Ouverture du procès du trafic de bébés bulgares, le 22 janvier 2007 © TF1/LCI"Tout ça est plus compliqué que ça en a l'air, quand on explique qu'il y a d'un côté les sauveurs - parents acheteurs - et en face les méchants - vendeurs d'enfants", a convenu mercredi Catherine Feyler-Sapene, la présidente de la 13e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny, qui juge depuis lundi parents et intermédiaires d'un vaste trafic de bébés bulgares.
Le doyen des prévenus, Jean Galut, 83 ans, arrière grand-père d'une petite Cendrillon, achetée 4.500 euros en 2002, a reconnu avoir menti en parlant d'une transaction conclue par un merveilleux "hasard". Le doyen, qui comparaît libre comme la quarantaine de parents renvoyés devant le tribunal pour des transactions portant sur 23 enfants entre 2001 et 2005, raconte : "Un couple qui parlait notre langue est passé devant chez moi, je suis sorti. Ils m'ont dit qu'ils voulaient vendre leur enfant et retourner dans leur pays. L'idée m'est venue directement de l'acheter pour ma petite fille. (...) J'étais d'accord sur le prix, ils m'ont laissé le bébé".
Dans le box, deux Bulgares sursautent et demandent la parole pour dire que le vieux gitan ment. Ils reconnaissent en lui un homme passé à leur campement. "Il est revenu une dizaine de fois car à chaque fois il n'y avait pas d'enfant à vendre", déclare Tinka Georgieva, une Bulgare de 35 ans, accusée comme son mari d'avoir aidé à acheminer des femmes enceintes depuis la Bulgarie. Finalement, une des belles-soeurs de Tinka, enceinte, décide d'abandonner son bébé, raconte la Bulgare, et la transaction se fait.
"S'il n'y avait pas d'acheteurs, il n'y aurait pas de vendeurs"
Le vieil homme acquiesce. Il finit par reconnaître aussi qu'il connaît "Vocho", Henri Salva, un Tsigane de 73 ans chargé de trouver les familles françaises prêtes à acheter les nourrissons. Il confirme au procureur que ce Tsigane, absent de l'audience pour raisons de santé, a la réputation de vendre des enfants.
Le faux-témoignage de Jean Galut a délié les langues dans le box. "S'il n'y avait pas d'acheteurs, il n'y aurait pas de vendeurs", explique l'ex-compagnon d'une Bulgare en fuite. Tinka, plus impliquée que Galoul dans le trafic, confirme : "C'est quand on avait des appels qu'on faisait venir des femmes".
Galoul, l'un des entremetteurs présumés, se dit aussi "horripilé d'entendre les acheteurs dire que s'ils n'avaient pas été là, les enfants seraient morts" : "Qu'ils arrêtent de dire que les enfants étaient mal habillés, avaient les fesses rouges ou des croûtes sur la tête!". Charles Ziegler, 37 ans, père "adoptif" de Cendrillon avait affirmé, après beaucoup d'autres, que sa fille "serait morte aujourd'hui" si lui et sa femme ne l'avaient pas achetée. Au procureur Samuel Gillis, qui lui demande si ce n'est pas "une manière de se donner bonne conscience", il répond par l'affirmative.
D'après agence
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