TF1-LCI - Corinne François, le 15 septembre 2006 © TF1-LCIUn sombre air de déjà-vu. Soupçonné d'agressions sexuelles sur ses trois enfants, un couple de Calaisiens a été innocenté jeudi par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer. Après 22 mois de détention préventive. Après 22 mois de prison pour rien.
L'affaire commence en octobre 2002. Corinne, une jeune femme de 32 ans, ne va pas très bien. Son mari vient d'être arrêté pour agressions sexuelles sur leurs trois enfants, un garçon et deux filles âgés de 5 à 10 ans. Corinne est sans profession et financièrement, c'est dur. Alors elle demande de l'aide au Conseil général du Pas-de-Calais. Ses enfants sont placés dans des familles d'accueil. La vie continue bon gré, mal gré. Corinne rencontre un homme. Franck, 29 ans, travaille comme vigile sur des sites industriels. Leur histoire se passe bien. Le jeune couple souhaite récupérer les trois enfants de Corinne.
La compagne de cellule de Badaoui
Décembre 2002. Les petits confient à leurs familles d'accueil respectives ne pas être à l'aise avec leur maman. Et d'évoquer dans des termes crus ce qu'ils auraient subi. Il y a aussi ces cauchemars à répétition. Les travailleurs sociaux sont alertés ; le Parquet saisi. Le procureur demande un examen des enfants. Réponse des experts : rien d'anormal médicalement parlant. Le médecin estime pourtant que les enfants "n'affabulent pas", comme le souligne La Voix du Nord dans son édition du 9 septembre 2006. La machine s'emballe. Corinne et Franck sont arrêtés début 2003 pour viols. C'est le début de la préventive.
"Corinne partage six mois durant la cellule de Myriam Badaoui", la mère incestueuse et l'affabulatrice condamnée dans l'affaire de pédophilie Outreau, précise Me Emmanuel Riglaire, l'avocat de la jeune femme à LCI.fr. Corinne change six fois de versions. Au départ, elle nie, dit que ses enfants, déjà abusés par leur père biologique, doivent confondre. Elle accuse ensuite son nouveau compagnon. Puis elle-même. Franck lui ne cessera de clamer son innocence. Elle effectue des séjours en psychiatrie et tente de se suicider. Puis elle se rétracte : "On est innocents à 100%".
"Une confiance aveugle aux travailleurs sociaux"
En 2004, après plusieurs mois d'enquête, les accusations de viols sont levées. Les deux prévenus sortent de détention en octobre. "La machine ne se calme pas pour autant", raconte Me Riglaire à LCI.fr. Restent les agressions sexuelles. L'audience, qui a eu lieu la semaine dernière, dure plus de neuf heures. "Pour la première fois, on a pu aller au bout des choses", se félicite le défenseur de Corinne. Il s'en prend au rapport accablant du supérieur des assistantes maternelles, qui présente Franck comme "un pervers" alors qu'une enquête psychologique a montré le contraire", comme le rapporte La Voix du Nord.
"A la barre, les assistantes maternelles ont passé leur temps à se contredire", relate Me Riglaire. Il poursuit : "Les expertises médicales prouvaient que les enfants déjà traumatisés n'avaient pas été violés, c'est un gâchis humain incroyable, presque deux ans de détention, une famille déchirée tout ça parce qu'on a pas pris le temps de regarder à fond les contradictions du dossier, parce qu'on a donné une confiance aveugle aux travailleurs sociaux." Tout ça pour rien, comme déjà vu lors de l'affaire d'Outreau.
Le ministre de la Justice se dit "troublé" |
Le garde des Sceaux Pascal Clément s'est dit "troublé" vendredi par cette affaire. Il est encore "trop tôt" pour parler d'un nouvel Outreau et "il faut vérifier tout ce qui s'est passé... Cela dit, cela me trouble comme vous", a commenté le ministre. "Il est indispensable que je puisse présenter les réformes qui font suite à Outreau et cet événement vient renforcer ce côté indispensable", a-t-il ajouté. |
(Corinne vendredi/TF1/LCI)
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