Tribunal correctionnel de Paris © LCIUne grosse frayeur est-elle un dommage ? Une cinquantaine de passagers d'un charter victime d'une avarie - sans conséquence grave - en février dernier le croient. Réunis en association, ils réclament aujourd'hui à la compagnie tunisienne Karthago airlines un dédommagement pour les minutes d'angoisse et de panique vécues alors que le Boeing 737 à destination de Paris rebroussait chemin vers Djerba.
En droit français, toute personne causant un préjudice s'oblige à indemniser la victime. La notion paraît claire. Celui qui casse, blesse tombe assurément sous le coup de cette règle. Il est admis par les tribunaux que le dommage peut être immatériel : il s'agit d'un préjudice moral. Et la peur, rentre-t-elle aussi dans cette catégorie ?
Lésions oculaires et auditives
Le "préjudice d'angoisse" a été expressément reconnu une première fois par la justice française au bénéfice de trois passagers français de British Airways qui avaient été retenus en otages lors de l'invasion irakienne du Koweït en 1990. Bien qu'aucun passager n'ait été blessé, la compagnie se voyait reprocher d'avoir maintenu l'escale alors que l'invasion était hautement probable. Depuis lors, l'angoisse de victimes ou de leurs proches a été diversement prise en compte par les cours pour évaluer le dommage moral et l'indemniser.
Le 13 février, Karthago airlines avait estimé qu'il s'agissait d'un "incident mineur". Elle affirmait que le retour à l'aéroport avait été effectué "au nom du principe de précaution". Les passagers, qui se plaignent aussi de lésions auditives et oculaires, espèrent un dédommagement de l'ordre de 50.000 euros par personne. Un référé aura lieu le 7 décembre.
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