Les pièces à conviction dans le procès de l'assassin des deux inspecteurs du travail © LCILe procès d'un agriculteur accusé d'avoir tué deux inspecteurs du travail venus contrôler son exploitation, en 2004 en Dordogne, s'est ouvert ce lundi à Périgueux dans un climat tendu entre fonctionnaires et paysans. Claude Duviau, 57 ans au moment des faits, comparaît pour "homicides volontaires sur personnes chargées d'une mission de service public", un crime passible de la réclusion à perpétuité. C'est la première fois que des inspecteurs du travail étaient tués en service.
Le 2 septembre 2004, Sylvie Trémouille, 40 ans, agent de l'Inspection du travail, de l'emploi et de la politique sociale agricole (ITEPSA), et Daniel Buffière, 47 ans, inspecteur de la Mutualité sociale agricole (MSA), s'étaient présentés dans l'exploitation de Claude Duviau à Saussignac, près de Bergerac. Les deux agents, venus contrôler les contrats des sept employés saisonniers chargés de la cueillette des prunes, avaient signifié à Claude Duviau le fait que quatre d'entre eux n'étaient pas en règle.
"Coup de folie"
Claude Duviau avait ouvert le feu sur Daniel Buffière, le tuant sur le coup. Il avait ensuite tué Sylvie Trémouille en lui tirant dans le dos alors qu'elle tentait de s'enfuir. L'agriculteur avait tenté sans succès de mettre fin à ses jours en retournant l'arme contre lui. Blessé au visage, il avait été conduit au CHU de Bordeaux et sauvé.
Devant les experts psychologues et psychiatres l'ayant examiné, Claude Duviau a présenté son geste comme un "coup de folie" lié à ses difficultés professionnelles et à son état dépressif. Il a relaté en particulier le placement en liquidation judiciaire de son exploitation et ses craintes de se retrouver avec son épouse en liquidation personnelle. Il a affirmé qu'il avait programmé de se suicider après la fin des récoltes pour sauver ses biens avec les assurances décès.
Interrogé lors de l'enquête sur le sentiment de haine éprouvé à l'encontre des inspecteurs, Claude Duviau a fait allusion à une précédente condamnation du tribunal correctionnel de Bergerac, en juin 2003, pour emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié.
Verdict attendu le 9 mars
Les syndicats de fonctionnaires ont appelé à un rassemblement lundi devant la cour d'assises, avant l'audience, et à un second mardi dans la ville, suivi d'un débat public, pour témoigner leur solidarité aux familles des victimes. "La présence de nombreux agents (...) est la meilleure réponse à apporter à ceux qui voudraient ne voir dans le double meurtre qu'un fait divers dramatique ou à l'inverse un dérapage compréhensible de l'exaspération contre une administration aveugle et anonyme", dit l'intersyndicale dans un communiqué.
Les organisations agricoles n'ont pas annoncé de rassemblement. La Coordination rurale (minoritaire), tout en condamnant le crime, l'impute publiquement aux difficultés économiques de la profession agricole. "La Coordination rurale tient à rappeler que c'est la violence économique qui attire la violence physique irraisonnée contre autrui aussi bien que contre soi. La détresse économique et psychologique de toute une profession fait redouter à la Coordination rurale l'annonce par les médias d'un nouveau coup de folie lié au désespoir", dit-elle dans un communiqué.
Le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, et le ministre délégué à l'Emploi, Gérard Larcher, ont annoncé qu'ils seraient représentés "au plus haut niveau" à l'audience et ont réaffirmé leur soutien aux familles des victimes. Le verdict est attendu le 9 mars.
D'après agence
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