Le juge Burgaud à son arrivée à la Cour de Cassation © TF1/LCIPour la première fois, le juge Burgaud a été entendu lundi par le Conseil supérieur de la Magistrature qui doit décider de sa responsabilité dans le désastre judiciaire d'Outreau, l'affaire de pédophilie qu'il avait instruite à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais. Pour cette rencontre à huis-clos dans un bureau de la Cour de Cassation, le magistrat de 35 ans était entouré de ses avocats, Mes Patrick Maisonneuve et Jean-Yves Dupeux, ainsi que de Jean-Yves Montfort, président du Tribunal de grande instance de Versailles.
Il a été entendu pendant environ huit heures et a été soulagé de pouvoir "répondre à toutes les accusations (...° et réfuter point par point les griefs" portés contre l'instruction qu'il a menée dans l'affaire d'Outreau, ont déclaré ses avocats. "Nous avons obtenu le retrait du dossier (d'accusation) le rapport de la commission d'enquête parlementaire et les annexes", a indiqué Me Maisonneuve. La Défense estimait que ce document de 2 292 pages, "n'offraitpas les garanties minimales d'une procédure judiciaire ou disciplinaire". Le garde des Sceaux a expliqué pour sa part avoir voulu éviter qu'un trop grand décalage entre le rapport de l'inspection et l'opinion puisse laisser penser "qu'il ne s'est rien passé à Outreau".
Le rendez-vous avait d'abord été fixé au 3 octobre par les deux rapporteurs du CSM, Hervé Grange, premier président à la cour d'appel de Pau, et Dominique Latournerie, conseiller d'Etat honoraire, mais ses défenseurs avaient demandé un report afin de consulter certains nouveaux documents reçus la veille sans qu'ils aient eu le temps de les examiner. Il s'agissait de quelque 1.600 pièces provenant des auditions devant la commission d'enquête parlementaire sur Outreau, dont une partie n'avait pas été rendue publique.
L'acquittement fin 2005 de 13 des 17 accusés d'Outreau, après deux procès et de longs mois, voire des années, de détention provisoire, a provoqué une grande émotion, et débouché notamment sur l'ouverture d'une enquête parlementaire et la présentation d'un projet de réforme de la justice.
"Un bouc émissaire"
Selon les défenseurs du jeune magistrat, le Garde des Sceaux, qui a saisi le CSM, lui reproche d'avoir attaché un "crédit trop important aux déclarations des enfants", sans les vérifier suffisamment et les confronter aux adultes. De plus, il n'aurait pas "pris suffisamment en compte certains éléments à décharge", et utilisé "des pratiques susceptibles d'affecter les droits de la défense". Les avocats de Fabrice Burgaud entendent "réfuter point par point les griefs formulés par le Garde des Sceaux", selon Me Maisonneuve.
Cette poursuite disciplinaire, qui peut déboucher sur des sanctions allant jusqu'à la mise à la retraite d'office, avait été dénoncée par les syndicats de magistrats qui reprochaient notamment au Garde des Sceaux de faire de Fabrice Burgaud un "bouc émissaire". L'audition de lundi correspond à une sorte d'instruction du cas de Fabrice Burgaud, qui comparaîtra ensuite devant une formation du CSM chargée de juger les magistrats du siège.
(D'après agence)
Retour MYTF1
Chargement en cours...




