Le 6 juillet 2001, sous l'effet d'une mini-tornade, un platane s'abattait sur une tente. Bilan : 13 morts et une centaine de blessés © TF1/LCI"Cinq ans après, j'ai toujours le souvenir de l'appel du commissariat qui me demande la date de naissance de mon père", explique au tribunal cet homme dont le père est mort écrasé, comme douze autres personnes, par le platane du parc de Pourtalès le 6 juillet 2001 à Strasbourg. Au deuxième jour du procès, les premières victimes et leurs proches sont venues mardi témoigner de leur douleur ou de leur vie gâchée, devant le tribunal correctionnel de Strasbourg.
"Le moment le plus difficile, c'est de voir son père sur une table à la morgue", poursuit Fabien Boucheron avant de fustiger, les larmes aux yeux, la "compassion" exprimée la veille par la ville de Strasbourg qui comparaît en tant que personne morale pour sa responsabilité présumée dans le drame. "Une compassion, ce n'est pas de dire que tout a été fait et que derrière on se félicite d'avoir amélioré les choses", déclare-t-il.
Sa mère s'avance vers la barre, accompagnée de deux de ses fils. "Je suis ici par rapport à une promesse que j'ai faite à mon mari sur son lit de mort", déclare-t-elle. "De bien m'occuper de ses fils", explique-t-elle avant de fondre en larmes et de demander simplement à la présidente Sophie Thomann "que justice soit faite".
"Ma confiance a été trahie"
Yves Gilger qui a perdu sa fille de 13 ans, Solène, vient à son tour lire un texte à son hommage et exprimer sa révolte. "Monter une tente dans le rayon de chute de l'arbre était malheureux. Ne pas annuler le concert était criminel", dit-il à la présidente en demandant à "connaître les acteurs et leurs responsabilités dans l'effroyable bilan (...) et pouvoir penser qu'ils ne sont pas morts pour rien".
Roland Gonzalez, 59 ans, qui a perdu l'usage de ses jambes dans la catastrophe, s'avance en chaise roulante. "Je veux parler de ce qu'on devient après que les médias soient repartis vers d'autres 'sensationnels', après que l'homme de la rue ait repris (...) ses occupations quotidiennes", explique-t-il. "Pour nous, il y a deux références : l'avant et l'après". "La première des discriminations, c'est le handicap", souligne-t-il. "Plus jamais je ne pourrai courir dans la forêt, plus jamais je ne me mettrai debout. C'est impossible de faire le deuil de ses jambes et de sa vie d'avant." Son épouse vient ensuite expliquer s'être réfugiée ce soir-là sous la tente, cette démarche lui paraissant "la plus sûre", "persuadée que toutes les mesures de sécurité avaient été prises par la ville"."Ma confiance a été trahie", confie-t-elle.
La jeune femme qui se lève ensuite est la harpiste du groupe, blessée lourdement dans la catastrophe. "Même si j'ai la chance d'être debout, je ne peux plus me servir de mes deux bras", explique Claude Bouly. "Je suis une demi-harpiste (...) Pourtant, j'ai joué pour Kennedy et à Boston et maintenant je ne peux que 'gratouiller', je suis vendeuse de harpe", raconte-t-elle, amère. "Je ne peux pas pardonner ça (...) Je leur en veux parce que je ne suis plus celle que j'étais", conclut-elle en regardant vers le banc de l'accusation qui reste impassible. Une vingtaine d'autres victimes volontaires pour témoigner doivent encore être entendues par le tribunal jusqu'à vendredi.
D'après agence
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