vidéo compromettante et donnent le nom et les coordonnées de la personne.

Ce qui est le plus choquant dans ce type d'escroquerie c'est que l'on dépasse très largement le simple aspect pécunier. Jusque là, en général, "l'amoureux" commençait par demander de l'argent pour payer un visa puis un billet d'avion pour retrouver sa ou son bien aimé(e), mais il ne venait jamais. Ou alors il disait qu'il était tombé malade et qu'il avait besoin d'argent pour payer les soins. Là, avec la diffusion de vidéos intimes, c'est beaucoup plus violent. On ajoute un aspect d'humiliation, de peur du ridicule face aux voisins ou aux proches.  
 

TF1 News : Ces "escroqueries à l'amour" semblent souvent venir de Côte d'Ivoire, pourquoi ?
E.F. :
Ces escroqueries se passent quasi exclusivement depuis l'étranger car celui qui ferait cela en France serait sûr de se faire attraper, de la même façon que celui qui ferait cela en Côte d'Ivoire contre des Ivoiriens se ferait attraper. Donc ils font cela d'un pays à un autre pour compliquer les recherches. Ensuite, si la Côte d'Ivoire ressort particulièrement, c'est parce qu'il s'agit d'un pays francophone et que les Français sont sensibles, notamment pour tout ce qui touche au sexe et à l'amour, au fait que les gens s'expriment dans leur langue. D'ailleurs, la plupart du temps, comme dans l'affaire que vous évoquez, la victime pense que son "amoureux" est en France. Les escrocs jouent sur la proximité pour être plus convaincants.
 

TF1 News : S'agit-il de réseaux organisés ?
E.F. :
Ces escroqueries à l'amour sont effectivement organisées mais il s'agit de petits groupes d'escrocs au niveau local. Ils font cela pour gagner de l'argent. Il ne s'agit absolument pas de grands groupes criminels qui se coordonneraient à Abidjan ou ailleurs avec tout un tas d'opératrices derrières des écrans. C'est beaucoup plus rustique que cela. Ils sévissent vraisemblablement depuis des cybercafés dans des grandes villes, ce qui ne simplifie pas la tâche des policiers pour les identifier.
 

TF1 News : Les malfrats se trouvant à l'étranger, comment faites-vous pour traiter ce genre d'affaires ?
E.F
. : Pour ce qui est de récupérer l'argent, si la victime a déjà payé, c'est trop tard. L'argent aura été retiré de l'autre côté et on ne pourra pas faire grand-chose. En revanche, nous avons beaucoup de relations avec la Côte d'Ivoire, via Interpol mais aussi en direct avec la police locale. Evidemment, sur ce genre d'affaires, ce n'est pas nous qui allons arrêter le ou les suspects. Notre rôle consiste à collecter le maximum d'informations auprès de la victime pour le transmettre au niveau local : des noms, des adresses mails, des adresses IP etc...  
 
TF1 News : Certaines personnes sont-elles plus sujettes que d'autres à devenir "victimes" de ces escrocs du coeur ?
E.F.
: La plupart du temps, cela part d'un contact sur un site de rencontre. Sont principalement ciblés les hommes à la recherche d'une aventure avec une personne de type africain et les femmes qui sont seules et dans une certaine fragilité sentimentale.

TF1 News : Que doit-on faire si on se trouve pris dans ce type d'engrenage à la suite d'une rencontre virtuelle ?
E.F.
: La première chose à faire est de surmonter sa honte en essayant d'en parler à des amis ou des confidents. Il faut relativiser, se dire que ce n'est pas catastrophique, vous ne serez pas la risée du monde entier. Juste des personnes qui essaient de vous escroquer. La deuxième chose à faire est de récolter le maximum d'éléments techniques qui pourront être utiles à l'enquête. Les pseudonymes des escrocs ne suffisent pas. Il faut imprimer tous les courriers électroniques avec leurs entêtes, récupérer les adresses IP, garder les SMS, etc....  

Il est également important de porter plainte. Les enquêteurs pourront aider la victime à rassembler les éléments en question. Par ailleurs, si on n'a pas encore payé par Western Union ou autre, malgré les menaces ou la diffusion de vidéos, il ne faut surtout pas le faire. Cela n'a aucun sens. D'ailleurs Western Union explique très bien sur son site que ses services ne doivent être utilisés que pour payer des gens que l'on connaît vraiment, physiquement.

De la même façon, s'il y a des menaces qui sont faites à l'intégrité physique de la personne, il faut savoir qu'elles ont peu de chance d'être suivies d'effets puisqu'elles émanent d'un pays lointain. Il n'y a donc pas de réelle inquiétude à avoir. Mais il est très important de bien vérifier la provenance des menaces. Si les SMS venaient à émaner d'un téléphone portable français, il faut alors que la victime se rapproche urgemment de la police ou de la gendarmerie afin de localiser et identifier cette personne. A ma connaissance, cela ne s'est pas encore produit.

TF1 News : Comment se prémunir de ce type de mésaventure, quels sont les pièges "basiques" à éviter ?
E.F. :
Ce n'est pas facile de répondre à cette question car on ne peut pas être contre le fait que des gens puissent se rencontrer par Internet. Disons que si une personne est prête à s'exhiber sur Internet, elle prend le risque que la personne en face l'enregistre et réutilise les images. Si la personne décide de prendre ce risque et se fait menacer par la suite, il faut qu'elle sache qu'elle n'a rien fait de mal puisqu'il s'agit de discussions entre adultes avec qui on a eu des échanges sexuels parfaitement consentis. Il ne faut donc pas avoir honte, ne pas payer et déposer plainte.

Une plateforme téléphonique

"Si vous pensez avoir été victime d'une escroquerie sur Internet, mais n'êtes pas sûr, si vous voulez des conseils suite à une tentative d'escroquerie dont vous auriez été victime, vous pouvez contacter la plateforme téléphonique Info Escroqueries, où des policiers et des gendarmes vous répondent au 0811 02 02 17 (coût d'un appel local)".

 

 

Par Alexandra Guillet le 17 février 2011 à 06:00
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6 Commentaires

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  • passeparici, le 17/02/2011 à 13h47

    Est ce que vous ne donnerez jamais la possiblité à votre enfant de lire des livres parce ce que certain d'entre eux sont subversif ? Le coté obscure d'internet n'en est qu'une partie : dommage de ne pas ouvrir à votre enfant cette autre partie !

  • juniorgros1475, le 17/02/2011 à 12h54

    Personnellement, mon fils n'aura jamais internet dans sa chambre. on parle peut être d'adultes, mais il y a aussi des enfants à qui ça arrive ( j'avoue, je n'ai pas lu l'article en entier, trop long ) maxi méa culpa

  • calimero33300, le 17/02/2011 à 11h43

    On parle d'adulte ici !

  • bikbikbikette, le 17/02/2011 à 11h41

    Mais il ne s'agit pas forcément d'enfants.

  • mars1394, le 17/02/2011 à 11h39

    Il ne s'agit pas d'enfants mais d'adultes consentants... Pour ce qui est des enfants, l'ordinateur sert aux travaux scolaires, il est donc dans la chambre. Mais les contrôles parentaux sont déja une première barrière (pas suffisante). Le plus important est le dialogue avec les enfants. Ce qu'il y a de pire, ils l'ont déjà vu. Si ce n'est pas à la maison, c'est sur le Iphone du frère d'un copain ...

  • juniorgros1475, le 17/02/2011 à 10h55

    Il y a aussi une méthode toute simple, supprimer internet dans la chambre des enfants.

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