Géraldine Giraud et Katia Lherbier © DRLCI.fr : Une reconstitution des faits qui se sont déroulés dans la propriété de Jean-Pierre Treiber, principal suspect des assassinats de Géraldine Giraud et de Katia Lherbier a eu lieu vendredi, à Villeneuve-sur-Yonne. A quoi sert de reconstituer les faits ?
Hervé Auchères (1) : Il y a plusieurs intérêts. Le premier est de pouvoir constituer un album photographique de leurs déroulements qui sera ensuite utilisé et montré aux jurés à la cour d'assises pour qu'ils puissent se rendre compte, clichés à l'appui, de la façon dont la scène s'est déroulée.
Le deuxième intérêt est de pouvoir confronter et vérifier les déclarations d'une personne mise en examen avec les constatations matérielles réalisées sur place. Il arrive, par exemple, qu'on se rende compte que tel dire ne peut coller avec la configuration des lieux. Les déclarations de la personne mise en examen peuvent varier entre le cabinet du juge d'instruction et le lieu du crime. Des choses peuvent aussi lui revenir en mémoire ; elle peut ainsi apporter des précisions ou faire de nouvelles déclarations. Quand la personne mise en examen s'exprime sur la scène du crime, on progresse en général pas mal. Une reconstitution permet également de confronter les points de vue des différents "acteurs", celui du mis en examen avec celui des témoins, des victimes ou des parties civiles. C'est vraiment un acte incontournable.
LCI.fr : L'affaire Giraud remonte à novembre 2004. Pourquoi attendre deux ans pour organiser une reconstitution ?
H.A. : Parce que c'est un acte qui, en général, boucle les investigations d'une affaire. Lors de la reconstitution, le juge d'instruction va être amené à reproduire le déroulement d'une scène criminelle. On ne peut donc l'envisager qu'à partir du moment où toutes les auditions et les expertises ont été réalisées.
LCI.fr : Quelle valeur juridique a une reconstitution ?
H.A. : C'est celle d'un interrogatoire combiné à un transport sur les lieux réalisés par le juge d'instruction. Une reconstitution se compose de ces deux actes juridiques. Le terme de reconstitution n'apparaît pas dans le code de procédure pénal mais la pratique fait qu'en matière criminelle c'est un acte qui est devenu quasiment obligatoire pour tous les faits d'homicide volontaire, de meurtre, ou de coups mortels.
LCI.fr : Un important dispositif de sécurité est prévu pour la reconstitution de l'affaire Giraud. Combien cela coûte ?
H.A. : C'est extrêmement difficile à chiffrer, cela dépend bien évidemment de l'ampleur de la reconstitution. Certaines vont être très rapides et sommaires pour des faits qui ne posent pas de difficultés -s'ils se sont déroulés dans un domicile par exemple-. Quand les faits prennent une certaine ampleur, le budget de la reconstitution augmente forcément avec la mobilisation des forces de l'ordre, des experts qui vont être sur place pour apporter leur éclairage sur le dossier etc.
LCI.fr : Qui joue le rôle des protagonistes ? Des acteurs peuvent-ils être engagés ?
H.A. : Il y a deux cas de figures. Soit la personne mise en examen accepte -en général lorsqu'elle reconnaît les faits- d'être représentée sur les photographies et de rejouer la scène de crime telle qu'elle s'est déroulée, en fonction de ses déclarations. Soit la personne conteste ou refuse de participer. Dans ce cas, elle sera représentée sur les clichés photographiques par un gendarme ou un policier. Ces derniers représenteront également la victime si elle décédée. Dans la mesure du possible, on s'assure qu'on a les mêmes critères morphologiques entre le mis en examen et le policier ou le gendarme. En tout cas, on ne fait jamais appel à des comédiens.
(1) Secrétaire général de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI) et vice-président chargé de l'instruction à Angers.
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