Faut-il interdire aux policiers de garder leur arme à la maison ?

Par , le 19 octobre 2011 à 06h00 , mis à jour le 19 octobre 2011 à 09h36

Après une série de suicides et de faits divers tragiques impliquant des policiers munis de leur arme au domicile, la question se pose plus que jamais. Mais ni l'Intérieur ni les syndicats n'envisagent une telle solution pour l'instant.

police policiersDes policiers © TF1/LCI

Le 22 septembre 2011, un gardien de la paix en poste à Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne, blessait mortellement sa compagne avant de retourner son arme de service contre lui. Terrible hasard,  au même moment, à Paris un autre policier utilisait son arme pour mettre fin à ses jours dans sa voiture. Quelques jours plus tard, le 9 octobre, à Bagneux, une policière de la police aux frontières, âgée de 26 ans, abattait son compagnon, également un policier, avec son arme de service, avant de se suicider. A l'origine du drame, une déception amoureuse. Dimanche dernier, à Carrières-sous-Poissy, dans les Yvelines, c'est un gardien de la paix stagiaire de 22 ans qui blessait à son tour mortellement sa compagne... en jouant avec son arme.  

Trois suicides, deux drames familiaux et un accident mortel en moins d'un mois. Autant de tragédies qui appellent la même question : faut-il interdire aux policiers de rentrer chez eux avec leur arme de service ? Pour Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur, "On ne peut que déplorer tous ces drames" qui, insiste-t-il toutefois auprès de TF1 News, "restent extrêmement marginaux" au regard des 135.000 policiers qui possèdent une arme en France. Insistant sur le fait que la "plupart des suicides de policiers se déroulent sur le lieu de travail et non au domicile", "aucune révision de la procédure d'armement des forces de l'ordre n'est aujourd'hui envisagée place Beauvau", poursuit Pierre-Henry Brandet. Et de rappeler, qu'au contraire, "de nombreux drames ou délits sont arrêtés à temps, justement grâce à des policiers qui possèdent leur arme sur eux durant leur trajet travail-domicile".

Des préconisations remises prochainement

"Dans un contexte global de prévention du suicide, le directeur général  de la police a commandé en octobre 2010 une étude à l'Inspection générale de la police nationale, précise toutefois Pascal Garibian, porte-parole de la police nationale. Les groupes de travail missionnés pour cette étude remettront prochainement leurs préconisations sur le port et la conservation de l'arme".

La règlementation actuelle prévoit qu'un fonctionnaire de police ne peut posséder une arme que sur le ressort territorial où il exerce. A son domicile, il est tenu de la ranger dans un coffre ou une mallette sécurisée après avoir pris soin de dissocier le chargeur de l'arme. S'il prend des congés supérieurs à cinq jours, son arme doit être conservée au sein de son service, dans un coffre.

Une meilleure prévention et une meilleure formation avant tout

Egalement interrogés par TF1 News, les syndicats de policiers ne sont pas favorables à un changement de la règlementation actuelle. "De part son statut, le policier est en service 24h/24 et 7jours/7 et peut donc être amené à utiliser à tout moment son arme pour se protéger lui ou pour protéger autrui dans le cadre de la légitime défense", rappelle Mohamed Douhane, de Synergie Officiers, 2e syndicat chez les officiers de police. "Laisser les armes au commissariat nécessiterait des infrastructures qui n'existent pas aujourd'hui", précise Yannick Danio, porte-parole d Unité Police SGP-FO, le premier syndicat de gardiens de la paix.  

En revanche, prévention et formation pourraient être nettement améliorées. "Certes, pour ce qui est des suicides, posséder une arme sur soi peut faciliter le passage à l'acte, mais la prévention ne peut pas passer par le seul retrait de l'arme à un policier, estime Mohamed Douhane.  "La solution passe par un meilleur suivi psychologique de ces fonctionnaires qui épongent au quotidien les drames de la société, complète Yannick Danio. Les débriefings, qui devraient être quotidien, ne sont presque jamais faits", regrette-t-il.

Et pour éviter les dérapages ou les accidents dramatiques, comme celui du week-end dernier à Carrières-sous-Poissy, les deux syndicats recommandent d'accroître la sensibilisation à la sécurité de l'armement lors des formations des jeunes recrues. "La formation actuelle sur l'utilisation et l'appréhension de l'arme est bien trop pauvre, constate ainsi Yannick Danio. Et de s'interroger :"est-il normal que les policiers travaillant dans des unités spécialisées (terrorisme, banditisme...) puissent tirer des centaines de cartouches par an alors que, pour des questions d'économies, un gardien de la paix, pourtant confronté à toutes sortes de situation chaque jour sur la voie publique, ne puisse tirer que 30 cartouches", déplore-t-il.

Par Alexandra Guillet le 19 octobre 2011 à 06:00
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29 Commentaires

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  • crippler974, le 19/10/2011 à 19h09

    Les Gendarmes aussi ont l'obligation d'intervenir lors de la constatation d'un crime ou délit en dehors du service. En dehors du service, il n'est pas armé, mais il doit intervenir sinon retrouve en état de prévarication (Grave manquement d'un fonctionnaire, d'un homme d'État, d´un juge aux devoirs de sa charge (abus d'autorité, concussion)).

  • maiden32, le 19/10/2011 à 15h43

    @bebert59560, petite explication vis à vis de vos propos: étant moi même fonctionnaire de police, je me permet de vous apporter une réponse par rapport à vos explications... le fait d'être aux 35 heures n'à rien avoir avec le fait d'être de service 24/24, il s'agit juste d'une obligation d'intervention. Par exemple, vous assistez à une agression en dehors de vos heures de services, vous devez intervenir. Il s'agit de la différence entre un fonctionnaire et un flic: le fonctionnaire travaille de 8h à 12h et de 14h à 18h30, pas le flic. Ensuite, pour ma part, j'ai des vacations de 8h10 (fin de service à 21h pour reprendre à 05h par exemple)... faites un calcul rapide sur une base de 5 jours travaillés... on est loin des 35 heures (40 heures 50). Je ne me plains pas, je l'ai choisis et je ne le regretterais jamais mais cela me fais sourire quant des gens viennent expliquer mais qu'ils ne savent pas . Ce n'est pas du dénigrement vis à vis de votre analyse, juste une constatation...

  • choupette2950, le 19/10/2011 à 15h39

    Bebert 59560, ou avait vous vu que les policiers sont aux 35h!!!! mon epoux est policier et je peux vous affirmer qu'ils ne sont pas aux 35h! comme pour bcq de corps de métiers les 35h ne s'appliquent pas!

  • grognir, le 19/10/2011 à 14h44

    Bine sûr, c'est connu, les pompiers se déplacent sur les feux avec leur extincteur personnel...

  • patrolman, le 19/10/2011 à 14h29

    Alors il ne faut pas leur demander d'intervenir hors service, comme c'est prévu par la Loi.

  • belialgoth, le 19/10/2011 à 14h21

    Et alors? S'ils se suicident ensuite sur leur lieu de travail, on fait quoi??? Qui se pose ces questions stupides???

  • gui77, le 19/10/2011 à 13h42

    La difference tient au statut. Pour des raisons de sécurité anciennes, les militaires (donc les gendarmes) n'ont pas le droit d'être armé hors de leur service mais ont le droit d'être en tenue. Le but? éviter les coups d'état militaire. Risque dépassé certes de nos jours mais en est on sur au point de le reprendre? Les policiers c'est l'inverse. Afin d'assurer qu'il n'y ai pas d'abus ils n'ont pas droit dêtre en tenue en dehors de leur service mais la loi les OBLIGEANT à intervenir lors de la constatation d'un crime ou d'un délit sur le territoire nationale ils ont la possibilité d'être armé afin de pouvoir se protéger ou proteger autrui si nécessaire. Maintenant l'obligation d'intervention ne nécessite pas forcement l'usage d'une arme ou une intervention physique (une alerte peut suffire) mais si vous tombez sur une personne en train de tirer sur quelqu'un il est difficile de ne rien faire. Voilà pour les explications.

  • boubounico, le 19/10/2011 à 13h34

    Si les policiers ressentent du mal être, c'est tout simplement parce qu'on ne leur donne aucun droit dans l'exercice de leur devoir. Donnons leur les moyens d'exercer pleinement leur partie du pouvoir judiciaire! Payons les à leur juste valeur! Et là on aura non seulement une police qui se porte mieux, mais aussi un pays en voie de guérison interne.

  • kline17, le 19/10/2011 à 12h59

    Tout à fait d'accord. Ca ne changera rien.

  • bebert59560, le 19/10/2011 à 12h53

    @celyna1963 OPJ et APJ en l'occurrence, officier et agent de police judiciaire est une fonction qui n'a absolument rien à voir avec le port et l'usages des armes de service 2- les policiers qui bénéficient des 35 heures ne sont pas de service 24/24 loin s'en faut récupération des heures supplémentaires oblige! Ce n'est pas du dénigrement mais une simple constatation!.salutations.

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