La situation est presque unique dans l'histoire de la lutte antiterroriste en France. Les négociations entre les policiers du Raid et Mohammed Merah, tueur présumé de sept personnes, durent maintenant depuis plus de 30 heures. C'est l'une des plus longues menées le raid, unité d'élite de la police. Entamée mercredi vers 3h, cette négociation se poursuivait jeudi matin.
Il faut remonter au 15 mai 1993 pour trouver dans l'histoire du Raid une opération plus longue. Après deux jours de négociations, les policiers avaient donné l'assaut dans une maternelle à Neuilly, dans les Hauts-de-Seine, où des enfants et une institutrice étaient retenus en otages depuis 46 heures par un ancien militaire, Erick Schmitt, Human Bomb. Celui-ci avait été tué dans l'attaque mais il n'y avait eu aucune victime parmi les otages.
Le prendre vivant
Alors pourquoi, dans la situation de Toulouse, sans otage, sans civils autour, le Raid n'a pas donné l'assaut plus tôt ? Amaury de Hauteclocque, patron du Raid depuis 2007 et qui dirige les opérations à Toulouse, a raconté dans un livre paru en 2007, Histoires du Raid, cet "exercice subtil" que constitue la négociation. Il explique que c'est une "marque de fabrique" du Raid de négocier sans violence, et que c'est "sur cette capacité à résoudre une crise" par elle, "sans tirer un coup de feu, que le Raid s'est fait connaître et respecter" dès sa création, il y a plus de 25 ans. Du temps, donc, plutôt que de procéder à une intervention précipitée, en risquant de tuer le suspect, ou de le pousser au suicide.
"Nous espérons éviter l'assaut parce que nous souhaitons prendre Mohamed Merah vivant afin qu'il puisse être jugé", a dit mercredi soir le ministre de l'Intérieur Claude Guéant pour expliquer pourquoi les unités d'élite ne passaient pas à l'action. Le procureur de Paris François Molins avait parlé de "plusieurs tentatives d'entrer" dans l'appartement toulousain dans lequel s'est retranché Merah, qui ont donné lieu à chaque fois à une "réplique" à l'arme à feu. Mohamed Merah est suspecté d'avoir assassiné froidement trois enfants et un enseignant juifs à Toulouse ainsi que trois parachutistes: deux à Montauban et un à Toulouse.








