Drame du Pourtalès : "Je ne peux pas pardonner ça"

le 06 février 2007 à 19h13 , mis à jour le 06 février 2007 à 19h21

A Strasbourg, au deuxième jour du procès de l'accident qui a fait 13 morts et une centaine de blessés, victimes et proches ont exprimé douleur et colère.

Le 6 juillet 2001, sous l'effet d'une mini-tornade, un platane s'abattait sur une tente. Bilan : 13 morts et une centaine de blessés/TF1/LCILe 6 juillet 2001, sous l'effet d'une mini-tornade, un platane s'abattait sur une tente. Bilan : 13 morts et une centaine de blessés © TF1/LCI

"Cinq ans après, j'ai toujours le souvenir de l'appel du commissariat qui me demande la date de naissance de mon père", explique au tribunal cet homme dont le père est mort écrasé, comme douze autres personnes, par le platane du parc de Pourtalès le 6 juillet 2001 à Strasbourg. Au deuxième jour du procès, les premières victimes et leurs proches sont venues mardi témoigner de leur douleur ou de leur vie gâchée, devant le tribunal correctionnel de Strasbourg.

"Le moment le plus difficile, c'est de voir son père sur une table à la morgue", poursuit Fabien Boucheron avant de fustiger, les larmes aux yeux, la "compassion" exprimée la veille par la ville de Strasbourg qui comparaît en tant que personne morale pour sa responsabilité présumée dans le drame. "Une compassion, ce n'est pas de dire que tout a été fait et que derrière on se félicite d'avoir amélioré les choses", déclare-t-il.

Sa mère s'avance vers la barre, accompagnée de deux de ses fils. "Je suis ici par rapport à une promesse que j'ai faite à mon mari sur son lit de mort", déclare-t-elle. "De bien m'occuper de ses fils", explique-t-elle avant de fondre en larmes et de demander simplement à la présidente Sophie Thomann "que justice soit faite".

"Ma confiance a été trahie"

Yves Gilger qui a perdu sa fille de 13 ans, Solène, vient à son tour lire un texte à son hommage et exprimer sa révolte. "Monter une tente dans le rayon de chute de l'arbre était malheureux. Ne pas annuler le concert était criminel", dit-il à la présidente en demandant à "connaître les acteurs et leurs responsabilités dans l'effroyable bilan (...) et pouvoir penser qu'ils ne sont pas morts pour rien".

Roland Gonzalez, 59 ans, qui a perdu l'usage de ses jambes dans la catastrophe, s'avance en chaise roulante. "Je veux parler de ce qu'on devient après que les médias soient repartis vers d'autres 'sensationnels', après que l'homme de la rue ait repris (...) ses occupations quotidiennes", explique-t-il. "Pour nous, il y a deux références : l'avant et l'après". "La première des discriminations, c'est le handicap", souligne-t-il. "Plus jamais je ne pourrai courir dans la forêt, plus jamais je ne me mettrai debout. C'est impossible de faire le deuil de ses jambes et de sa vie d'avant." Son épouse vient ensuite expliquer s'être réfugiée ce soir-là sous la tente, cette démarche lui paraissant "la plus sûre", "persuadée que toutes les mesures de sécurité avaient été prises par la ville"."Ma confiance a été trahie", confie-t-elle.

La jeune femme qui se lève ensuite est la harpiste du groupe, blessée lourdement dans la catastrophe. "Même si j'ai la chance d'être debout, je ne peux plus me servir de mes deux bras", explique Claude Bouly. "Je suis une demi-harpiste (...) Pourtant, j'ai joué pour Kennedy et à Boston et maintenant je ne peux que 'gratouiller', je suis vendeuse de harpe", raconte-t-elle, amère. "Je ne peux pas pardonner ça (...) Je leur en veux parce que je ne suis plus celle que j'étais", conclut-elle en regardant vers le banc de l'accusation qui reste impassible. Une vingtaine d'autres victimes volontaires pour témoigner doivent encore être entendues par le tribunal jusqu'à vendredi.

D'après agence

le 06 février 2007 à 19:13
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7 Commentaires

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  • Claude bouly, le 25/06/2009 à 17h23

    Je ne suis pas inconsciente, ni idiote! quand j'ai quitté mon domicile pour Pourtalès ce soir là, personne ne pouvait présager de ce qui se passerait. Je suis maman, j'ai 2 enfants, et si la météo avait annoncé le danger, je serais restée chez moi! je n'en veux pas au monde entier, mais à ceux qui me disent des bêtises! à ceux qui m'ont dit que c'est bien fait pour moi, à ceux qui m'ont dit que je n'avais pas mal, au psy qui m'a ri au nez quand j'ai avoué avoir peur du vent, à l'administration trop lente, aux assurances qui minimisent la douleur, les fractures ou les pertes d'autonomie ; et même si il y avait un facteur naturel, j'en veux à ceux qui se renvoient la balle, et les responsabilités, au lieu de démêler ce qui est administratif de ce qui est "mère nature", j'en veux à ceux qui disent que rien ne s'est passé. c'est facile d'être donneur de leçon aujourd'hui, n'est-ce-pas?

  • Xavier, le 07/02/2007 à 08h30

    Toutes mes pensées vont vers les victimes de ce terrible drame... en attendant, je ne crois pas que le maire ou quiconque soit responsable. La douleur est dure a accepter mais ne devrait pas provoquer une soif de vengeance qui me semble vraiment déraisonable. La mort, la maladie, les accidents sont le lot de tous et de chacun... et ca n'arrive pas qu'aux autres... Un accidenté à vie

  • Candide, le 07/02/2007 à 08h14

    TT ceci est bien triste mais une fois encore que peut-on faire contre l'expression de la nature et ses caprices ?Rien !Prévoir c'est guérir dit le dicton populaire et oui dans ce cas tout reste à faire :chacun avec un air-bag ,un policier derrière soi pour parer les attaques mais aussi pour éviter nos propres écarts ,un gouteur avant d'ingérer quoi que ce soit ,un médecin pour prévenir le moindre mal , un hélico pour nous évacuer au moindre tsunami etc...j'arrête là car c'est ridicule à souhait .Je plains les maires de france lorsqu'ils sont pris dans de telles situations totalement incontrôlables.Vouloir être au chevet de chacun en lui disant on va punir le responsable eSt foncièrement idiot et irresponsable .

  • Thierry, le 06/02/2007 à 23h07

    Pourquoi la ville paierait des actes dont seul le temps est maître? quand j'entend mr Yves Gilger dire que de ne pas annuler le concert est criminel pour moi je me demanderait bien alors que les bulletins météo sur tf1 avait prédit beaucoup de vent qu'on envoie sa fille voir un concert en pleine forêt ce cela qui est criminel elle est bien bel la ville pour se plaindre mais c'est une fatalité et on ne pourra pas le changer a moins de faire un procès au vent et a l'arbre?

  • PRAT, le 06/02/2007 à 22h51

    Aujourd'hui, on n'accepte plus la fatalité, on cherche tout le temps des coupables et pour tout. Si l'homme qui a planté ce platane était encore en vie, on irait même jusqu'à lui chercher des poux dans la tête ! Pauvre France !

  • Gilles, le 06/02/2007 à 20h16

    Malgre la tristesse de ce drame, je ne comprend pas l'obstination qu'on peut avoir a toujours vouloir un responsable... Il y a eu du vent, un arbre est tombe, des personnes se trouvaient malheureusement en dessous, c'est la vie, on ne va pas abattre tous les arbres pour autant!!!! Notre societe se borne a ne plus vouloir accepter la fatalite!

  • Choucho, le 06/02/2007 à 20h08

    Les autorités ont des responsabilités, mais que dire de ces inconscients qui malgré l'annonce d'une tempête se sont rendus à un spectacle,sous un chapiteau en toile??

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