Philippe Gaumont dans la salle tribunal, au 2e jour du procès Cofidis, le 7 novembre 2006 © LCISalarié par Cofidis de 1997 à 2004, Philippe Gaumont, jugé avec neuf co-prévenus pour des pratiques de dopage au sein de l'équipe Cofidis, a brossé mardi un tableau dantesque du recours à la pharmacopée dans le cyclisme. Devant le tribunal de Nanterre, l'ex-coureur cycliste a dénoncé l'"hypocrisie" régnant dans le vélo, avec une omniprésente "culture de la seringue" induite selon lui par la pression des sponsors.
Pêle-mêle, Gaumont a décrit David Millar et Stuart O'Grady "sniffant" des médicaments en les arrosant d'alcool, les camping-cars avant les contre-la-montre où "chacun passe à tour de rôle pour se faire piquer", sa "centrifugeuse" lui permettant d'évaluer lui-même son taux d'hématocrites susceptible de grimper à des hauteurs extra-légales lorsqu'il se "chargeait" à l'EPO.
"Difficile de faire bouger les choses"
Mais la révélation la plus fracassante est venue plus tard au cours de l'audience, lorsque Philippe Gaumont a affirmé que l'actuel médecin fédéral de la Fédération française de cyclisme (FFC) Armand Mégret lui avait injecté le "premier produit dopant" de sa carrière en 1994. L'ancien coureur a par ailleurs estimé qu'il serait "difficile de faire bouger les choses" dans le cyclisme. "Le vélo est dirigé par d'anciens coureurs, et qui dit anciens coureurs dit obligatoirement anciens dopés".
Dans cette affaire jugée jusqu'à vendredi, dix personnes, dont sept coureurs ou ex-coureurs, sont poursuivies, non pour un trafic de produits dopants mais plutôt pour "une somme de comportements individuels illicites dans un milieu fortement marqué par la prise de médicaments et de substances interdites", selon l'enquête.
Millar : "Je me suis dopé car mon job était d'arriver bien classé" |
L'Ecossais David Millar, ex-champion du monde du contre-la-montre, a reconnu avoir utilisé de l'EPO et de la testostérone entre 2000 et fin 2003 pour améliorer ses performances. Il a été suspendu deux années par la fédération cycliste britannique et a repris la compétition mi-2006. Devenu coureur professionnel à la fin des années 1990, il découvre "un niveau incroyablement fort". Sous la pression et la fatigue, devenu leader de l'équipe, "je changeais, je devenais instable", a-t-il raconté mardi. "Je me suis dopé car mon job était d'arriver bien classé. On se dope parce qu'on est prisonnier de soi-même, de la gloire et de l'argent. Je n'étais pas fier de moi", a-t-il résumé. "La politique de Cofidis était +faites des résultats et pour le reste débrouillez-vous. Il n'y avait pas le moindre encadrement humain dans l'équipe. C'est peut-être un des problèmes du cyclisme", a-t-il analysé. Selon lui, "la question du dopage n'a jamais été abordée à Cofidis. C'est la politique de l'autruche".
(D'après agence)
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