Usine Metaleurop © TF1/LCIHafid Yousfi est accusé d'avoir, entre le 16 juin et le 31 juillet 2004, braqué dans les environs de Lens, Douai et Lille six agences bancaires et deux stations-service de supermarchés, avec l'aide de son oncle Rachid pour six de ces vols à main armée. Les débats ne portent pas sur leur culpabilité, qu'ils ont reconnue tant ils ont laissé de preuves, mais sur les éventuelles circonstances atténuantes. Lors de l'examen de leur personnalité mercredi, la lente marginalisation de ces deux pères de famille a été longuement évoquée.
Tous deux ont écouté, l'un avec abattement, l'autre avec tristesse, le récit de l'engrenage dans lequel ils ont été pris. "En 2003 commence le dérapage, avec son licenciement. Hafid Yousfi ne travaille plus", témoigne une assistante socio-judiciaire qui a procédé à l'enquête de personnalité. Au total, 830 salariés sont licenciés comme lui à la suite de la fermeture brutale de la fonderie début 2003. Lui, qui est de la troisième génération d'ouvriers de la fonderie de Noyelles-Godault, et qui n'a connu que cet employeur, se retrouve désemparé comme homme au foyer. S'ensuit une séparation avec son épouse, en février 2004. "Je m'arrangeais pour manger à droite, à gauche", raconte Hafid lors de l'instruction.
"Ç'a toujours été un gentil garçon"
Rachid a toujours cumulé les intérims, dont un chez un sous-traitant de Metaleurop. Il trouve un très beau poste à l'été 2003, mais est tout de suite licencié. Quand il se retrouve chômeur en fin de droits, avec deux enfants malades et plusieurs crédits à la consommation en cours, il perd toute motivation. Hafid se met alors aux braquages, avec une arme jamais retrouvée, peut-être réelle selon les enquêteurs, factice selon l'accusé. Puis il entraîne son oncle. "Si ç'aurait été une arme réelle, Mme la présidente, le jour où j'étais devant la première banque, je pense que j'aurais attaqué rien du tout, parce que j'étais tellement au fond du trou que je me serais mis une balle dans la tête", lance Hafid, qui s'accuse d'être l'auteur principal.
Il agit huit fois à visage découvert, avec calme, ne se méfiant pas des caméras de vidéosurveillance. A six reprises, son oncle l'attend au guidon d'une moto et l'aide à s'enfuir. Ils glaneront 30.000 euros en un mois et demi. Le neveu sera reconnu par des policiers lors d'un banal contrôle routier, et livrera le nom de son complice. Le choc est rude pour une famille d'origine marocaine qui s'est décrite à la barre comme respectable et unie. "Mon frère, ç'a toujours été un gentil garçon. Depuis qu'il a commencé à travailler il n'a jamais arrêté. C'est un garçon courageux", a plaidé la soeur d'Hafid. Les deux accusés encourent vingt ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu vendredi.
(D'après agence)
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