TF1 News : Quelques jours après les événements de Grenoble, des policiers ont à nouveau été victimes de tirs, l'un sur sa maison, près de Lyon, les autres sur leurs véhicules à l'occasion de patrouilles à Auxerre et Villiers-le-Bel, sans qu'il y ait de blessés. La réponse politique du chef de l'Etat vous semble-t-elle adaptée ? Proposant de mettre à l'émende les municipalités ne respectant pas leurs obligations en matière de sécurité, Christian Estrosi s'en prend aux mairies de Lille et Grenoble, tenue par le PS qui réplique. La polémique monte. Christian Estrosi appelle à "l'union sacrée" contre l'insécurité et dénonce les municipalités "qui ne se conforment pas à leur obligation". Parmi elles, selon lui, Lille, ville de... Martine Aubry et Grenoble, tenue aussi par le PS qui lui répond. Brice Hortefeux a installé jeudi le Groupe d'intervention régional de l'Isère. Sa mission : sécuriser les quartiers sensibles de Grenoble. Les trois derniers hommes encore en garde à vue après une vaste opération de police à Grenoble mercredi, liée au braquage du casino d'Uriage, ont été remis en liberté jeudi sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux. Le ministre de l'Intérieur a effectué une patrouille dans la nuit de mercredi à jeudi avec la Brigade anticriminalité de Grenoble dans les quartiers sensibles de la ville.
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Yannick Danio, délégué national du syndicat Unité SGP Police FO : la situation s'aggrave quasiment quotidiennement puisqu'aujourd'hui on n'hésite plus à tirer sur le domicile d'un policier. Des caps ont été franchis, depuis un petit moment déjà. Il y a une banalisation de la violence dans la société. Violence dont les policiers sont les premières victimes puisqu'ils sont toujours en première ligne pour intervenir. Or, il continue d'y avoir un réel décalage entre le discours politique, et ce que nous vivons nous, policiers, sur la voie publique.
On manque cruellement d'effectifs car non seulement le policier doit être là pour réprimer mais aussi pour prévenir. Cet aspect prévention a totalement disparu depuis presque dix ans maintenant. On ne cesse de le dire mais nous ne sommes pas entendus. Une bonne police de proximité est une source de renseignements importante. On n'aura jamais une police efficace sans cet aspect. Pour endiguer la violence, il faut des policiers en permanence sur la voie publique.
TF1 News : Pour Grenoble, le chef de l'Etat a toutefois annoncé l'envoi de renforts policiers et le ministre de l'Intérieur a mis en place ce jeudi un Groupement d'intervention régional. Cela semble aller dans le bon sens ?
Y.D. : En 20 ans, l'agglomération grenobloise s'est enrichie de 20 000 habitants et dans le même temps, la police a perdu 120 fonctionnaires. Ce prorata ne peut évidemment pas fonctionner. Pour faire à la situation actuelle, Grenoble a besoin de plus de policiers de terrain, de plus de policiers expérimentés. Or, quelques jours à peine après l'annonce par le chef de l'Etat de l'envoi de 30 policiers en renforts, ce qui n'est déjà pas assez, on s'est aperçu que sur la quarantaine promise, on compte nous envoyer 21 adjoints de sécurité (ADS). Or, les ADS qui n'ont qu'un rôle de supplétif, d'adjoint au gardien de la paix. Mieux encore, il se trouve que d'ici la fin de l'année 21 policiers de terrain vont quitter la circonscription, suite à des mutations ou des départs en retraite. Ils ne seront que 17 à être remplacés. Donc le compte n'y est vraiment pas. On reste dans la communication politique.
C'est un peu la même chose pour les groupes d'intervention régionaux. Les GIR permettent aux différentes administrations de travailler en commun et c'est une très bonne chose. Ces structures, ce sont un peu les incorruptibles contre la criminalité qui génère beaucoup d'argent. Le problème, c'est qu'il faut leur donner les moyens de fonctionner. On nous promet que ce sera le cas pour Grenoble mais quand on regarde la politique des GIR menée jusque là, on peut en douter.
TF1 News : Concernant les suites de l'enquête sur le braquage du casino d'Uriage, les quatre suspects interpellés mercredi ont tous été relâchés sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux, c'est un échec ?
Y.D. : Ce n'est pas un échec. Nous étions dans le cadre d'une procédure judiciaire placée sous la responsabilité d'un juge d'instruction. Ces personnes n'ont pas été prises au hasard. C'est parce qu'il y avait suffisamment de preuves pour estimer qu'elles auraient des éléments à nous donner pour permettre de procéder à l'interpellation du fugitif qui accompagnait le braqueur décédé, ainsi que des personnes ayant participé aux violences par la suite. Nous avons suffisamment dit que nous étions face à un réseau de criminalité organisé. Le braqueur et son complice ne sont pas des voleurs de mobylettes...
TF1 News : Quelle est ambiance au sein de la police à Grenoble aujourd'hui ?
Y.D. : L'ambiance est particulièrement lourde parce qu'il y a eu un mort, le braqueur, le 16 juillet dernier et parce que depuis y a eu des menaces directes contre les policiers. Il faudra beaucoup de temps pour que cela revienne. Ce sont des images qui restent à jamais gravées.
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