La décision de justice ne passe pas. Plusieurs centaines de policiers ont manifesté mercredi soir à Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour exprimer leur "colère" après la mise en examen pour "homicide volontaire" d'un de leur collègue, accusé d'avoir tué un malfaiteur d'une balle dans le dos. Après ce premier rassemblement, les policiers en colère se sont ensuite regroupés en un cortège d'une centaine de voitures en milieu de soirée sur les Champs Elysées. Ils avaient exprimé leur intention de se rendre devant le ministère de l'Intérieur, place Beauvau, dont l'accès a été bloqué par les forces de l'ordre, qui les ont cantonnés sur l'avenue des Champs Elysées. Une délégation des trois syndicats de gardiens de la paix devait être reçue dans la soirée au ministère de l'Intérieur, selon la place Beauvau.
Auparavant, les fonctionnaires de police, venus de Seine-Saint-Denis mais aussi de départements voisins, s'étaient réunis vers 19h30 à l'appel de plusieurs syndicats devant la Direction territoriale de la sécurité de proximité (DTSP), à Bobigny, après avoir appris la mise en examen en fin d'après-midi du gardien de la paix. "Nous avons voulu lui témoigner notre soutien, de façon spontanée. Les policiers sont très remontés. Ce qui est arrivé à notre collègue nous semble incompréhensible", a assuré le secrétaire général du syndicat SGP-FO Unité, Nicolas Comte. "Nous ne nions pas le fait que la justice doive faire son travail. Mais la qualification d'homicide volontaire retenue par la juge est incompréhensible, tout comme l'interdiction d'exercer la profession de policier, qui va le priver de son salaire", a-t-il poursuivi.
Version mise à mal
Selon un policier de 34 ans qui n'a pas souhaité donner son nom, "ce qui est arrivé" au policier mis en cause "pourrait arriver à n'importe quel policier travaillant sur la voie publique, à n'importe quel moment". "D'un côté, on nous donne des armes pour qu'on puisse se défendre, mais de l'autre, quand on les utilise face à des malfaiteurs armés, on se retrouve avec une condamnation à la clé", a-t-il regretté, assurant se sentir "méprisé" par la décision de justice.
Le policier mis en cause, âgé de 33 ans, a été mis en examen pour "homicide volontaire" par le juge d'instruction après 48 heures de garde à vue, sa version de la légitime défense ayant été mise à mal par l'autopsie et un témoignage, selon lesquels la victime a été tuée d'une balle dans le dos. Le policier mis en examen se trouvait avec trois collègues samedi soir, à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), lorsqu'il a pris en chasse le malfaiteur, âgé de 28 ans, et dont le casier judiciaire portait mention de "onze condamnations, notamment criminelles pour des faits de vols avec arme".
| L'UMP s'en prend aux juges |
L'UMP a accusé "certains juges" de "n'appliquer que la présomption de culpabilité" en oubliant "la présomption d'innocence" face à "certains policiers", après cette mise en examen d'un fonctionnaire de police pour homicide volontaire. Dans un communiqué, Bruno Beschizza, secrétaire national de l'UMP, a affirmé "son soutien aux policiers de la Seine-Saint-Denis ayant manifesté mercredi soir". "Je comprends l'émotion des policiers de Seine-Saint-Denis, qui exercent un métier d'une extrême difficulté. Il appartient à la justice de faire la lumière sur ce qui s'est passé", a déclaré pour sa part le ministre de l'Intérieur Claude Guéant. |






