© AFP/DRLa Cour de révision examinera jeudi le dossier Guillaume Seznec qui reste, plus de 80 ans après sa condamnation aux travaux forcés, l'une des plus grandes énigmes criminelles du XXe siècle. A l'issue de cette audience, l'instance pourra soit rejeter la demande de révision soit annuler la condamnation aux travaux forcés à perpétuité de Seznec prononcée par la cour d'assises du Finistère pour le meurtre de son ami Pierre Quemeneur. La décision ne sera pas rendue dans la foulée de l'audience. Il faudra attendre plusieurs semaines pour savoir si l'affaire Seznec connaît enfin son épilogue.
L'examen de cette requête en révision "marque le terme de 83 ans de combat familial dont l'enjeu est tellement plus fort que le seul Guillaume Seznec", a expliqué à l'AFP Denis Seznec, le petit-fils de Guillaume qui se bat depuis plusieurs dizaines d'années pour la réhabilitation de son grand-père. "83 années de sacrifices, de malheurs, d'humiliations et de souffrances" avec un objectif : "Faire reconnaître l'injustice qui nous avait broyés", a-t-il résumé.
Dénoncé à la Gestapo
Guillaume Seznec a été condamné en 1924. Gracié en 1947 pour bonne conduite après 20 ans passés à Cayenne, il est décédé en 1954. La requête en révision examinée jeudi a été présentée le 31 mars 2001 par la Chancellerie. Elle s'appuie sur le rôle joué par un certain Gherdi, susceptible de jeter un doute sur la culpabilité de Seznec, et sur les relations de cet homme avec l'inspecteur de police Pierre Bonny, cheville ouvrière de l'enquête criminelle.
Lors du verdict de 1924, Gherdi n'avait pas été retrouvé et la cour d'assises avait estimé qu'il s'agissait d'une invention de l'accusé. Pour justifier de la transmission du dossier à la Cour, la commission a estimé qu'il convenait de "s'interroger sur le rôle que l'existence de Boudjema Gherdi aurait pu jouer auprès des jurés, s'ils l'avaient connue lorsqu'ils ont apprécié la culpabilité de Guillaume Seznec". Son existence ainsi que "les soupçons portant sur les relations que cet homme a pu avoir avec l'inspecteur de police Pierre Bonny (...) constituent des éléments nouveaux dont l'appréciation ne saurait relever de la seule commission de révision", avait en outre expliqué celle-ci, dans un arrêt prudent.
C'est le témoignage d'une déportée, Colette Noll, qui a fait pencher la décision de la commission. Selon cette femme, il pouvait exister un lien entre Gherdi et Bonny. "La circonstance que Boudjema Gherdi ait pu être celui qui a dénoncé en avril 1944 à la Gestapo, Colette Noll tandis que Pierre Bonny sévissait rue Lauriston (siège de la Gestapo française à Paris, ndlr), permet de s'interroger sur un lien possible entre les deux hommes, non seulement à cette époque, mais au moment de l'affaire Seznec", avait expliqué la commission. A l'issue de la décision, le 11 avril 2005, Denis Seznec avait évoqué un "jour historique pour la famille Seznec mais pour la justice aussi".
(D'après agence)
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