Nicolas Sarkozy s'exprimant à Bobigny sur l'agression de deux CRS dans une cité sensible © TF1/LCIMoins d'un an après l'éclatement des émeutes à Clichy, les projecteurs sont de nouveau braqués sur l'insécurité dans les banlieues et les propos tenus mercredi par Nicolas Sarkozy suscitent la polémique. Une nouvelle fois, le ministre de l'Intérieur a accusé la justice de la Seine-Saint-Denis de "démission" face aux délinquants. "Depuis le début de l'année, le nombre d'écroués dans le département est en baisse de 15,5 % devant des délinquants chaque jour plus violents. Cela témoigne d'une forme de démission", a-t-il affirmé. "J'aimerais que l'on m'explique comment on empêche un délinquant de récidiver si l'on n'a pas le courage de le mettre en prison", a-t-il ajouté.
Réagissant jeudi matin, l'Union syndicale des magistrats a "condamné les déclarations outrancières du ministre de l'Intérieur qui, une nouvelle fois, stigmatise la justice et les magistrats". L'USM dénonce, par ailleurs, le silence du ministre de la Justice, Pascal Clément, qui aurait dû selon elle réagir. Le Garde des Sceaux a pourtant fait état mercredi soir dans un communiqué d'un "effort sans précédent" entrepris depuis 2002 pour renforcer les moyens de ce tribunal. "Je regrette qu'on ait laissé le tribunal de Bobigny à l'abandon pendant tant d'années, mais je veux saluer l'effort actuellement entrepris, et encourager les magistrats de Bobigny être plus réactifs encore", a-t-il déclaré.
"Séparation des pouvoirs"
Au-delà du tollé qu'elles provoquent dans le monde judiciaire, les prises de position de Nicolas Sarkozy sont également attaquées à gauche. Pour Lionel Jospin, qui s'est exprimé jeudi soir sur France 2, "les résultats ne sont pas là" en matière de sécurité et Nicolas Sarkozy se "défausse sur d'autres." Pour Ségolène Royal, il doit "présenter ses excuses" à la justice et "doit être rappelé à l'ordre", car "il n'a pas à jeter l'anathème sur un service public." Même expression de "rappel à l'ordre" chez Laurent Fabius ou chez François Hollande, qui a demandé à Nicolas Sarkozy de "retirer" ses propos. Selon Jack Lang, son départ du gouvernement "serait aujourd'hui normal et légitime" après sa "grave mise en cause des magistrats", a affirmé Jack Lang.
"Nicolas Sarkozy devrait prendre un peu de repos et un peu de recul", glisse Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée. Arnaud Montebourg, porte-parole de Ségolène Royal, qualifie le ministre de l'Intérieur d'"anti-républicain dangereux" qui "doit être rappelé à l'ordre rapidement". Pour André Vallini, député PS et ancien président de la commission d'enquête sur Outreau, les déclarations de Nicolas Sarkozy posent "un grave problème démocratique puisqu'elles relèvent d'une atteinte caractérisée à la séparation des pouvoirs."
Pour sa part, Jean-Marie Le Pen a estimé que le préfet de Seine-Saint-Denis avait "rompu l'omerta" en s'exprimant sur le manque de moyens contre la délinquance. Le Monde a publié mardi une lettre où le préfet s'alarmait, avant l'été, de la recrudescence de la délinquance. Dans ce courrier, le préfet s'en prenait au tribunal de Bobigny soulignant qu'en 2005, "sur 1.651 mineurs déférés au parquet, seuls 132 ont été écroués". Conseillant au gouvernement d'éviter "les rodomontades" sur l'insécurité dans les banlieues, François Bayrou a préféré pointer le manque de moyens criant de la justice française : le tribunal de Bobigny est "une honte du point de vue du respect élémentaire des justiciables, des avocats, des magistrats". "Les toilettes, quand j'y suis allé il y a quelques semaines, étaient en panne depuis trois ans", a-t-il dit. (D'après agence)
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