Le Palais de Justice de Bobigny © TF1/LCIC'était il y a 23 ans. Guy Heumber est un jeune homme "bien dans sa peau", "simple", "sans histoire". Il a 20 ans, il étudie la médecine. Ce 1er septembre 1983, il va rendre visite à son frère dans une cité de Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis. Sur le chemin, quatre hommes l'attaquent, le prenant pour quelqu'un qu'ils viennent d'agresser. Sa vie bascule. Grièvement poignardé, il est uniquement sauvé grâce à la rapidité des secours.
C'était il y a 23 ans, c'était hier. Guy Heumber retrouve jeudi et vendredi aux assises de Bobigny son principal agresseur présumé, arrêté au Portugal après plus de 20 ans de cavale (Lire notre encadré). Manuel Da Costa, 46 ans, comparaît pour "tentative de meurtre" sur l'étudiant. Et "les fantômes de ressurgir", selon les mots de la victime, aujourd'hui âgée de 43 ans.
"L'enfer revient"
Joint par téléphone, Guy Heumber se dit "anxieux". L'euphémisme est de taille. Il est "coupé", "lessivé", "exténué", "angoissé"... Les mots sont distillés au compte-goutte... Entre des silences et des soupirs qui en disent long sur sa fatigue physique et psychologique. Il n'a plus d'appétit, redoute les questions des journalistes auxquelles il répond au plus court, évite les regards de son entourage. Parler l'angoisse, ce nouveau procès est une épreuve qui remue "des années de cauchemars". "Je pensais que c'était fini, qu'on ne le retrouverait jamais, et puis, l'enfer revient", constate-t-il.
Il lui a fallu sept ans pour panser les plaies physiques et psychologiques ouvertes par les six coups de couteaux reçus dans l'abdomen, le poumon, le colon, sous les bras... Etudiant brillant de milieu très modeste, il voulait être médecin pour sauver des vies, il a découvert cet univers par l'autre bord, sur la table d'opération. "Quand vous êtes allongé, vous n'avez plus envie d'ouvrir un livre d'anatomie", raconte-t-il. Aujourd'hui, ce père de deux garçons de 9 et 13 ans, est pédicure-podologue en Seine-Saint-Denis. Ancien champion départemental de karaté et fan de handball, il est interdit de sport depuis 23 ans. "Je suis devenu joueur de badminton", raconte-t-il dans une tentative d'humour. Le ton soudainement plus grave il résume d'un "ce jour-là, "ils ont foutu ma vie en l'air, ça restera indélébile dans mon esprit".
Aujourd'hui, Guy Heumber ne sait pas s'il arrivera à regarder son agresseur présumé dans les yeux. Une certitude, il veut qu'il avoue : "qu'il ait le courage d'avouer les coups de couteaux. Ce gars a passé 20 ans libre dehors et il n'a pas réglé ses comptes". Guy Heumber tient aussi à ce procès pour tous ceux qui se sont battus avec lui, pour lui. Son père notamment, un modeste gardien d'immeuble, "qui s'était battu pour voir les agresseurs présumés jugés devant une cour d'assises", alors que l'affaire devait initialement être prise en correctionnelle. Si tel avait été le cas, les faits auraient alors été largement prescrits. "On ne jugera pas une histoire ancienne. Tous les matins, Guy Heumber voit dans la glace son corps mutilé. Pour lui, c'était hier", souligne son avocate Me Françoise Berrux.
Da Costa arrêté plus de 20 ans après les faits |
En 1989, Manuel Da Costa, principal agresseur présumé de Guy Heumber, avait été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité, et les trois amis qui l'accompagnaient à deux ans de prison ferme. Fin 2005, plus de 23 ans après les faits mais quatre ans avant la fin du délai de prescription de 20 ans, le Portugais a été interpellé. Selon son avocat, Marcel Baldo, "il a été dénoncé", alors qu'il "attendait la prescription pour rentrer en France où il avait laissé une femme et des enfants", et travaillait au Portugal comme ouvrier du bâtiment. (D'après agence) |
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