"Ce jour-là, ils ont foutu ma vie en l'air"

Par , le 25 janvier 2007 à 05h00 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h45

Grièvement blessé par quatre hommes, Guy Heumber avait frôlé la mort en 1983. Il retrouve jeudi et vendredi son principal agresseur aux assises de Bobigny.

Le Palais de Justice de Bobigny. TF1/LCILe Palais de Justice de Bobigny © TF1/LCI

C'était il y a 23 ans. Guy Heumber est un jeune homme "bien dans sa peau", "simple", "sans histoire". Il a 20 ans, il étudie la médecine. Ce 1er septembre 1983, il va rendre visite à son frère dans une cité de Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis. Sur le chemin, quatre hommes l'attaquent, le prenant pour quelqu'un qu'ils viennent d'agresser. Sa vie bascule. Grièvement poignardé, il est uniquement sauvé grâce à la rapidité des secours.

C'était il y a 23 ans, c'était hier. Guy Heumber retrouve jeudi et vendredi aux assises de Bobigny son principal agresseur présumé, arrêté au Portugal après plus de 20 ans de cavale (Lire notre encadré). Manuel Da Costa, 46 ans, comparaît pour "tentative de meurtre" sur l'étudiant. Et "les fantômes de ressurgir", selon les mots de la victime, aujourd'hui âgée de 43 ans.

"L'enfer revient"

Joint par téléphone, Guy Heumber se dit "anxieux". L'euphémisme est de taille. Il est "coupé", "lessivé", "exténué", "angoissé"... Les mots sont distillés au compte-goutte... Entre des silences et des soupirs qui en disent long sur sa fatigue physique et psychologique. Il n'a plus d'appétit, redoute les questions des journalistes auxquelles il répond au plus court, évite les regards de son entourage. Parler l'angoisse, ce nouveau procès est une épreuve qui remue "des années de cauchemars". "Je pensais que c'était fini, qu'on ne le retrouverait jamais, et puis, l'enfer revient", constate-t-il.

Il lui a fallu sept ans pour panser les plaies physiques et psychologiques ouvertes par les six coups de couteaux reçus dans l'abdomen, le poumon, le colon, sous les bras... Etudiant brillant de milieu très modeste, il voulait être médecin pour sauver des vies, il a découvert cet univers par l'autre bord, sur la table d'opération. "Quand vous êtes allongé, vous n'avez plus envie d'ouvrir un livre d'anatomie", raconte-t-il. Aujourd'hui, ce père de deux garçons de 9 et 13 ans, est pédicure-podologue en Seine-Saint-Denis. Ancien champion départemental de karaté et fan de handball, il est interdit de sport depuis 23 ans. "Je suis devenu joueur de badminton", raconte-t-il dans une tentative d'humour. Le ton soudainement plus grave il résume d'un "ce jour-là, "ils ont foutu ma vie en l'air, ça restera indélébile dans mon esprit".

Aujourd'hui, Guy Heumber ne sait pas s'il arrivera à regarder son agresseur présumé dans les yeux. Une certitude, il veut qu'il avoue : "qu'il ait le courage d'avouer les coups de couteaux. Ce gars a passé 20 ans libre dehors et il n'a pas réglé ses comptes". Guy Heumber tient aussi à ce procès pour tous ceux qui se sont battus avec lui, pour lui. Son père notamment, un modeste gardien d'immeuble, "qui s'était battu pour voir les agresseurs présumés jugés devant une cour d'assises", alors que l'affaire devait initialement être prise en correctionnelle. Si tel avait été le cas, les faits auraient alors été largement prescrits. "On ne jugera pas une histoire ancienne. Tous les matins, Guy Heumber voit dans la glace son corps mutilé. Pour lui, c'était hier", souligne son avocate Me Françoise Berrux.

Da Costa arrêté plus de 20 ans après les faits

En 1989, Manuel Da Costa, principal agresseur présumé de Guy Heumber, avait été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité, et les trois amis qui l'accompagnaient à deux ans de prison ferme. Fin 2005, plus de 23 ans après les faits mais quatre ans avant la fin du délai de prescription de 20 ans, le Portugais a été interpellé. Selon son avocat, Marcel Baldo, "il a été dénoncé", alors qu'il "attendait la prescription pour rentrer en France où il avait laissé une femme et des enfants", et travaillait au Portugal comme ouvrier du bâtiment. (D'après agence)

Par Amélie Gautier le 25 janvier 2007 à 05:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

31 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • SA SOEUR, le 26/01/2007 à 12h29

    BEAUCOUP DE DOULEUR POUR MON FRERE ET MON PERE DE 80 ANS FACE A CETTE NOUVELLE EPREUVE J'ESPERE QUE LA JUSTICE NE VA PAS ME DECEVOIR. JE TIENS A FELICITER MON FRERE POUR SON COURAGE DE REVIVRE CETTE ATROCITE 20 ANS APRES JE LUI FAIS DE GROS BISOUS

  • Marie, le 26/01/2007 à 10h52

    C'est ignoble, vous allez vous retrouver en face de cet individu 20 ans après. Je vous souhaite beaucoup de courage

  • Pierre, le 25/01/2007 à 19h22

    Condamné en france, recherché pendant 20 ans et il travaille pendant 20 ans au portugal. elle est belle l'europe ....elle est belle la coopération européenne

  • REMI, le 25/01/2007 à 17h36

    Y a pas de justice aucunes sanctions je suis ecoeuré pour cet homme on laisse les assassins courrirent

  • Regis, le 25/01/2007 à 17h24

    Jugé a bobigny ben relaxe assurée alors.....

  • Darney, le 25/01/2007 à 16h16

    L'idée même de la prescription pour les crimes est intolérable.Ce n'est pas parceque on a pu se cacher pendant 20 ans pour echapper à la peine qu'on mérite qu'on doit être blanchi...au contraire!Que ce criminel paye son forfait!

  • True EvIL, le 25/01/2007 à 15h59

    La peine de mort existe en France, elle est dailleur lente et cruel car on prefere laisser des SDF innocent crever lentement dans l'indifference tandis qu'on nourris des cinglé en prison.

  • Aline, le 25/01/2007 à 15h40

    C cler. Prison à vie. Ce n'est pas normal que l'agresseur soit resté autant de tant en liberté. et tant mieux si il a été dénoncé.

  • Emmaviandefabre, le 25/01/2007 à 15h11

    Aucune clémence pour cet assassin ni pour les autres. Quand la France va-t-elle se réveiller de ce cauchemar où l'on accorde de l'importance à l'assassin et pas à la victime ? Courage, monsieur Heumber.

  • Florence, le 25/01/2007 à 14h40

    C'est un drame qui mérite justice. Malheureusemet la vie réserve parfois de mauvaises surprises, et après, une fois que le mal est fait, il faut vivre avec jour après jour..vous avez eu la chance de survivre à cette monstrueuse agression, symbole de la bassesse et de la précarité humaine. Néanmoins ma réaction est plus dirigée vers les commentaires de cet articles. En effet je remarque avec consternation que ce drame qui vous a mis un terme à votre ancienne vie est l'opportunité d'un déversoire de réactions aussi primaires que celle dont vous avez été victime..décidement l'homme est rempli de contradictions..

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience