La justice contourne la loi Kouchner

Par Diane HEURTAUT (avec agence), le 31 octobre 2006 à 14h56 , mis à jour le 31 octobre 2006 à 16h27

Des parents ont obtenu lundi l'indemnisation de leur préjudice économique après la naissance de leur fille dont la trisomie n'avait pas été détectée.

Tribunal correctionnel Paris Justice © TF1/LCI

C'est une première : la cour d'appel de Reims a accordé lundi à un père et une mère une indemnisation de 50.000 euros chacun pour le préjudice économique engendré par la naissance de leur fille dont la trisomie n'avait pas été diagnostiquée pendant sa grossesse. Un préjudice économique que la loi Kouchner, de mars 2002, interdit.

Le texte prévoit en effet que "Nul ne peut se prévaloir d'un préjudice du seul fait de sa naissance (...) Les parents peuvent demander une indemnité au titre de leur seul préjudice en cas de faute professionnelle (handicap non décelé)" mais "ce préjudice ne saurait inclure les charges particulières découlant, tout au long de la vie de l'enfant, de ce handicap. La compensation de ce dernier relève de la solidarité nationale". Pour aller à l'encontre de cette loi, les juges ont estimé qu'il n'y avait pas lieu de l'appliquer car elle "est postérieure à la naissance" de la petite fille.

Préjudice non restreint

L'appel avait été fait sur ce chef : l'application rétroactive de la loi Kouchner à la petite Catalina, née en 2001. La Cour européenne des Droits de l'Homme saisie par la famille avait même condamné la justice française pour cette application rétroactive. La cour d'appel a donc reconnu le préjudice moral des parents au titre duquel ils recevront 18.000 euros chacun, mais aussi un préjudice économique. Leur avocat avait plaidé pour que la reconnaissance du préjudice ne soit pas restreinte au seul préjudice moral. Dans une autre procédure, le tribunal de grande instance de Reims avait décidé en octobre 2005 d'indemniser les deux frères de Catalina, à hauteur de 13.600 euros chacun.

La loi Kouchner (appelée loi "anti-arrêt Perruche") avait été adoptée après l'arrêt dit "Perruche" de la Cour de cassation du 17 novembre 2000, qui avait pour la première fois reconnu à un enfant, Nicolas Perruche, le droit d'être indemnisé pour le simple fait d'être né handicapé.

Par Diane HEURTAUT (avec agence) le 31 octobre 2006 à 14:56
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4 Commentaires

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  • Sophie, le 01/11/2006 à 08h49

    Meme si je compatis aux epreuves douloureuses de cette famille, je crains que l'on se dirige droit vers une societe a l'americaine : proceduriere a l'infini. Les medecins sont des etres humains comme nous tous et ne sont pas par definition parfaits et sans faille.

  • Alain, le 31/10/2006 à 19h25

    Bravo aux magistrats. kouchner,porteur de valises et de sac de riz a pourtant tout fait pour protéger ses confrères.

  • Margaux, le 31/10/2006 à 18h59

    A quel prix ces parents-là évaluent-ils l'amour de leur fille : si il y en a un ... J'espère au moins que l'argent servira à l'épanouissement de la petite .

  • Cécile, le 31/10/2006 à 17h45

    Je trouve cela inadmissible de récupérer de l'argent sur le dos d'un enfant.... Préjudice???? et tout l'amour reçu de cette petite fille, et tout ce qu'elle a pu et pourra apporter à toute sa famille durant sa vie. Oui, l'éducation d'un enfant trisomique impose des choix de vie, des choix sentimentaux mais bientôt le médecin traitant demandera des indemniter pour traiter les handicapés, les profs aussi... quelle société !!!!!!!!!!!!

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