Le Palais de Justice de Bobigny © TF1/LCILCI.fr : En juin dernier, Nicolas Sarkozy avait accusé de "laxisme" le tribunal pour enfants de Bobigny pour n'avoir pas prononcé "une seule décision d'emprisonnement" durant les émeutes de novembre 2005. Mercredi, le ministre de l'Intérieur a une nouvelle fois accusé la justice de "démission" face aux délinquants... C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase ?
Valérie Dervieux, procureur-adjoint (USM) : Le vase a débordé depuis longtemps ! Il n'est pas question pour nous de contester l'évolution de la délinquance des jeunes. C'est un fait. Mais à partir d'une constatation, dire que c'est la faute de la justice me parait simpliste, dangereux et incohérent avec les propos tenus par Nicolas Sarkozy d'une semaine sur l'autre. D'un côté, il dit qu'il faut mettre des caméras pour filmer les gardes à vue et les auditions chez le juge d'instruction pour "protéger" les personnes entendues. De l'autre, il juge de l'efficacité du système judicaire en comparant le nombre de personnes interpellées avec le nombre de personnes incarcérées. La question que je me pose est : "faut-il appliquer l'une ou l'autre règle en fonction des justiciables ?
LCI.fr : Vous déplorez également les propos du préfet de Seine-Saint-Denis concernant les magistrats du tribunal de Bobigny.
V. D. : Oui, car ce tribunal est l'un des plus chargés de France. Les magistrats y travaillent sous la tension et l'agressivité permanente. Cela pose une fois de plus le problème récurrent des moyens. C'est peut être bien de mettre davantage de policiers mais où est l'utilité si on ne met pas suffisamment de greffiers ou de juges. De plus, la justice n'est pas responsable des dysfonctionnements des services qui sont sous l'autorité du préfet de Seine-Saint-Denis.
LCI.fr : Mercredi, le ministre de l'Intérieur a également demandé qu'on lui explique "comment empêcher un délinquant de récidiver si l'on n'a pas le courage de le mettre en prison". Que lui répondez-vous ?
V.D. : Et moi, je lui demande comment empêcher un délinquant de récidiver si on ne lui explique rien d'autre que la prison. Si une justice efficace est une justice qui met en détention, il faut le dire ! Si la prison est une réponse à toutes les solutions, qu'on demande leur avis aux surveillants de prison, qu'on supprime les autres peines et les mesures alternatives, qu'on l'inscrive dans le code pénal !
En critiquant les institutions de la République, le ministre de l'Intérieur affaiblit l'efficacité de l'Etat. Cela signifie qu'il considère que le mode de fonctionnement de la société est perturbé par les affaires de la justice. Une fois encore, les défaillances de l'Etat aboutissent à des tensions entre services et à des mises en cause injustifiées.
(1) procureur-adjoint et membre de déléguée régionale de l'USM pour la cour d'appel de Rouen
Réagissez à la polémique entre Nicolas Sarkozy et les magistrats dans On en parle, l'émission interactive de LCI, diffusée lundi 25 septembre à partir de 9h10. Laissez votre témoignage en écrivant à onenparle@lci.fr
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