Cesare Battisti lors de son séjour en France © TF1/LCIUne fois de plus, le cas Battisti bouscule la politique intérieure française. La légitimité de son arrestation fait quasiment l'unanimité en Italie, où il a été condamné par contumace en 1993 à la réclusion à perpétuité pour sa participation à quatre meurtres en 1978-1979 - meurtres qu'il nie avoir commis. Mais son arrestation en pleine campagne présidentielle a suscité dimanche des réactions contrastées en France.
Les Verts, pointant le rôle de policiers français, y ont vu notamment "un signe avant-coureur inquiétant de ce que Nicolas Sarkozy ferait s'il était élu président". Ce à quoi le ministre de l'Intérieur a répondu dimanche soir sur France 3, au cours de l'émission France Europe Express : "Il y a une collaboration. Il a été arrêté au Brésil, à la demande de la justice italienne. La police française a pu obtenir des renseignements, elle les a communiqués, comme c'est son devoir". Sans pour autant désarmer les critiques : Noël Mamère, revenant à la charge lundi sur RTL, l'a accusé de "s'être offert la tête de Battisti sur l'autel électoral"... Sur le même ton, la LCR "dénonce le coup de pub électoral" de Sarkozy.
"C'est stupide, je rappelle que l'Italie c'est un gouvernement de gauche, l'Italie c'est une démocratie", a redit lundi Nicolas Sarkozy en marge d'une réunion à son siège de campagne. "Il y a une entraide judiciaire, il y a un mandat d'arrêt international. Fallait-il que la police française refuse de collaborer avec la justice internationale et avec Interpol ?", a-t-il ajouté.
"Faux témoignage"
Le sujet reste toujours aussi polémique sur la scène française. Arrêté en juin 1979 et évadé en octobre 1981, Battisti avait trouvé refuge en Amérique latine, puis en France en 1990. François Mitterrand, alors président, s'était engagé à ne pas extrader les activistes italiens qui renonceraient à la violence. Pendant ses années françaises, Battisti, devenu gardien d'immeuble à Paris, avait entamé une carrière d'auteur de romans policiers. Dans Ma cavale, un livre paru en avril 2006 en France, il affirmait que sa condamnation reposait sur le "faux témoignage" d'un repenti, Pietro Mutti, l'un des chefs des PAC.
Changement de situation en 2004 : la justice française acceptait finalement de l'extrader en octobre. Il recevait alors le soutien d'intellectuels dont Bernard-Henri Lévy qui estimait que la France ne pouvait pas revenir sur la promesse de François Mitterrand et d'une partie des socialistes dont le chef du PS François Hollande. Battisti choisissait finalement d'anticiper une extradition en prenant de nouveau la fuite en août. Depuis, il était traqué. Jusqu'à sa fin de cavale dimanche à Rio de Janeiro. Il risque d'être bientôt extradé vers l'Italie. Ses avocats, pensant avoir trouvé une faille, se sont envolés pour le Brésil...
Le PS embarrassé
"C'est Interpol qui fait obligation aux différentes polices à travers le monde de donner des renseignements quand nous en avons, sur des gens qui sont recherchés", a justifié dimanche soir Nicolas Sarkozy. "La police française collabore avec les autres polices du monde. A partir du moment où il y a un mandat lancé par la justice italienne, il est tout à fait normal que la police française collabore". Le ministre de l'Intérieur a souligné que l'ex-activiste italien d'extrême-gauche était "poursuivi par une justice d'un Etat démocratique et européen, l'Italie", ajoutant : "M. Battisti fera valoir ses droits en Italie. Ma conception de la justice et de l'Europe, ce n'est pas de m'ingérer dans les affaires des Brésiliens et des Italiens".
Sur la même ligne, le député UMP et conseiller de Paris Pierre Lellouche a "félicité la police française qui en liaison avec la police brésilienne a mis fin à la cavale du terroriste italien". Signe d'un certain embarras au PS, le directeur de cabinet de François Hollande, Stéphane Le Foll, a mis en avant le respect des "conventions internationales sur l'extradition", souhaitant que Battisti "réponde devant la justice italienne" - mais en soulignant : "Cesare Battisti était en France depuis de nombreuses années et jusque là, personne n'avait remis en cause sa présence".
D'après agences
La plainte de Battisti devant la CEDH déclarée irrecevable |
La Cour européenne des droits de l'Homme a révélé lundi qu'elle avait déclaré irrecevable la plainte de Cesare Battisti contre le décret français d'extradition qui le frappe depuis octobre 2004. L'ancien activiste s'était plaint en août 2005 devant la Cour de Strasbourg que son extradition vers l'Italie porterait atteinte à son droit à un procès équitable, car dans ce pays, il avait été condamné à l'emprisonnement par contumace sans avoir été dûment informé des motifs de l'accusation, ni avoir pu présenter sa défense. Il soulignait en outre que la législation italienne ne permettait pas qu'il bénéficie d'un nouveau procès. La CEDH a rejeté cette plainte "manifestement mal fondée". |
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