Léonie Crevel est jugée pour avoir tué sa fille handicapée en 2004 © TF1/LCIElle avait appelé les gendarmes aussitôt après la mort de sa fille. Une femme de 80 ans est jugée depuis lundi par la cour d'assises de la Seine-Maritime à Rouen pour "homicide volontaire sur personne vulnérable" sur sa fille de 42 ans, lourdement handicapée. Mais l'idée d'euthanasie, même si elle ne figure de toute façon pas dans le code pénal français, ne pourra sûrement pas être prise en compte comme elle le fut pour Marie Humbert, qui a bénéficié d'un non-lieu pour l'euthanasie de son fils paraplégique en 2003 (il lui avait expressément demandé de mourir). En revanche, ces 20 dernières années, la justice française s'est montrée plutôt clémente envers les parents meurtriers d'enfants handicapés, avec des peines de 2 à 5 ans de prison (lire notre encadré).
Léonie Crevel, qui comparaît libre, a expliqué lundi : "J'ai fait une chose que je n'aurais jamais pensé de ma vie, jamais...". Souvent au bord des larmes, la vieille dame, entourée par des membres de sa famille, a eu du mal à répondre aux attentes du président de la cour, sa douleur étant encore vive et sa quasi-surdité l'obligeant à se faire répéter les questions par son avocat.
"Son coeur de mère n'a plus supporté les cris de sa fille"
Léonie Crevel avait étranglé le 31 juillet 2004 sa fille Florence qui était aveugle, hémiplégique et grabataire à Tancarville, près du Havre, où toutes deux résidaient seules dans une petite maison. Ce jour-là, Léonie Crevel avait appelé les gendarmes en leur disant qu'elle avait tué sa fille pour mettre fin à ses souffrances. Elle avait décidé d'agir alors que sa fille venait d'être victime de deux crises d'épilepsie dans la journée. Et selon les enquêteurs, aucun témoin entendu n'affirme que la victime a manifesté à un moment ou à un autre son désir de mourir mais une telle éventualité était, à leurs yeux, peu probable dans la mesure où elle ne parlait plus depuis le milieu des années 1990.
Les enquêteurs avaient découvert le corps de la victime gisant sur le sol de sa chambre, une corde autour du cou. Léonie Crevel était allée chercher dans son garage une corde qu'elle avait attachée d'un côté au cou de sa fille et de l'autre à la tête de son lit médicalisé. Elle avait ensuite poussé sa fille, la faisant basculer du lit ce qui avait provoqué la mort, selon ses dires. Cette femme, qui fut durant 17 ans chef d'équipe dans une usine, assumait seule la charge de sa fille dont l'état s'était aggravé au fil des ans et qui était devenue complètement dépendante.
Me Jean-François Titus, qui défend Léonie Crevel, estime qu'elle n'est "ni une meurtrière, ni une criminelle" et la décrit comme "une pauvre dame, excellente mère de famille, qui a toujours aimé ses enfants et qui a sacrifié sa vie pour sa fille". L'avocat estime que Léonie Crevel n'a pas prémédité son geste et qu'elle a décidé de mettre fin aux jours de sa fille le jour même du drame. "Ce jour-là, son coeur de mère n'a plus supporté les cris de sa fille et c'est là qu'elle a commis l'irréparable", assure-t-il. Me Titus regrette l'absence dans la région de centre capable d'accueillir des malades lourdement handicapés comme l'était Florence.
D'après agence
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