ARCHIVES

Faux scandale d'espionnage : Renault envisageait un suicide chez ses cadres


le 12 octobre 2012 à 07h23 , mis à jour le 12 octobre 2012 à 07h55.
Temps de lecture
4min
Renault constructeur automobile

Le siège du constructeur automobile Renault à Boulogne-Billancourt / Crédits : ABACA

À lire aussi
Faits diversSelon des documents révélés vendredi par France Inter et France Info, la communication du groupe automobile avait préparé, début 2011, des communiqués en cas de suicide des cadres licenciés sur la base de fausses accusations d'espionnage.

Tout avait commencé, début 2011, par des accusations d'espionnage au sein de Renault au profit d'une filière internationale organisée. La cible désignée : un projet de voiture électrique du constructeur. Au sein de Renault, trois cadres soupçonnés d'avoir joué un rôle dans ces fuites se retrouvaient convoqués, licenciés, malgré leurs protestations d'innocence, et au milieu d'une véritable tempête médiatique. Parallèlement, une plainte était déposée ; et dès la révélation de ce qui apparaissait alors comme une affaire d'espionnage industriel, la DCRI (la Direction centrale du renseignement intérieur) était saisie. Mais rapidement, les accusations se dégonflaient. L'affaire prenait une tournure totalement différente, surtout après la découverte d'un enregistrement où les dirigeants de Renault se montraient embarrassés de ce "faux scandale". L'affaire d'espionnage se transformait dès lors en affaire d'escroquerie, avec fausses accusations et faux informateur, le tout monté de toutes pièces.
 
Victimes de ce faux scandale d'espionnage, les trois cadres mis à pied n'avaient eu aucune possibilité de se défendre. L'absence même d'élément tangible à leur encontre n'avait pas retardé leur éviction par Renault. Soumis à une telle pression, comment devaient réagir les cadres licenciés ? Le constructeur, apparemment, s'était posé la question. Et avait envisagé le pire : de nouveaux documents (en l'occurrence, des échanges de mails), saisis par la DCRI il y a quelques mois lors d'une perquisition, et révélés ce vendredi matin par Le Parisien et France Info, montrent que la communication de Renault avait préparé des communiqués en cas de suicide de l'un des salariés mis en cause. Il est vrai que le groupe avait déjà connu des cas de suicides de cadres à son Technocentre de Guyancourt.

Que dire si un cadre commettait "l'imparable" ?

Selon France Info, c'est avant même la convocation des cadres accusés pour un entretien préalable au licenciement, à l'issue d'une réunion de crise organisée dans la nuit du 10 au 11 janvier 2011, que la patronne de la communication de Renault avait demandé à ses collaborateurs de plancher sur une déclaration à diffuser au cas où l'un des accusés commettrait "l'imparable" (entendre par là : "l'irréparable"). Deux communiqués type avaient même été préparés, l'un envisageant une tentative de suicide avortée, l'autre envisageant la mort de l'un des cadres. Des fac-similés de ces projets de déclarations ont été mis en ligne sur le site de France Info. Selon les "options" envisagées, le texte variait peu. La première version mentionne ainsi : "L'un des 3 cadres mis à pied le 3 janvier 2011 a tenté de mettre fin à ses jours (date)". La deuxième note : "L'un des 3 cadres mis à pied le 3 janvier 2011 a mis fin à ses jours le (date)."

Dans l'une ou l'autre de ces "options" envisagées, le texte poursuit : "Toute l'entreprise est profondément ébranlée par la gravité de ce geste (...) Depuis le début de cette affaire, Renault a toujours veillé à préserver l'identité de ses cadres, dans le plus strict respect des personnes concernées. Face à ce geste qui nous bouleverse, nous entendons maintenir notre position et ne pas faire de commentaires. C'est bien de la dignité des personnes dont il est question ici." "L'option 2", celle qui envisage une tentative de suicide débouchant sur la mort du cadre concerné, ajoute que l'entreprise "pense particulièrement à la famille de M. XXX". Et France Info d'ajouter : "Renault avait donc conscience, semble-t-il, des risques psycho-sociaux qu'encouraient les trois salariés mis en cause puis licenciés." Tout en soulignant : "Le problème, au-delà du cynisme de la démarche, c'est que Renault n'aurait peut-être pas proposé d'assistance médico-psychologique à ses salariés. "Elle était prête", mais elle n'a pas été proposée reconnaît-on dans l'entourage de la direction."

Contactée par Le Parisien, Frédérique Le Grèves, qui était à l'époque directrice de la communication du groupe, et qui est désormais chef de cabinet de Carlos Ghosn, a reconnu avoir demandé à ses services de préparer ces projets de communiqués : "C'était de l'anticipation pure, des éléments de langage pour être prêt à répondre aux journalistes". Depuis que l'affaire d'espionnage s'est transformée en affaire d'escroquerie, et que les accusations se sont révélées non fondées, les cadres licenciés à tort ont été indemnisés. L'affaire a entraîné la démission de Patrick Pélata, numéro deux de Renault, et le débarquement de six autres responsables.

Commenter cet article

  • ray5555 : Toutamis : Oui oui, des exemples...

    Le 12/10/2012 à 13h33
  • alain-paris : @toutamis : et après, ils se plaignent qu'on aime pas les entreprises, les entrepreneurs.....

    Le 12/10/2012 à 11h44
  • toutamis : Parce que tu crois qu'il n'y a que ses grosses boites qui agissent comme ça ? Je peut te citer quelques exemples si tu veux

    Le 12/10/2012 à 10h12
  • vercingetorix57 : Je confirme, travaillant moi-même pour un grand groupe, je ne suis à leurs yeux qu'un numéro et rien de plus !

    Le 12/10/2012 à 09h59
  • al38240 : L'Etat est aussi actionnaire chez Renault.

    Le 12/10/2012 à 09h41
      Nous suivre :

      Entre Morano et Philippot, ça clashe, ça clashe...

      logAudience