Rebondissement dans l'affaire Borrel

le 02 octobre 2006 à 07h58 , mis à jour le 02 octobre 2006 à 22h16

Onze ans après l'assassinat du juge à Djibouti, la justice française a délivré deux mandats d'arrêt contre deux hautes personnalités djiboutiennes.

TF1-LCI/DR Le juge Bernard BorrelLe juge Bernard Borrel © TF1-LCI/DR

Onze ans après l'assassinat du juge Bernard Borrel à Djibouti, la cour d'appel de Versailles a ordonné la diffusion de mandats d'arrêt  contre le procureur de la République et le chef des services secrets de Djibouti  pour une éventuelle "subornation de témoins" dans l'enquête sur cet assassinat,  a-t-on appris dimanche de source judiciaire.

Le parquet général dispose de cinq jours pour se pourvoir en cassation  contre cet arrêt, rendu mercredi, à l'encontre du procureur, Djama Souleiman, et  du chef des services secrets, Hassan Saïd. Il s'agit des premiers mandats d'arrêt depuis la découverte, le 19 octobre  1995, du corps à demi calciné du juge Borrel, vêtu d'un slip et d'un tee-shirt,  au bas d'une falaise à 80 km de Djibouti, où se trouve la plus grande base militaire française à l'étranger.

Réponse immédiate de l'un des concerné : "Djibouti ne se pliera jamais au bon vouloir de la justice française", a prévenu lundi Hassan Saïd. Il s'agit d'une "nouvelle tentative politico-médiatique orchestrée par la veuve Borrel et son lobby", a-t-il dénoncé ajoutant que "la République de Djibouti a saisi la CIJ (ndlr Cour internationale de justice, sasie en janvier 2006), et c'est à cette seule haute instance judiciaire de se prononcer sur cette affaire qui perdure depuis un peu plus d'une décennie".

"La justice n'a pas peur de déplaire"

Parallèlement, la juge d'instruction parisienne Sophie Clément, a transmis  jeudi au procureur de la République une demande de réquisition concernant la délivrance de deux autres mandats d'arrêt visant les principaux suspects de l'assassinat, Awalleh Guelleh et Hamouda Hassan Adouani.  "La justice passe maintenant à la vitesse supérieure. Les magistrats  montrent qu'ils n'ont pas peur de rechercher la vérité, quitte à déplaire aux autorités politiques françaises et djiboutiennes", s'est félicité Me Olivier Morice, l'un des deux avocats, avec Laurent de Caunes, de la famille Borrel.

Au centre des deux procédures, menées à Paris et Versailles, se trouve le témoignage d'un ancien officier de la garde présidentielle de Djibouti, Mohammed Saleh Aloumekani. Il a affirmé devant la juge Clément avoir surpris le 19 octobre 1995, jour ou lendemain de l'assassinat du juge, dans le jardin du palais présidentiel de Djibouti une conversation entre six hommes, dont l'actuel président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, alors chef de cabinet du président Gouled Aptidon, Hassan Said, chef des services de sécurité et les deux suspects Awalleh Guelleh et  Hamouda Hassan Adouani.

Suspects en fuite

Selon ses déclarations, les interlocuteurs d'Ismaël Omar Guelleh seraient  venus lui rendre compte de "l'élimination du juge fouineur" et de la disparition des traces du crime. Le procureur de Djibouti est soupçonné d'avoir tenté de faire pression sur M. Aloumekani pour qu'il revienne sur son témoignage et le chef des services secret d'être intervenu pour que le capitaine Iftin, chef de la garde présidentielle de Djibouti en 1995, rédige une attestation discréditant le témoin. Appelés à s'expliquer le 13 octobre 2005 devant la justice française, les deux hommes ne sont pas venus. Les avocats de la partie civile ont alors demandé la délivrance de mandats d'arrêt.

Sur le short du magistrat, ont été retrouvés des empreintes génétiques qui  pourraient appartenir à ses assassins et le juge Clément souhaite les comparer à  celles Awalleh Guelleh et d'Hamouda Hassan Adouani, mais les deux hommes sont en fuite. Le premier a été condamné à perpétuité par contumace en France pour son implication dans l'attentat du Café de Paris en 1990 à Djibouti (un mort, 11 blessés). Il s'est évadé en 1997. Le second, condamné à mort pour sa participation à un attentat contre le bar  l'Historil en mars 1987 (douze morts), a été grâcié en juillet 2000 par l'actuel président djiboutien Ismaël Omar Guelleh.

D'après agence

le 02 octobre 2006 à 07:58
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1 Commentaires

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  • Mortimer, le 02/10/2006 à 08h41

    Bravo aux magistrats qui vont aller jusqu'au bout.L'assassinat d'un français,quelle que soit sa qualité ne doit pas rester impuni. Il n'y a que nos hommes politiques qui ont eu la lacheté de ne pas taper le poing sur la table. Nous avons un service action efficace: il faut les lacher aux trousses des assassins d'un magistrat français.

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