Pourquoi une telle violence chez les mineurs délinquants ?

Par , le 25 novembre 2011 à 19h15 , mis à jour le 25 novembre 2011 à 19h29

INTERVIEW - Pour Arnaud Verhille, commissaire dans le 18e arrondissement de Paris confronté quotidiennement à la violence des mineurs, il existe un lien direct entre l'hyperviolence et le niveau culturel de ces jeunes.

cellule garde à vue délinquant mineur Image d'archives © DR

Même si, pris dans son ensemble le niveau de délinquance chez les jeunes reste stable, il y a des faits qui choquent, comme la récente mort d'Agnès, adolescente de 13 ans violée et tuée à Chambon-sur-Lignon par un camarade de 17 ans, ou la mise en examen ce jeudi, dans les Yvelines, d'un garçon de seulement 11 ans pour le viol d'une enfant de six ans. Et il y a certains chiffres qui font froid dans le dos. Ainsi, Selon l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), le viol est la première cause de condamnation de mineurs pour crimes. En 2010, sur les 5.388 viols de mineurs, 40,9% ont été commis par d'autres mineurs. 

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Toujours selon l'ONDRP, entre deux et cinq mineurs sont tués par d'autres mineurs tous les ans et 46% des vols avec violence commis en France en 2010 l'ont été par un mineur. Et les filles mineures y prennent de plus en plus part (+ 34% en cinq ans), bien qu'elles ne représentent que 3% des mis en cause en 2010. Le commissaire Arnaud Verhille, chef du service d'accueil et d'investigation de proximité du commissariat central du 18e arrondissement du Paris, répond aux questions de TF1 News.

TF1 News : Sur le terrain, faites-vous le même constat que ce que rapporte l'Observatoire national de la délinquance ?
Commissaire Arnaud Verhille :
Mon constat est double, car paradoxal. Dans un premier temps, on note, d'une année sur l'autre, une certaine stabilité du nombre de mineurs impliqués dans la délinquance en générale. Ils représentent environ 20% des délinquants que l'on traite. Donc il faut faire attention à ne pas trop les stigmatiser.

Néanmoins, ce que l'on observe de plus en plus, c'est une disproportion totale entre le but poursuivi par le délinquant et la violence déployée pour l'atteindre. Concrètement, quand on veut arracher le téléphone portable des mains d'une femme d'une soixantaine d'années qui marche dans la rue et qu'on est trois ou quatre jeunes dans la force de l'âge en face, est-il nécessaire de la passer littéralement à tabac devant tout le monde avant de partir en courant ?

TF1 News : Dans quels types de faits sont-ils le plus impliqués et quel âge ont ces mineurs ?
A.V.  :
Les vols et les violences constituent le gros des affaires. Les agressions sexuelles viennent ensuite. La délinquance violente était jusque là plutôt concentrée sur la tranche des 16-18 ans. Mais maintenant, elle concerne beaucoup la tranche des 13-16 ans. En dessous de 13 ans, cela reste beaucoup plus rare.

TF1 News : Quand vous les avez devant vous, au commissariat, ces jeunes ont-ils conscience de la gravité de leur hyperviolence ?
A.V. :
Vous touchez du doigt une difficulté majeure dans le cadre de nos auditions : que ce soit les policiers ou les psychologues on fait tous le constat d'une absence assez générale de représentation de la gravité de l'acte. Le respect de la personne ou des biens, ça ne leur parle pas. Ils ont un désir d'appropriation, donc ils l'exécutent, y compris de manière violente. La plupart sont dans un phénomène de bande ou de gang, ils s'inspirent des séries américaines pour se forger tout un imaginaire qui finit par les déconnecter de la société et les rendre totalement étrangers aux souffrances qu'une victime peut ressentir quand elle a été massacrée pour seulement 20 euros.

Ce n'est pas qu'ils n'ont pas de sentiment mais il y a derrière un problème de représentation d'une certaine morale que, normalement, l'on développe tous au sein de la famille. Et ce que l'on constate, c'est qu'il y a une carence parentale systématique derrière tout ça.  

TF1 News : La déficit de l'autorité parentale, c'est le point commun de tous ces jeunes ?
A.V. : Pas seulement. Psychologues comme policiers, nous faisons un lien immédiat entre le niveau de violence exprimé par un mineur et son niveau de langage, c'est-à-dire sa capacité à exprimer les choses par des mots et donc à avoir une maturité intellectuelle. C'est assez flagrant. Cela fait que, pendant les auditions, le dialogue s'arrête souvent très vite. Ils sont méfiants de notre monde "construit", ils ont l'impression de ne pas être compris et sont du coup très agressifs.

Il peut s'agir de jeunes issus de l'immigration qui connaissent des problèmes d'insertion entre leur milieu familial, resté très traditionnel et, en même temps, la vie que l'on mène dans un pays comme le nôtre où il y a beaucoup de désir d'appropriation, ce qui entraîne des vols. Et il y a aussi beaucoup de mineurs auteurs d'agressions sexuelles qui vivent dans des structures familiales un peu anciennes, qui ont une représentation de la femme différente de la nôtre, où il y a parfois de la violence et où souvent, pour des questions de places ou d'habitudes, les frères et sœurs dorment ensemble par exemple. Tout cela se mélange dans leur esprit et produit de la délinquance ou de la violence sexuelle beaucoup plus tôt qu'auparavant.

TF1 News : Et comment expliquer l'augmentation de la délinquance chez les filles ?
A.V. :
C'est une façon pour elles de s'intégrer dans les quartiers, dans les groupes de garçons, d'avoir les mêmes choses qu'eux...
 
TF1 News : Quelle(s) solution(s) faut-il adopter selon vous ?
A.V.  :
Beaucoup d'outils, y compris législatifs, existent aujourd'hui. Sont-ils vraiment adaptés à la violence que l'on décrit et au rajeunissement de la délinquance ? Ce qui est certain c'est, qu'à un moment donné, on ne peut pas faire l'économie d'extraire le mineur de son environnement et rétablir un peu d'autorité. Car tant qu'il sera confronté à des codes culturels parallèles, à des grands frères qui trafiquent et véhiculent des contre-valeurs ou à des parents qui ont des difficultés d'autorité, vous ne construirez rien avec ce mineur.





A lire
Liaisons, le magazine de la préfecture de police de Paris qui consacre son dernier numéro de l'année à la violence des jeunes (5 euros, en librairie)
Par Alexandra Guillet le 25 novembre 2011 à 19:15
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22 Commentaires

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  • morob..., le 29/11/2011 à 14h45

    Pourquoi???il faut reprendre la bonne vieille éducation d'avant c'est à dire la bonne vieille baffe, la bonne vieille branlée, redonner leur bonne vieille autorité aux profs etc etc et ça ira certainement mieux! garanti!

  • lannaah, le 27/11/2011 à 08h51

    C'est très intéressant d'avoir les chiffres sous les yeux, d'avoir l'avis d'un professionnel et de constater que le manque de Morale et le laxisme des parents est bien responsable de cette violence. Ils veulent tout et tout de suite, tout petit, ils ont tous les droits, donc pour eux, pourquoi ça ne continuerait pas.......

  • samette69, le 27/11/2011 à 08h12

    Je suis choquée par l'interview qui une fois de plus met en avant l'immigration... IL me semble que l'agresseur d'Agnes ne soit pas issu de l'immigration, tout comme ce jeune violeur, tout comme la majorité des agresseurs sexuels les plus redoutables adultes ou mineurs qui ont fait la une des journaux ces derniers temps... A mediter

  • chtiobaptiste, le 27/11/2011 à 08h06

    Vous avez raison, j'ai répondu un peu vite en pensant que la petite fille aurait pu être MA petite fille. Mais.......

  • chelly808, le 27/11/2011 à 04h52

    Bien joli tout ce blabla, mais seule la repression peut les faire flechir et reflechir...

  • gau-57, le 27/11/2011 à 03h55

    Faut arrêter de dire "ce sont les parents", "c'est la télé", "ce sont les fréquentations". C'est un tout en fait. Que ça vienne d'un milieu social je ne suis par contre pas d'accord, car bon nombre de délinquants viennent de petits villages et veulent se faire "respecter" quand ils arrivent dans les collèges et lycées des grandes villes. Le véritable problème est justement cette notion de respect que la télé forge sur la loi du plus fort, que les copains en font l'apologie du mal et que les parents ont bien du mal à faire rentrer dans les têtes ou simplement qu'ils n'en n'ont pas envie ou le temps. Je ne sais pas si je m'exprime bien, c'est un peu délicat, mais effectivement, plus on avance dans le temps, moins ça va. Il nous manque le temps du professeur des écoles sévère, avec la trique à la main et dont on craignait l'autorité (ainsi que celle des policiers, maires, garde-champêtres etc)

  • _mike, le 27/11/2011 à 00h10

    C'est une façon de vivre, un jeune entouré de violence deviendra violent c'est aussi simple que ça. Quand ce ne sont pas les parents qui en sont la cause ce sont les fréquentations et quand cela se déroule, les parents l'ignorent ou alors sont devenu incapable d'exercer une influence sur leur propre enfant. Le jeune violent car "il est rejeté du système scolaire" ou encore "il ne trouve pas de travail" est devenu rare, faut pas se voiler sur ça. C'est de la "voyoucratie" comme le dirait Sarkozy, rien de plus !

  • seiyar70, le 26/11/2011 à 14h59

    Vous mettez la télé responsable de ces comportements à 90% je mets ces 90% sur le dos de l'éducation parentale inexistante

  • missbrune_1, le 26/11/2011 à 10h43

    Réponse idiote ! Vous n'êtes pas au dessus de tous pour trouver des solutionsz, surtout celle que vous exprimez.

  • moosehead25, le 26/11/2011 à 10h25

    Brrrrrrrrrrr.......je tremble !

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