Jugée pour avoir tué sa fille handicapée

le 23 octobre 2006 à 06h20 , mis à jour le 23 octobre 2006 à 18h35

Léonie Crevel, 80 ans, a étranglé en 2004 sa fille de 42 ans, aveugle, hémiplégique et grabataire pour "mettre fin à ses souffrance".

Léonie Crevel est jugée pour avoir tué sa fille handicapée en 2004Léonie Crevel est jugée pour avoir tué sa fille handicapée en 2004 © TF1/LCI

Elle avait appelé les gendarmes aussitôt après la mort de sa fille. Une femme de 80 ans est jugée depuis lundi par la cour d'assises de la Seine-Maritime à Rouen pour "homicide volontaire sur personne vulnérable" sur sa fille de 42 ans, lourdement handicapée. Mais l'idée d'euthanasie, même si elle ne figure de toute façon pas dans le code pénal français, ne pourra sûrement pas être prise en compte comme elle le fut pour Marie Humbert, qui a bénéficié d'un non-lieu pour l'euthanasie de son fils paraplégique en 2003 (il lui avait expressément demandé de mourir). En revanche, ces 20 dernières années, la justice française s'est montrée plutôt clémente envers les parents meurtriers d'enfants handicapés, avec des peines de 2 à 5 ans de prison (lire notre encadré).

Léonie Crevel, qui comparaît libre, a expliqué lundi : "J'ai fait une chose que je n'aurais jamais pensé de ma vie, jamais...". Souvent au bord des larmes, la vieille dame, entourée par des membres de sa famille, a eu du mal à répondre aux attentes du président de la cour, sa douleur étant encore vive et sa quasi-surdité l'obligeant à se faire répéter les questions par son avocat.

"Son coeur de mère n'a plus supporté les cris de sa fille"

Léonie Crevel avait étranglé le 31 juillet 2004 sa fille Florence qui était aveugle, hémiplégique et grabataire à Tancarville, près du Havre, où toutes deux résidaient seules dans une petite maison. Ce jour-là, Léonie Crevel avait appelé les gendarmes en leur disant qu'elle avait tué sa fille pour mettre fin à ses souffrances. Elle avait décidé d'agir alors que sa fille venait d'être victime de deux crises d'épilepsie dans la journée. Et selon les enquêteurs, aucun témoin entendu n'affirme que la victime a manifesté à un moment ou à un autre son désir de mourir mais une telle éventualité était, à leurs yeux, peu probable dans la mesure où elle ne parlait plus depuis le milieu des années 1990.

Les enquêteurs avaient découvert le corps de la victime gisant sur le sol de sa chambre, une corde autour du cou. Léonie Crevel était allée chercher dans son garage une corde qu'elle avait attachée d'un côté au cou de sa fille et de l'autre à la tête de son lit médicalisé. Elle avait ensuite poussé sa fille, la faisant basculer du lit ce qui avait provoqué la mort, selon ses dires. Cette femme, qui fut durant 17 ans chef d'équipe dans une usine, assumait seule la charge de sa fille dont l'état s'était aggravé au fil des ans et qui était devenue complètement dépendante.

Me Jean-François Titus, qui défend Léonie Crevel, estime qu'elle n'est "ni une meurtrière, ni une criminelle" et la décrit comme "une pauvre dame, excellente mère de famille, qui a toujours aimé ses enfants et qui a sacrifié sa vie pour sa fille". L'avocat estime que Léonie Crevel n'a pas prémédité son geste et qu'elle a décidé de mettre fin aux jours de sa fille le jour même du drame. "Ce jour-là, son coeur de mère n'a plus supporté les cris de sa fille et c'est là qu'elle a commis l'irréparable", assure-t-il. Me Titus regrette l'absence dans la région de centre capable d'accueillir des malades lourdement handicapés comme l'était Florence.

D'après agence

le 23 octobre 2006 à 06:20
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8 Commentaires

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  • Hadry, le 23/10/2006 à 16h58

    Courageuse et admirable ce sont les seuls mots qui me viennent à l'esprit lorsque j'imagine sa souffrance dans l'accompagnement maternel durant ces longues années. Aussi l'émotion et la douleur indicible au moment de cet acte d'amour nous prouvent que l'être humain à ses limites .Qu'on la laisse en paix et qu'on la soutienne par nos messages .

  • Yvonne, le 23/10/2006 à 11h30

    Personnellement il est idnamissible que une mère soit obligée d'en arriver là, pour moi c'est elle qui faut plaindre, est-ce que les politiques vont bientôt comprendre qui est idnamissible de laisser souffrir les gens en 20O6, alors que l'on a beaucoup fait en france pour soulager la douleur, alors quand il n'y a plus rien à faire, MMs les politiques réfléchissez un peu pour que de tels faits ne se reproduisent

  • JPHILIPPE, le 23/10/2006 à 11h17

    Quelle honte de juger cette pauvre femme...je n ose imaginer qu elle a ete sa vie ...nous somes dans un monde ou les delinquants les vrais ne sont pas juges et ou la justice s occupe de problemes que personne ne peut comprendre...ou vivons nous? AIDONS CETTE PAUVRE FEMME A FINIR DIGNEMENT SA VIE JE SUIS PRET A PRENDRE EN CHARGE UNE PARTIE DE SES FRAIS D AVOCATS REJOIGNEZ MOI POUR LUI ACCORDEZ UNE FIN DE VIE PAISIBLE SI CELA EST POSSIBLE APRES UNE VIE DE SOUFFRANCES...

  • Melinda, le 23/10/2006 à 08h29

    Franchement, je comprends cette femme. Si elle a tué sa fille de manière brusque, c'est parce qu'il n'est pas donné à tout le monde d'avoir les médicaments appropriés. Quand on est modeste, on est seul avec sa misère. Je pense que ceux qui crieront au scandale n'ont pas de coeur et sont aussi responsables de cette situation, qui laisse une mère sacrifier sa vie pour une personne handicapée, sans lui offrir aucune aide. Alors au lieu de vous insurger, allez donner la moitié de votre temps pour aider les gens qui doivent s'occuper d'handicapés. Là, vous serez cohérents. Mais bon, on sait très bien que les "scandalisés" ne lèveront pas le petit doigt pour aider les autres. Le fait qu'elle soit sa fille n'est pas un argument en sa défaveur, personne ne supporterait d'avoir à charge une personne paralysée et aveugle. Et du côté de la fille, qui voudrait vivre ainsi, lourdement handicapé et dépendant? On devrait tous signer, lorsqu'on est en pleine possession de ses facultés, un papier disant qu'en cas de grande dépendance, on souhaite mourir. La vie sacrée à tout prix est une connerie. Cela ne doit pas être un poids.

  • Salleschristina, le 23/10/2006 à 08h18

    Pauvre femme, laissez la tranquille encore un enfant qui ne souffrira plus ; la société ne peut pas prendre en charge des gens dans un grand besoin mais on va juger cette femme agée qui elle non plus n'en pouvais plus c'est à la société d'être jugée

  • Jean Claude, le 23/10/2006 à 07h55

    Malraux disait:" pour juger, il faut comprendre, et quand on a compris on n'a plus envie de juger.

  • Jean Claude, le 23/10/2006 à 07h53

    J'ai moi même une fille très lourdment handicapée,j'ai consacré ma vie pour cette petite. Actuellement, mon épouse est en train de mourir, c'est dire les problèmes. je comprends qu'on puisse arriver à une telle extrémité, et personne n'a le droit de la juger et de lui jeter la pierre. Cette mère a mis un terme à une grande souffrance: il faut la laisser en paix. Une pensée pour cette femme et sa fille

  • Patrick, le 23/10/2006 à 07h23

    Bonjour cette dame a pris une decision qu'elle a cru juste pour mettre fin aux souffrances de sa fille mais la justice et surtout le corps medical n'est pas de cet avis (medecin infirmiers loueur de materiel medical)pour le manque a gagner de s'occupper de cette fille dont son etat ne faisai qu'empirer la justice doit aquiter cette femme a a deja suffisament souffetr comme ca

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