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Tuerie de Chevaline : Comment faire parler une enfant de 4 ans ?

Alexandra Guillet par
le 07 septembre 2012 à 16h06 , mis à jour le 08 septembre 2012 à 00h02.
Temps de lecture
4min
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Faits diversINTERVIEW - Les enquêteurs sont à pied d'oeuvre pour tenter de comprendre le quadruple meurtres perpétré mercredi à Chevaline en Haute-Savoie. La fillette de quatre ans retrouvée miraculée, a été auditionnée entre jeudi et vendredi. Comment procède-t-on à ce type d'entretien ? Que peut-on en attendre ?

TF1 News : Comment faites-vous pour interroger une victime âgée de seulement quatre ans ?
Adjudante Delphine JOSSE, chargée de l'audition des mineurs victimes au sein de la Brigade de prévention de la délinquance juvénile de l'Essonne
: Tout d'abord,  pour qu'il puisse s'exprimer, il est important que l'enfant ait confiance en l'enquêteur. Durant cette phase de mise en confiance, il faut être très présent, lui expliquer qui nous sommes, notre mission...  C'est également pour créer cette confiance que l'entretien doit se faire avec un interlocuteur unique. Et on essaie de faire en sorte que l'enfant ne parle à personne d'autre avant. Nous allons alors lui expliquer pour quelles raisons on a besoin de son témoignage et de lui faire revivre ce moment douloureux. Notre mission première est en effet de protéger. Et pour protéger, on doit savoir ce qui s'est passé.  Toute la difficulté dans l'affaire de Haute-Savoie est le barrage de la langue. Il doit y avoir un interprète au milieu de l'enquêteur et de l'enfant, ce qui risque de parasiter un peu la relation de confiance. 

TF1 News : Quelles sont vos techniques pour arriver à faire parler un enfant si jeune ?
D.J.
: Il y a des enfants qui, à 4 ans, savent très bien verbaliser. Dans ce cas c'est assez simple. S'il y a un blocage psychologique, on va le faire dessiner et, surtout, lui demander d'expliquer ce qu'il a représenté. On peut aussi prendre des poupées et lui demander de représenter la scène avec ces poupées. De temps en temps, quand c'est vraiment trop dur pour l'enfant de nous expliquer ce qui s'est passé, nous lui montrons une peluche, par exemple un Mickey, et nous lui demandons de nous dire ce que Mickey aurait vu s'il avait été sur place avec lui. Cela peut parfois permettre à l'enfant de décaler son regard et de parler plus facilement.  

TF1 News : Où sont entendus ces enfants ?
D.J.
:  Dans chaque brigade de protection des mineurs de la gendarmerie nationale, nous avons une salle appelée "Mélanie". Ces salles sont équipées d'une caméra et de micros et elles sont décorées pour accueillir des enfants. Le but est de montrer que même si nous sommes des gendarmes, nous sommes d'un genre particulier puisque nous sommes là uniquement pour aider les enfants.

TF1 News : Combien de temps dure une audition ?
D.J. :
Cela varie en fonction de l'âge de l'enfant. Si la victime a moins de 6 ans, nous savons que nous aurons 10 à 15 minutes maximum d'audition avec l'enfant. Après, c'est fini, l'enfant fatigue, il veut que cela s'arrête et il y a alors un réel risque qu'il réponde dans le sens de ce que l'enquêteur veut entendre pour avoir la paix. C'est pourquoi on essaie d'aller droit au but, en évitant certaines questions inutiles comme "T'es en quelle classe, comment cela se passe ?". De même, on sait qu'avec un enfant de quatre ans, il y a des détails que l'on ne pourra pas avoir, comme les notions de temps.  On essaie aussi de faire le moins d'entretiens possible car, à chaque fois, l'enfant doit revivre la scène et c'est un peu cruel.

Pour les enfants qui ont 7 ans et plus, en revanche, l'audition peut durer plus longtemps car la victime sait bien parler, elle a la capacité de se concentrer plus longtemps et de donner plus de détails. Et si elle bloque au niveau de la parole, elle a la possibilité de passer par l'écriture.   

TF1 News : Comment s'assurer de la véracité du récit d'un enfant si jeune ?
D.J. :
Pour s'assurer de la crédibilité d'un témoignage, nous prenons certaines précautions. Dans un premier temps, nous allons favoriser le récit libre par l'enfant. Et on ne va pas lui demander de "raconter" ce qui s'est passé, car ce mot évoque les "histoires", mais on va lui demander de nous "dire" ce qui s'est passé.

Ensuite, toutes les questions que nous posons ne doivent jamais être fermées et ce ne sont jamais des questions avec un choix. Il faut qu'à aucun moment on puisse dire "l'enquêteur a amené l'enfant à répondre que". Ensuite, on va visionner l'audition, s'attacher aux attitudes corporelles de l'enfant. On va s'intéresser à la spontanéité de l'enfant, mais aussi aux détails extérieurs éventuellement donnés par l'enfant. Des détails auxquels un enfant qui inventerait une histoire ne penserait pas, comme le passage d'une voiture rouge au loin etc...

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  • juigne11 : ça ne doit pas être evident

    Le 07/09/2012 à 16h59
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